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« Change Me », un spectacle déchirant sur la transphobie intemporelle à la Tempête

« Change Me », un spectacle déchirant sur la transphobie intemporelle à la Tempête

24 mai 2018 | PAR Aurore Garot

Change Me est une pièce bouleversante et terriblement d’actualité sur l’identité transexuelle. A voir de toute urgence jusqu’au 10 juin au Théâtre de la Tempête, à Paris.

Axel (Camille Bernon), jeune homme trans de 21 ans, cache depuis toujours son sexe biologique à ses amis, John (Mathieu Metral) et Tom (Baptiste Chabauty), ainsi qu’à sa petite-amie Léna (Pauline Briand). Alors qu’ils s’apprêtent à avoir leur premier rapport sexuel, la vérité éclate et sa vie tourne en cauchemar.

Pour rappel, SOS Homophobie a reçu 1650 témoignages en 2017 (soit 4,8 % de plus que l’année précédente), le nombre d’actes LGBTphobes a augmenté de 19,5 % entre 2016 et 2017. Pour la transphobie en particulier, les chiffres ont doublé (54 % de plus). Les agressions physiques sont quant à elles plus importantes (hausse de 15 %)… Des chiffres alarmants. Change Me, mis en scène par Camille Bernon et Simon Bourgade, illustre ces données à travers une histoire personnelle, pour montrer une réalité désastreuse, une violence qui existe toujours en 2018, envers les personnes trans.

Par un simple décor, c’est une vie brisée qui s’illustre

C’est ce que montrent les deux metteurs en scène en intégrant dans leur pièce, des extraits du mythe d’Iphis et Ianthé d’Ovide (Ier siècle avant et après Jésus-Christ) et de la pièce d’Isaac de Benserade (XVIIe siècle) reprenant la légende latine, tout en s’inspirant de la sombre histoire de Brandon Teena (qui a inspiré le film Boys Don’t Cry de Kimberly Peirce), un jeune homme agressé, violé et assassiné le 31 décembre 1993 par deux de ses « amis », après qu’ils aient découvert qu’il avait été assigné femme à la naissance.

Une généalogie de la figure du trans à travers mythe et fait divers, dans laquelle Brandon devient Axel, Lana (sa petite-amie) se transforme en Léna mais où les deux agresseurs, John et Tom, gardent leur véritable nom. Les metteurs en scène brouillent ainsi la ligne entre fiction et réalité, et rendent symbolique la figure d’Axel représentant à la fois Brandon et toutes les personnes trans assassinées.

Les éléments du décor sont ainsi terriblement réalistes et correspondent à chaque étape de sa vie ; une salle de bain représentant le lieu de transformation d’Axel, un salon où le protagoniste incarne l’homme qu’il est (et qu’il veut être) auprès de ses amis, et une voiture où la vérité et la violence éclatent. Par un simple décor, c’est une vie brisée qui s’illustre. Par la mise en scène, c’est une réflexion sur le caractère intemporel du mythe d’Ovide, plus d’actualité que jamais, qui est portée.

Avec Matthieu Bolcatto, Pauline Briand, Baptiste Chabauty, Mathieu Metral. Dramaturgie Mathilde Hug. Scénographie Benjamin Gabrié. Lumières Coralie Pacreau. Son Vassili Bertrand. Vidéo Raphaëlle Uriewicz.

Visuels ©

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