Danse

Avignon OFF « Rage » de Po-Cheng Tsai, la rage en partage?

Avignon OFF « Rage » de Po-Cheng Tsai, la rage en partage?

14 juillet 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Rage est la nouvelle création de Po-Cheng Tsai. Après avoir présenté Floating Flowers (2016), le jeune chorégraphe revient avec une pièce d’une grande maturité. L’occasion pour nous de nous enthousiasmer, une nouvelle fois éblouis.

 
Les Hivernales – CDCN d’Avignon depuis plus de 40 ans donne sa place à des projets de sensibilisation des publics et à l’accompagnement d’artistes. Le festival Les Hivernales, en février, en font un espace essentiel pour la danse. Aussi, en  partenariat avec la DRAC, la région Sud, l’Arcade, le Théâtre des Doms, Wallonie Bruxelles International, le Centre Culturel de Taïwan et la Sélection suisse, Avignon accueille du 10 au 20 juillet huit compagnies, pour une programmation exigeante et accessible à tous. 

Parmi elles une pépite taïwanaise  de la danse contemporaine: Rage.

Le début est dans ce que sera la fin. Un corps de femme désarticulé gît sur le sol. Puis disparitions puis apparitions. Cette femme est traversée par une fureur. Seule, puis face à un homme auquel elle voudrait en vain s’accrocher, sur lequel elle espère se reposer. Puis approchée par un groupe qui se refuse à la regarder. Les tableaux se succèdent ainsi: la femme à sa rage et les autres s’approchant, s’éloignant.

Rage est une oeuvre inspirée du roman éponyme de l’écrivain japonais Yoshida Shuichi. Po-Cheng Tsai emprunte au roman une réflexion sur les effets induits par chaque événement social majeur. Sur scène, dans une quasi obscurité et sous un éclairage minimaliste, les corps s’infligent des mouvements complexes jusqu’à la transe, mais toujours avec une fluidité  et une apparente facilité, cachées derrière une virtuosité qu’on oublierait tant l’ensemble paraît naturel. Les corps expriment l’indifférence et les antagonismes; la désolation et la solitude laissent place parfois à des espoirs de partage. Ils sont l’illustration d’une pensée et d’un dire dont on ne sait rien, mais qui nous occupe.

Petit à petit ou subitement, l’individuel s’essaye au collectif. Le collectif sera un couple ou une meute et émerge la question qui fonde le geste: comment faire rage commune? Cependant l’autre espéré ne peut ni accompagner ni se substituer. Il ne sera pas non plus le choisi, un des nôtres mandaté pour exprimer seul la rage du groupe. Au final nous sommes seuls et fermés à l’autre, pour qui nous serons au mieux devenu un sujet de conversation. Le geste est fort et magnifique.

 Au tomber de rideau, on entend une chanson,  I wish you love,  et  le public se lance dans une standing ovation plus que méritée.
 
Rage, de Po-Cheng Tsai

Troupe B.Dance

HIVERNALES (LES) – CDCN d’Avignon

18, rue Guillaume Puy
84000 – Avignon 

visuel : ©hivernales

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