Danse

Les corps nus et cahotés des naufragés du beau « Pindorama » de Lia Rodrigues

Les corps nus et cahotés des naufragés du beau « Pindorama » de Lia Rodrigues

25 novembre 2013 | PAR Christophe Candoni

Dans le beau et puissant Pindorama de Lia Rodrigues, onze danseurs nus évoluent sur et sous une simple bâche de polyane transparente et donnent à voir la fragilité des corps naufragés, à lire comme une métaphore de l’irrépressible survivance humaine.

Pindorama est la dernière pièce d’un tryptique entamé avec Pororoca, en 2009, aux Abbesses, et poursuivi avec Piracema en 2010 au Centquatre. Au cœur du travail, la relation entre le groupe et l’individu, l’eau comme élément central et le Brésil, où Lia Rodriguez est née et basée depuis presque 10 ans dans la favela de Maré, à Rio de Janeiro, où elle créé ses projets artistiques dans un hangar, le  Centro de Artes. Invitée à se produire dans le cadre du festival d’Automne à Paris, elle conserve la modestie d’une représentation mêlant avec inspiration simplicité artisanale et force poétique et évocatrice. Pindorama se donne dans une grande salle noire au sous-sol de la Cité internationale, dont le vaste espace est totalement investi par un dispositif original qui impose un rapport au public peu conventionnel.

On voit d’abord une femme, seule, au bord de la noyade, qui se débat de tout son corps nu contre les éléments furieux et menaçants ; ensuite, un groupe entier, plusieurs hommes et femmes, intégralement nus également, ballottés et bousculés jusqu’à l’éreintement, cherchant dans le contact de l’autre, entre l’agrippement et l’étreinte, à dominer l’indomptable nature et à former une masse, une chaîne humaine pour tenter de résister aux flots et aux ressacs d’une mer déchaînée. Le vent fouette les visages, des gouttes d’eau jaillissent dans tout l’espace. Enfin, le calme vient après la tempête et c’est la sidération d’après naufrage, l’état d’incertitude entre la vie et la mort, une respiration suspendue, le silence et le noir.

Avec un dispositif fait de rien tel qu’un long rai de plastique traversant tout l’espace et manipulé par les interprètes eux-mêmes, la chorégraphe épate dans sa capacité à faire naître un monde qui ébranle et suscite à la fois un recueillement et un élan vital saisissants. Les danseurs éblouissent par la plasticité, l’entière organicité de leur geste, fortement expressif et émouvant.

La maîtrise des tableaux bluffe mais résiste dans les temps de transitions et la dernière partie, un peu confuse et manquant de clarté à cause de la déambulation des spectateurs. À leurs pieds, les danseurs rampent et se meuvent comme un seul corps compact, ramassé. Ils explosent des ballons éparpillés jusqu’à recouvrir le sol d’eau. Une impression partagée entre flottement et pesanteur ponctue l’expérience vécue collectivement comme une aventure sensible et exaltante.

 Photo : © Sammi Landweer

28 au 30 novembre 20h30 au CENTQUATRE

3 décembre, 20h30 à L’apostrophe / Théâtre des Louvrais / Pontoise

 

Infos pratiques

Festival Nouvelles du Conte
Théâtre de Suresnes Jean Vilar
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *