Comédie musicale

« Bernadette de Lourdes », l’envie d’y croire

« Bernadette de Lourdes », l’envie d’y croire

22 novembre 2018 | PAR Magali Sautreuil

Qui aurait eu l’idée de faire un spectacle musical grand public sur Bernadette Soubirous ? A priori, personne. Le pari n’est pas sans risque et pourtant, une troupe très déterminée est bien décidée à relever le défi ! Intrigués, nous sommes allés découvrir un extrait de leur spectacle dans l’église du Val-de-Grâce à Paris, le 7 novembre dernier, et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela s’annonce très prometteur !

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Genèse du spectacle

Si l’histoire de Bernadette Soubirous est incroyable, celle de la naissance du spectacle musical qui lui est consacré l’est tout autant. C’est à la fin du mois de novembre 2010 que l’idée a commencé à germer au sein de l’équipe. La troupe de la comédie musicale Robin des Bois est alors réunie au complet pour participer à un atelier de travail dans le Gers, dans le Sud-Ouest de la France, lorsque l’envie leur prend de profiter de cette occasion pour se rendre à Lourdes. La saison touristique est terminée depuis longtemps. C’est pourquoi l’équipe se retrouve seule devant la grotte de Massabielle, un soir de novembre. Un moment d’intimité inattendu… propice à l’émergence d’émotions fortes… D’ailleurs, sans que personne ne s’y attende, une émotion vive les saisit chacun… Certains laissent même couler quelques larmes ! Pourquoi sont-ils à ce point émus ? Nul ne saurait le dire. Toujours est-il que d’un commun accord, ils décident que si Robin des Boisest un succès, cela sera grâce à Bernadette et qu’il faudra la remercier comme il convient… avec un spectacle musical, bien évidemment ! Et, avec plus de 800000 spectateurs, Robin des Boisest assurément un succès. La dette de l’équipe envers Bernadette et Lourdes est donc immense !

Immense l’est également le défi qui l’attend. Si l’histoire est belle et fascinante, elle n’est pas vraiment tout public. Le premier obstacle à lever était donc de la rendre universelle. Pour ce faire, les producteurs ont choisi de parler de Bernadette avant qu’elle ne soit sainte, de parler d’une gamine de 14 ans, chétive et non éduquée, d’une adolescente à l’aplomb incroyable, qui a tout subi (les interrogatoires, les gendarmes, l’église…), mais qui ne s’est jamais démontée. C’est ce visage de la jeunesse et cette foi inébranlable, que les producteurs ont décidé de montrer, deux choses qui trouveront sûrement écho en chacun de nous.

Mais l’idée n’est pas non plus de faire une œuvre qui plaira au plus grand nombre. Les producteurs ont affirmé dès le départ leur volonté de proposer une reconstitution historique, sans aucune part de fiction. « Tous les textes ont d’ailleurs été validés par des experts et l’histoire basée uniquement sur des documents authentiques, des procès verbaux de l’époque, de la retranscription des rencontres de Bernadette avec la commissaire Jacomet, l’abbé Peyramale, le procureur impérial de Lourdes, Vital Dutour, Louis Veilleux, Monseigneur Laurence… » (note d’intention des producteurs).

Par ailleurs, afin d’être au cœur de l’histoire et au plus près de Bernadette, ils ont été en résidence à Lourdes pour la création du spectacle, qu’ils ont décidé de jouer en France uniquement dans ce haut lieu de pèlerinage. En terme de rentabilité, c’est un pari risqué, mais assumé. Le spectacle musical Bernadette de Lourdesse jouera donc à Lourdes à l’espace Robert-Hossein, à partir du 1er juillet 2019 et jusqu’au mois d’octobre.

Afin de s’adapter au spécificité du public lourdais, la salle a été entièrement rénovée afin d’accueillir quelques 130 brancards et fauteuils roulants, ce qui est assez inédit et appréciable.

120 représentations sont prévues au total en France (pour commencer). Une tournée est également prévue à l’étranger et des dates ont d’ores et déjà été vendues. Là-aussi, c’est assez inhabituel. Normalement, les programmateurs prennent ce type de décision après avoir vu le spectacle. En janvier 2019, la troupe ira chanter au Panama à l’occasion des JMJ (Journées mondiales de la Jeunesse). Puis elle partira en tournée dans le monde : en Italie, en Amérique du Nord, en Amérique latine…

Nul ne devrait avoir de problème pour comprendre l’histoire, étant donné que ce spectacle a été surtitré dans plusieurs langues. Décidément, la volonté d’adopter un langage universel et de rendre accessible l’histoire de Bernadette au plus grand nombre semble être derrière chaque décision prise par les producteurs ! Le fait que le spectacle soit disponible en plusieurs langues s’explique aussi par l’incroyable diversité des quelques trois millions de pèlerins qui se rendent chaque année à Lourdes. Vu que le spectacle ne se jouera qu’à Lourdes, mieux vaut s’adresser au plus grand nombre, même si la rentabilité de ce dernier ne semble pas au cœur des préoccupations de ses créateurs.

