Comédie musicale
I WAS LOOKING AT THE CEILING AND THEN I SAW THE SKY DE JOHN ADAMS : UN OBJET MUSICAL NON IDENTIFIÉ AU CHÂTELET

I WAS LOOKING AT THE CEILING AND THEN I SAW THE SKY DE JOHN ADAMS : UN OBJET MUSICAL NON IDENTIFIÉ AU CHÂTELET

17 juin 2013 | PAR La Rédaction

davidPar David Desvallées

Le Théâtre du Châtelet continue d’explorer l’œuvre du compositeur américain John Adams, après El Niño (un oratorio en création mondiale en 2000) et Nixon in China (sorte d’ « histo-opéra » sur l’improbable rapprochement sino-américain durant la Guerre froide, présenté en 2012). I was looking… est un ouvrage remarquable d’inventivité. La singularité du style de John Adams -considéré comme l’un des représentants majeurs du minimalisme- est ici sublimée par son habileté à jouer entre différents genres musicaux (comédie musicale, jazz, blues,  gospel). Qualifiée tout simplement de « songplay » (pièce en chansons), nul doute que cette grande conversation en musique résiste aux classifications simplistes.

Inhabituellement long, énigmatique, le titre de l’œuvre invite à une timide réserve… D’autant que l’affiche du spectacle touche à une forme d’abstraction déroutante. Gageons que chacun manie la langue de Shakespeare pour en saisir la puissance d’évocation poétique. ‘Je regardais le plafond quand soudain j’ai vu le ciel’ : un rescapé du tremblement de terre de Los Angeles en 1994 est à l’origine de cette phrase, entonnée tel un refrain dès l’ouverture de l’œuvre. Un ‘musical’ à partir d’une catastrophe naturelle ? C’est le tour de force réussi par John Adams : I was looking… s’inscrit comme un témoignage et un hommage aux victimes de cet épisode dramatique. En 2002, Adams composera également une œuvre magistrale à la mémoire des victimes du 11 septembre, ‘On the Transmigration of souls’.

davidI was looking… dépeint une société plurielle, tiraillée entre ses promesses généreuses (‘the american dream’) et ses crispations ethniques. Les émeutes de Los Angeles de 1992 ont notamment cristallisé la question identitaire. C’est ce climat que ce musical étonnant entend restituer avec justesse. Il n’y a pas d’histoire à proprement parler, quoique sept ‘songs’ (sur 23) relatent l’injuste condamnation d’un noir pour un vol dérisoire. Presqu’accessoire dans l’œuvre, le tremblement de terre (au début du deuxième acte) sert de prétexte pour aborder la question du racisme et la méfiance des WASP à l’égard des autres communautés. Les passages autour de la célébration de l’amour, voire explicitement du sexe, contrastent avec la pesanteur du melting-pot éreinté. Les femmes chantent les louanges égrillardes de la gent masculine, les hommes soupirent leur passion pour le beau sexe… Des tensions d’un autre ordre sont pourtant encore à jour : les personnages esquissés se frôlent, veulent se comprendre, échouent.

De très bonne facture musicalement, ce songplay aux influences mélangées peut compter sur l’implication de véritables chanteurs-comédiens, dont la performance « à l’américaine » crédibilise le propos. Une voix puissamment opératique se distingue nettement de la distribution : la soprano Janinah Burnett. Ce grand spectacle scénique est enfin servi par l’ingéniosité de Giorgio Barberio Corsetti et Massimo Troncanetti, qui redonnent ses lettres de noblesse à la vidéo-projection. Quelques immeubles stylisés, des images animées sur les façades, suffisent à donner vie à un quartier de Los Angeles. La représentation du tribunal est particulièrement aboutie (la figure stéréotypée du juge est lointaine, menaçante…). Sollicité avec intelligence par une scénographie mi-pastel – mi-pop’art, l’œil du spectateur se réjouit face à un festival de couleurs toujours équilibré.

Le Châtelet cherche-t-il à consacrer John Adams ? En 2013-2014, un nouvel opéra de John Adams, A Flowering Tree, inspiré d’un conte indien et créé en 2006 à Vienne à l’occasion des 250 ans de la naissance de Mozart, sera programmé…

Informations pratiques

Théâtre du Châtelet / chatelet-theatre.com

Jusqu’au 19 juin 2013

Tarifs : 15,50€ > 52,50€

Musique de John Adams et livret de June Jordan

Direction musicale : Alexander Briger

Mise en scène/ scénographie : Giorgio Barberio Corsetti et Massimo Troncanetti

Durée : 2h30

Visuels :

La scène du tribunal – le jugement de Dewain
I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky – © Marie-Noëlle Robert – Théâtre du Châtelet

 Ouverture de l’oeuvre

I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky – © Marie-Noëlle Robert – Théâtre du Châtelet

Infos pratiques

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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