Danse
Dostoïevski accompagne dans sa chute « L’homme qui marche »

Dostoïevski accompagne dans sa chute « L’homme qui marche »

12 mars 2014 | PAR Enora Le Goff

Hier soir à la Maison des Métallos avait lieu la première du nouveau spectacle de Farid Ounchiouene, L’homme qui marche, spectacle de danse contemporaine et hip-hop mêlant avec brio performance des danseurs et textes nihilistes de Dostoïevski. 

L’homme qui marche est le nom d’une célèbre sculpture de Giacometti en bronze, la figure filiforme d’un homme qui marche, semblant vouloir avancer mais dont les pieds restent à tout jamais attachés au sol. En voyant cette sculpture on comprend de suite pourquoi le chorégraphe et danseur Farid Ounchiouene a donné ce nom à sa dernière création. Cette dernière assemble à merveille des textes de Dostoïevski, des créations musicales et les performances de quatre danseurs dont le chorégraphe lui-même, qui est le personnage central de la pièce. Il donne en effet vie et puissance aux textes de l’auteur, plus durs et violents les uns que les autres, extraits des Carnets du sous-sol et de textes moins connus comme Le rêve de l’homme ridicule, les Notes d’hiver sur impressions d’été, ou encore Le Crocodile. Le pessimisme ambiant qui ressort de ces textes est mis en exergue par le rythme de la danse (qui accompagne celui des mots et du placement des voix, magnifique), mais aussi par le souffle des danseurs qui injecte de la vie, mais une vie justement à bout de souffle.

L HOMME QUI MARCHE -

Tout commence par un bruit sourd et indescriptible qui surgit du noir, puis une lumière dure qui éclaire un homme malade sur une chaise, c’est par un discours sur la maladie et la vieillesse que commence la pièce “dès qu’il y a conscience il y a maladie” pour finalement prendre une portée plus générale, plus apocalyptique aussi, sur la critique de la société et de l’homme “que pouvez-vous attendre de l’homme?”.

Pour illustrer cette perte de repère une pose récurrente est là pour rappeler celle de L’homme qui marche, les bras en avant à la recherche d’un avenir, les pieds englués quant à eux dans le sol. Chaque danseur trouve sa place dans cette traversée métaphorique de la condition humaine, Farid Ounchiouene à l’image de sa voix est la présence sure et colossale (à noter d’ailleurs le magnifique moment où son ombre représentant le colosse de Rhodes tombe petit à petit en décrépitude), Eddy Cadiche de formation plus hip-hop est l’incarnation de la puissance physique, la Tchèque Nicola Krizkova, seul personnage féminin, est édifiante par la précision de ses gestes quant à l’Italien Ezio Schiavulli il se rapproche le plus de la statue de Giacometti par les lignes fines de son corps.

La traversée de ces corps par la justesse des mots assénés comme un couperet est accompagnée de multiples jeux de lumière qui transforment les corps et leur ombre. Cette dernière se trouve être non plus une simple projection transformée du corps, mais l’incarnation même de l’âme des personnages, comme la mise en lumière d’une humanité décadente, hésitant entre grandeur et rétrécissement, à jamais plaquée au sol. L’ambiance sonore et la musique (jouée sur scène par Olivier Samouillan) quant à elles permettent la création de tableaux bien spécifiques dans lesquels s’épanouissent un à un les danseurs, devenant le reflet d’une idée, d’un moment dans cette traversée nihiliste des textes de Dostoïevski. 

Visuel (c) : Christophe Raynaud de Lage

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