Danse

L’Enfer d’Aurélien Richard au Manège de Reims

L’Enfer d’Aurélien Richard au Manège de Reims

16 mars 2018 | PAR Lili Nyssen

Les 13 et 14 mars au Manège de Reims se jouait ENFER, création d’Aurélien Richard de la Cie Liminal, qui interroge les abîmes de l’enfer, la possession du corps, et la traduction chorégraphique de la souffrance. 

Qu’est-ce que l’Enfer ? C’est ce qu’interroge la pièce chorégraphique d’Aurélien Richard, qui se jouait les 13 et 14 mars au Manège de Reims. Certains diraient que l’enfer est sous terre, lieu de punition des pêchés de la vie. Sartre dirait dans un huis-clos de cohabitation forcée que « l’enfer, c’est les Autres ». L’enfer comme extrême souffrance de l’âme après sa séparation du corps, c’est la définition commune, religieuse et dualiste, que nous accordons à ce mot qui prend des allures terrifiantes.

Pour Aurélien Richard, chorégraphe, pianiste et compositeur, la réponse s’expérimente. L’enfer s’incarne en des vies, des corps et des expressions, arrachées à neuf femmes représentatives d’une souffrance particulière : Cathy Berberian, Bronislava Nijinska, Nana Mouskouri, Brigitte Bardot, Ghislaine Thesmar, Anna Karina, Amy Whinehouse, Sarah Kane, Romy Schneider. Femmes mortes ou toujours vivantes, mais dont la singularité est la trace laissée dans les mémoires. Images cultes et/ou passé infernal, ces femmes sont gravées dans l’imaginaire collectif, au point que la plupart du temps, seuls leurs prénoms, apparaissant sur l’écran derrière l’interprète, suffit à les identifier. Ces bouts de souffrance dérobés à ces femmes sont comme calqués dans le corps de l’interprète Yasminee Lepe Gonzalez, traversée en quelques 50 minutes par neuf trajectoires, neuf instants, neuf évocations de l’enfer que peuvent subir corps et âme. Ces évocations sont retransmises par la chorégraphie, via des troubles du mouvements, et voilées par le personnage à travers ses rires, son sourire, ses talons aiguille, ses chants. Finalement, l’enfer n’est pas servi sur un plateau au spectateur. C’est à lui de le déceler à travers des affirmations trop fortes de féminité, à travers la grâce d’un corps qui se laisse posséder silencieusement.

Le corps est possédé, il change, il mute avec les enfers. Yasminee Lepe Gonzalez se laisse habiter par les souffrances. Chorégraphie, chant, vidéo, et théâtre, elle se métamorphose sans cesse en des versions singulières de femmes mythiques. Sombre-t-elle pour autant dans les enfers ? Tout dépend de la définition qu’on lui donne. Dans le langage commun, personne ne s’accorde à sa définition, et dans la pièce d’Aurélien Richard, l’enfer ne semble pas non plus délimité. Enfer = souffrance, simplement. Alors, au spectateur de l’accorder à sa propre conception de l’enfer, pays d’Hadès ou tourment de la vie. Ce qui est sûr, c’est que l’enfer passe par une possession, voire une domination du corps, et la mise en scène d’Aurélien Richard en est le témoin.

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Lili Nyssen

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