Ces derniers paraissent davantage avoir été séduits par l’histoire de Bernadette. Cette envie de la voir prendre vie semble les avoir transcendés : ils sont prêts à relever tous les défis et à tous oser. Comme la petite Lourdaise, leur volonté est inébranlable. Ils ont même reproduit un décor taille réelle figurant la grotte de Massabielle pour le spectacle. Cela a de quoi nous intriguer. Ce projet de spectacle paraît fou à bien des égards et rien que pour cela un détour par Lourdes s’impose pour le découvrir in situet dans sa version finale, à partir du 1er juillet 2019.

Notre envie de le voir finalisé est d’autant plus forte que l’équipe réunie autour ce dernier semble tout-aussi incroyable. De l’aveu même des producteurs, ce spectacle leur a permis de travailler avec Stéphane Roy, un metteur en scène avec qui ils voulaient collaborer depuis longtemps, mais qui avait toujours refusé leur proposition. Bernadette de Lourdesa encore frappé, en rendant l’impossible possible.

Extrait du spectacle au Val-de-Grâce

Le mercredi 7 novembre, à la nuit tombée, Bernadette de Lourdes a investi l’église du Val-de-Grâce pour une unique représentation. De décor, il n’y en avait point. Mais une atmosphère particulière régnait en ces lieux, sublimée par de très belles voix et un conteur qui aurait pu faire partir du spectacle : Franck Ferrand.

L’incroyable histoire de Bernadette

Un narrateur d’exception donc pour nous raconter l’histoire d’une enfant de 14 ans, qui vivait dans un endroit où il n’y avait personne, qui de plus n’allait pas à l’école et qui avait une santé fragile, et qui, malgré tout, a réussi à changer la vie de milliers de personnes en transformant Lourdes en lieux de pèlerinage, où chaque année affluent des millions de visiteurs. Pourtant, au milieu du XIXème siècle, cette dernière n’est qu’une pauvre bourgade de 4000 habitants, parmi lesquels figure la modeste famille des Soubirous.

Le père, François, suite à de mauvaises affaires, s’est lourdement endetté. Un comble pour un meunier, qui normalement n’a pas à faire de crédit. Bon gré mal gré, il doit cependant pourvoir aux besoins de sa femme Louise et de leur cinq enfants, dont l’aînée est une certaine Marie-Bernade, surnommée affectueusement Bernadette (1844-1879).

En 1855, n’arrivant plus à payer ses dettes, la famille Soubirous doit abandonner son moulin pour aller s’installer en ville, dans un rez-de-chaussée assez sordide appelé le « cachot ». En 1857, alors âgée de 13 ans, Bernadette revient à la campagne et devient bonne chez son ancienne nourrice, tout en préparant sa première communion. Mais la campagne l’ennuie. Elle décide donc de retourner en ville pour proposer ses services en tant que couturière. Nous sommes à la fin de 1857 et au début de 1858. Et le 11 janvier 1858, tout bascule. Bernadette est avec sa sœur Toinette et son amie Jeanne en train de ramasser du petit bois au bord du Gave du Pau. Leur récolte n’est pas très heureuse. Alors, les trois comparses décident de traverser la rivière pour rejoindre la grotte de Massabielle. Bernadette se sent alors comme aspirée par cette dernière. Elle a l’impression de discerner une forme blanche lumineuse qu’elle est la seule à voir et entre dans une sorte d’extase, ce qui impressionne ces deux compagnes.

De retour chez elle, Toinette relate leurs aventures à sa mère Louise, qui s’alarme de ce qui est arrivé à sa fille. Mais cela n’empêche pas Bernadette de retourner à la grotte le dimanche 14 février 1858. Petit à petit, tout le monde parle de ses extases à la grotte de Massabielle. Elle devient la risée de certains, une curiosité pour d’autres…

La rumeur grandit. Les apparitions se poursuivent. Il y en aura 18 en tout, entre le 11 février et le 16 juillet 1858.

Devant ce phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur, les autorités s’en inquiètent.

Le commissaire de police Jacomet convoque Bernadette pour rendre compte de sa conduite. Il essaie de convaincre son père de lui interdire de se rendre à la grotte de Massabielle, mais rien n’y fait. Il en réfère donc au Procureur impérial, qui prévient le Procureur général à Pau, qui fait remonter l’affaire au Garde des sceaux, qui alerte l’empereur Napoléon III, qui prend la décision de fermer la grotte au public avec une palissade, afin de mettre un terme à tout cela. Mais cela ne dura pas, puisque la très pieuse impératrice Eugénie réussit à convaincre son mari de rouvrir la grotte et de laisser faire ce nouveau culte.

