Danse

Au Palais Garnier, la brûlante volupté de Jiri Kylian

Au Palais Garnier, la brûlante volupté de Jiri Kylian

08 décembre 2016 | PAR Christophe Candoni

Le Ballet de l’Opéra de Paris consacre une soirée à la danse irradiante et éthérée de Jiri Kylian. Bella Figura complétée de deux nouvelles entrées au répertoire, Tar and Feathers et Symphonie de psaumes, forment un programme qui donne l’étendue d’un univers en clair-obscur où la beauté et l’épure invitent autant à la contemplation qu’à la méditation.

Nouvellement nommée à la tête du Ballet de l’Opéra de Paris après le départ de Benjamin Millepied et la suppression de ses deux créations, Aurélie Dupont s’est souvenue combien Kylian l’a nourrie et accomplie en tant que danseuse. Elle a alors eu la juste intention de proposer un programme autour de cette figure majeure de la danse contemporaine et créateur, à 69 ans, de plus d’une centaine de pièces confiées aux plus grandes compagnies au monde.

Au commencement, se dévoile la sublime Alice Renavand, telle une réminiscence de Kaguyahime, qui tente de se délivrer d’un rideau noir dont elle est prisonnière. A la fin, les interprètes dos à la salle disparaissent à pas lents comme happés par l’opacité. La soirée s’est proposée telle une échappée, une traversée entre musique et silence, ombre et chaude solarité.

Elle débute avec une des plus belles pièces du chorégraphe tchèque : Bella Figura créée en 1995, dont l’emblématique signature se trouve dans les poitrines nues et les étoffes rouges des danseurs aux corps ambrés, embrasés comme des torches vives. Passionnément brisés, étirés ou déchirés, ils s’étreignent au cours d’un cérémonial à la sensualité renversante qui interroge l’être en représentation. Sur les plus délicates et déchirantes musiques du XVII et XVIIIe siècles dont le Stabat Mater de Pergolèse, les danseurs apparaissent et disparaissent dans un espace qui se compose et recompose incessamment au gré des mouvements de pendrillons mobiles. Ils sont incandescents à commencer par le magnétique Alessio Carbone.

Plus intrigant et angoissant, Tar and Feathers impose une perte des repères visuels et auditifs en renversant les lois de la physique – un piano à queue semble flotter dans les airs tandis qu’un fin nuage s’est déposé au sol – et en déformant le Concerto de Mozart qui l’accompagne. Dans cette pièce à la forme presque dadaïste et au propos beckettien, Dorothée Gilbert se montre formidablement expressive déjouant le troublant mariage de la légèreté et de la pesanteur tandis qu’une mince tribu de longs tutus blancs aux visages surlignés et grimaçants fait une apparition ironique et fantomatique.

D’inspiration orientale et mystique jusqu’aux motifs bigarrés des tapis qui constituent son décor, la Symphonie des psaumes sur la musique de Stravinsky, créée au Nederlands Dans Theater en 1975, est une pièce pour grand ensemble (16 danseurs) qui met en valeur l’équilibre, la force et la majesté du groupe malgré une écriture plus classique et emphatique.

Dans ce programme, une réelle puissance physique s’inscrit dans l’immatérialité des scénographies minimalistes et aérées. Les corps souples et angulaires glissent, flottent, se tordent et s’étirent à l’infini lors de longues courses ou de portés subtils bien que périlleux. A la fois sensuelle et spirituelle, tellurique ou aérienne, la danse de Jiri Kylian trouve dans l’alliage de contrastes saisissants une sublime harmonie.

Infos pratiques

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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