Danse
« Clameur des arènes » de Salia Sanou au TARMAC

« Clameur des arènes » de Salia Sanou au TARMAC

16 octobre 2014 | PAR Camille Lucile Clerchon

Avec Clameur des arènes, Salia Sanou propose un projet atypique et audacieux : il réunit sur le plateau 3 danseurs et 5 lutteurs sénégalais, à leur côtés, quatre musiciens et chanteurs pour un mélange des genres très masculin.

Chorégraphe burkinabé, ancien danseur de Mathilde Monnier et directeur artistique des Rencontres Chorégraphiques d’Afrique et de l’Océan Indien de 2001 à 2006, Salia Sanou est également, avec Seydou Boro, à l’initiative du Centre de Développement Chorégraphique de Ouagadougou : La Termitière.
Clameur des arènes est ainsi la dernière création attendue d’une grande figure de la danse, en Afrique et dans le monde.

Clameur des arènes orchestre la rencontre entre la danse et la lutte sénégalaise, dans un univers stylisé très graphique. La musique est interprétée en direct par quatre musiciens chanteurs : douze hommes sur un plateau, et pas des moindres.
Huit athlètes aux corps de titans, presque nus, dont la sueur ruisselante vient oindre la musculature saillante se présentent à nous, en sous-vêtements blancs, sur un tapis de danse blanc, tout cela sur fond rouge, et peaux noires.
Ils revêtent, selon une technique d’apparence ritualisée, un léger pagne rouge, qu’ils nouent savamment et précautionneusement à l’entrejambe. Il y a dans cette exaltation du corps mâle une forme de surenchère qui, sans rien perdre de son caractère fascinant, louvoie entre indécence et autodérision, et cela réjouit. Car Salia Sanou, lui, ne louvoie pas en créant Clameur des arènes, il nous projette dans un monde d’hommes, un univers patriarcal assumé où les hommes s’emparent de tout et même des attributs réputés « féminins » : déhanché, douceur du geste, tendresse du regard et petits pas de danse domestique. Finalement, une manière comme une autre de s’emparer de la question.

L’arène en question est délimitée en fond de scène par un haut mur de coussins rouge vif qui offre de superbes effets de volumes, et peut transformer huit colosses en d’humbles êtres aussi doux et vulnérables que des agneaux.
La pièce se déroule en plusieurs tableaux assez inégaux qui diluent un peu le propos. L’un des plus réussis est celui où se tiennent plusieurs vrais-faux combats, et l’on s’y croirait presque. Heureusement, l’écueil d’un voyage aux accents folkloriques pittoresques est évité, et la pièce puise dans la forme populaire de la lutte et dans les rituels qui la composent pour accéder à une dimension symbolique qui joue, tout comme la scénographie, sur les contrastes : entre la force et la faiblesse, le groupe et l’individu, le visible et l’invisible.

Une pièce forte et surprenante, à voir jusqu’au 18 octobre 2014 au TARMAC.

Tournée 2015 :
Le 23 février aux Hivernales à Avignon
Le 27 février au Théâtre Scène nationale de Narbonne
Le 3 mars à la Scène nationale de Chambéry
Le 2 avril à l’Arsenal de Metz
Les 10 et 11 avril au Théâtre de Grasse
Le 14 avril au Moulin Scène nationale de Niort

Infos pratiques

Comédie Framboise
Compagnie l’Héliotrope
tarmac_de_la_villette

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