Danse

ALLEIN ! La création No Future de Erika Zueneli à Faits d’Hiver

ALLEIN ! La création No Future de Erika Zueneli à Faits d’Hiver

23 janvier 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le festival de danse Faits d’Hiver fête ses vingt ans et s’offre pour l’occasion un programme pointu laissant la place à quelques grands noms de la danse. Ce soir, c’était premier et avant dernier soir pour la célèbre Erika Zueneli avec le sombre Allein ! A voir demain au Centre Wallonie-Bruxelles si vous n’avez pas peur du noir.

Faits d’Hiver a 20 ans et il faut se souvenir qu’à vingt ans on est très, très jeune. Assez pour tenter de changer le monde et assez, quand le monde de Christophe Martin, directeur du festival, est la danse contemporaine, pour continuer à interroger les formes hybrides qui sont comme le très punk Allein ! des fusions danse/ performance/ concert inclassables.

L’italienne Erika Zueneli a fait ses classes aux USA ( Cunnigham…) avant de s’installer en France pour un long compagnonnage avec la Cie Mossoux-Bonté. Depuis 2000 elle est à la tête de l’Yeuse qui a pour objectif de confronter les langues, à tous les sens du terme.

Le plateau du Centre Wallonie-Bruxelles est invisible, noyé dans la brume. Nous sommes dans les limbes, surement celle du purgatoire, quand arrive un personnage tout de poils blancs recouvert, évoluant avec la démarche d’Iggy Pop. On devine quand un frêle poignet se déroule que c’est Erika qui se planque sous la perruque qui lui couvre le visage.

Puis le purgatoire nous fait descendre aux enfers. Quelque part entre un concert de Sonic Youth et de Kraftwerk. Jean Fürst et Rodolphe Coster sont également là, et ils étaient noyés dans la brume. Le premier est performeur et (excellent) chanteur, le second est musicien, à la fois rock et electro-acoustique. On vous avez prévenu, c’est hybride.

Le fil ici est la culture rock tendance post-punk. Les corps sont maigres, moulés de noir et le geste, posé par touches dans cette pièce, est totalement emprunté aux corps des icônes rocks. Une torsion de Mick Jagger, la guitare portée très bas de Thurston Moore. Et chacun puisera dans son panthéon personnel pour se plonger dans l’univers désespéré du trio. Ils nous diront, en allemand, en français et en italien que non, il n’y a pas de future. Allein veut dire seul en allemand et pourtant ici, le trio fait corps, dans une domination masculine.

Le resultat est une ambiance et une sensation, celle d’avoir passé une soirée à Berlin en 1982. La danse tente d’exploser, elle ne peut que gesticuler, c’est trop tard, la lumière n’est plus que néon, comme dans tous les spectacles de la rentrée 2018. Le monde est donc blafard dans les yeux des artistes. No future peut-être, mais au présent, Allein ! est un spectacle ultra cool, aux images tellement dark qu’elles en deviennent vivantes.

Chorégraphie et interprétation : Erika Zueneli en collaboration avec Jean Fürst et Rodolphe Coster
Photo : ©Jean Fürst

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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