Danse
100% Ravel à l’Opéra Garnier

100% Ravel à l’Opéra Garnier

09 mai 2017 | PAR Marianne Fougere

Le compositeur est au centre d’une soirée, certes, un peu fourre-tout mais terriblement fascinante.

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Maurice Ravel n’a jamais fait de la danse sa terre d’élection ; c’est pourtant sur une musique de ballet, inachevé, que le compositeur français s’en est allé, en 1937, sur la pointe des pieds. De son amitié avec la danseuse Ida Rubinstein à sa collaboration haute en couleurs avec les Ballets Russes, la danse n’a jamais cessé de l’accompagner à tel point que Diaghilev aurait un jour déclaré : « Ravel c’est un chef d’œuvre… mais ce n’est pas un ballet… c’est le portrait d’un ballet… c’est la peinture d’un ballet ».

C’est ces portraits, et plus encore poèmes, chorégraphiques que l’Opéra Garnier nous propose de (re)découvrir jusqu’à la fin du joli mois de mai. Au programme de ces soirées placées sous le signe de l’étrangeté envoûtante, trois pièces que se partagent quatre chorégraphes. Le bal s’ouvre sur La Valse de Balanchine, véritable ode dansée à la vie et à la mort. Tel un organisme vivant, se régénérant constamment avec l’apparition de nouveaux thèmes musicaux puis leur disparition, La Valse est portée jusqu’à son paroxysme tragique au prix d’une accélération vertigineuse du mouvement. Saccadé et au plus près des gestes de la valse dans un premier temps, celui-ci perd, dans un second temps, complètement la boussole, lorsque, brisés dans leur élan, les couples laissent place à la foule, lorsque la mort s’invite à entrer dans la ronde. A l’image de cette valseuse, morte d’épuisement sur scène, le spectateur ne sait plus où donner de la tête tant le vertige est grand et ensorcelant.

C’est pourquoi le Concerto en sol pour piano et orchestre, chorégraphié par Robbins, s’offre comme une bouffée de fraicheur bienvenue. Parés de tenues de bain, toutes plus bariolées les unes que les autres, les danseurs mettent littéralement en image les lieux poétiques convoqués par la musique. Jazz, music-hall et même cirque, ces lieux (re)visités par Ravel Robbins se les réapproprie avec grâce et malice, humour et espièglerie. La danse a suffisamment d’auto-dérision pour ne pas s’emparer du premier rôle et cède volontiers une partie du plateau au piano. L’enchaînement rapide de passages virtuoses s’apparente à une succession de zooms sur image. Ce qui n’est pas sans conférer une dimension cinématographique à ce Concerto ; ce qui n’est pas sans prolonger – et non rompre – le charme « ravelien » alors même que l’on pensait, avec cette pièce, précisément pouvoir y échapper…

Et que ceux que la soirée, sur le papier et/ou dans la salle, ne faisait pas rêver se rassurent, ils n’auront d’autre choix que de se laisser entraîner dans le rituel bol(h)éro(ïque) conçu par Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet et  Marina Abramovic. Ces derniers transforment l’air le plus connu de Ravel en une véritable transe collective rappelant étrangement le soufisme ou les derviches tourneurs. Si bien qu’il paraît difficile de résister, de ne pas se laisser emporter dans le tourbillonnement qui voit les danseurs se rencontrer et se séparer.

« Wow ! », tel sera le point d’orgue – soufflé par notre voisine de derrière – à cette soirée mystique qui, en ces lendemains électoraux, rappelle la vitalité de l’entrecroisement des genres et des cultures : de Broadway au Moyen-Orient, de la rencontre entre musique et danse à la confusion des genres – le Boléro prenant un malin plaisir à brouiller les différences entre danseurs et danseuses, la danse de la vie est donc aussi un poème chorégraphique moins funeste et mortifère que porteur d’espoir et d’ouverture.

Visuel : © Laurent Philippe / OnP

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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