Danse

« Grito Pelao », Rocío Molina in utero au Festival d’Avignon

« Grito Pelao », Rocío Molina in utero au Festival d’Avignon

09 juillet 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’artiste associée au Théâtre National de Chaillot est invitée pour la première fois à Avignon pour présenter sa création très intime qui raconte, à l’instant T, l’avancée de sa grossesse.

« Quand je danse, tous les symptômes disparaissent » confiait la danseuse de flamenco, enceinte de quatre mois en conférence de presse. Et commençons par un aveu. Le pitch pouvait un peu effrayer. Grito Pelao met au plateau la danseuse et sa mère, pour raconter son statut de mère célibataire en devenir. Dès que l’on entre dans la Cour du Lycée Saint Joseph, les craintes stoppent. C’est beau. Le plateau est recouvert de sable blanc, au centre se trouve une petite piscine et, autour, des chaises vont accueillir les musiciens. Eduardo Trassierra (guitare), Carlos Montfort (violon), José Manuel Ramos “Oruco” (compás), Carlos Gárate (musique électronique) prennent place. Rocío Molina Cruz commence. Elle danse in utero, dans une ondulation qui décale les codes du flamenco. Elle maîtrise El Zapateado qu’elle tape tellement fort et tellement vite que l’image claque. Elle danse vêtue d’une chemise floue et d’une jupe fluide, le mistral en guest. Puis, sa maman Lola Cruz va nous offrir une danse superbe, de dos, où elle glisse appuyée à une haute et longue table. Les pieds chaussés de talons à paillettes qui tout de suite apportent de la légèreté à ce qui va suivre. Sa fille lui répond, en avant scène.

Elles vont nous raconter leur histoire, celle de cette insémination réussie il y a quatre mois.
Silvia Perez Cruz à la fois jazzwoman et popsinger remet un peu de principe de réalité dans ce contexte et chante d’une voix limpide :
Sperme et Colostrum
D’une sanction pénale
Traverse le sol
Le bassin, l’enclos
Poussière sans terre
Sans rituel

La danse est puissante comme un cri. Le décor se transforme au gré des projections vidéos qui changent l’ambiance de la scène. La pièce n’est pas un récit anti-mecs, au contraire. Il y a ici toutes les angoisses liées à l’accouchement et toutes les questions qui se posent quand on se prépare à élever un enfant sans père. Surtout, la danseuse est traversée par l’ambiguïté : comment continuer à danser jusqu’au bout (elle sera à sept mois quand le spectacle arrivera à Chaillot), et comment faire une place à celle qu’elle surnomme « petit pois » et qui aujourd’hui a la taille d’un avocat ?

Il y a pourtant des creux dans la proposition qui souffre de répétions dans le sujet. Grito Pelao insiste trop et nous lasse en son cœur, dans une scène de femme à barbe assez lente qui n’apporte rien de plus. Mais Rocío Molina sait rattraper le coup et la relation au liquide amniotique qu’elle travaille tout le long de la pièce culmine à un moment, et nous rattrape. Le résultat, même si la pièce mériterait d’être resserrée, développe un axe militant. Il y a peu de pièces sur la grossesse, et elle ose, fort puis si doucement, dans un beau flottement.

On garde le meilleur de Grito Pelao : le début, la fin et quelque part entre un solo tout rose, tout doux où les hanches sont empruntées à la danse des hommes mais où la sensualité règne.

A voir à Avignon, dans la Cour du Lycée Saint Joseph jusqu’au 10 juillet puis à Chaillot du 9 au 11 octobre.
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Grito Pelao – Rocío Molina – © Christophe Raynaud de Lage

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