L’Église, en la personne de l’abbé Peyramale, le curé de Lourdes, suit également l’affaire de près, afin de déterminer si nous sommes en présence d’un phénomène marial.

Mais malgré le doute des uns et des autres, la foule est toujours de plus en plus nombreuse devant la grotte de Massabielle. Ce n’est plus celle du début : Les proches, les habitants du coin, cèdent bientôt leur place à des notables, bourgeois et bien d’autres curieux… Et cela fait maintenant près de 160 ans que des milliers de personnes se réunissent devant la grotte de Massabielle…

Un beau spectacle en perspective, avec quelques questions en suspens…

Cette histoire est incroyable à tout point de vue. Ce qui est le plus impressionnant est l’ampleur du phénomène. Les visions de Bernadette auraient pu ne jamais être ébruitées. Elle aurait pu être internée pour démence. Mais rien de cela n’est arrivé. Rien n’est parvenu à entraver la foi inébranlable et communicative de la jeune fille.

Pourtant le doute était permis. Reste à savoir comment ce dernier sera exploité dans le spectacle et si le public sera aussi amené à s’interroger sur l’histoire de cette adolescente. Il sera également intéressant de voir comment ont été retranscrits les interrogatoires qu’a subis la jeune fille ainsi que les épreuves qu’elle a traversées. Quel portrait a-t-on cherché à peindre d’elle ? A-t-on cherché à nuancer son portrait en évoquant, entre autres, le fait que Bernadette ait potentiellement été atteinte d’hystérie ?

Beaucoup de questions demeurent en suspens, mais nous pouvons d’ores et déjà nous réjouir de la distribution des rôles !

Des rôles bien campés

Chaque membre de la troupe semble avoir été choisi pour ses capacités à chanter et à jouer la comédie, deux conditions sine qua non pour faire partie de l’aventure.

Le 7 novembre dernier, nous avons pu découvrir les principaux protagonistes du spectacle : Eyma Scharen, dans le rôle de Bernadette Soubirou, Sarah Caillibot et David Bán dans ceux de Louise et François Soubirous, Grégory Deck dans celui du commissaire Jacomet et Christophe Héraut dans celui de l’abbé Peyramale.

La première chose qui saute aux yeux est la justesse du casting. D’un point de vue physique, chaque interprète colle parfaitement à la description de son personnage. Bernadette est une jeune fille brune de 15-17 ans, au visage doux. Ses parents semblent avoir une quarantaine d’années, de même que le commissaire Jacomet, dont le visage est plus sévère. Quant à l’abbé Peyramale, il doit avoir la quarantaine. Il est plutôt grand et impressionne tant par son charisme que par sa taille.

Chaque interprète se distingue également par un timbre voix particulier. Celui de la mezzo-soprano Eyma Scharen allie puissance, douceur et justesse d’interprétation. Sarah Caillibot, qui joue le rôle de sa mère, a une voix très singulière, légèrement cassée, emprunte de dignité et de sensibilité, dont on a perçu toutes les nuances lorsqu’elle a chanté Ma fille. David Bán, qui interprète le père de Bernadette, a une voix rassurante, chaude et grave. Il incarne parfaitement la figure paternelle. Quant au ténor Grégory Deck, sa voix légèrement plus haute retranscrit parfaitement le doute qui l’assaille. Enfin, l’abbé Peyramale, en la personne du ténor et baryton Christophe Héraut, a une voix à l’image de son physique : puissante.

Chacun d’entre eux a interprété une ou plusieurs chansons. Mais là où ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes, c’est lorsqu’ils chantent à l’unisson, lorsque leurs voix se mêlent tout en gardant leur singularité. Un de nos morceaux préférés est, pour cette raison, La rumeur. Mais c’est aussi parce que l’histoire de Bernadette est partie d’un on-dit que nous affectionnons tant cette chanson.

Chaque morceau que nous avons pu écouter est plutôt bien senti. Les textes, écrits par Lionel Florence et Patrice Guirao sur des musiques de Grégoire, jouent sur nos émotions et notre sensibilité, sans jamais sombrer dans le pathos.

Tout cela semble très prometteur. Pendant une heure, nous avons été captivés par l’histoire de Bernadette, oubliant presque son statut de sainte pour ne garder que l’image d’une jeune fille déterminée.

Reste encore à découvrir ce que donnera le spectacle lorsque tous les ingrédients seront réunis !

Bernadette de Lourdes, spectacle musical, présenté à l’espace Robert Hossein à Lourdes, du lundi 1erjuillet au dimanche 27 octobre 2019. Plus d’informations sur le site Internet du spectacle ici.

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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