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Au festival Manifeste, le redoutable hermétisme d’Un temps bis

Au festival Manifeste, le redoutable hermétisme d’Un temps bis

15 juin 2014 | PAR Christophe Candoni

Création événement du festival Manifeste, Un temps bis donné encore ce dimanche au T2G réunit trois artistes de disciplines différentes, le compositeur Georges Aperghis, l’altiste Geneviève Strosser et la comédienne Valérie Dréville autour de textes de Beckett et de morceaux de musiques contemporaines. Ils signent une recherche expérimentale esthétique, dramaturgique, musicale, textuelle, bien réelle mais complètement stérile, ne parvenant à produire ni sens ni émotion.

Ces trois grands artistes n’ont évidemment rien à prouver et leur travail commun témoigne d’un goût salutaire pour la prise de risque, d’un esprit curieux, aventurier, d’une aspiration à sortir des sentiers battus. Cette ambition les honore mais le résultat, bien faible, n’est pas à la hauteur du beau projet artistique annoncé.

La parole a toujours traversé l’oeuvre d’Aperghis qui se caractérise par sa forte dimension théâtrale. Le compositeur grec né en 1945 s’est toujours montré soucieux de faire cohabiter le mot et la note comme un même mode d’expression organique. Pourtant cette nouvelle proposition peine à faire se rencontrer et dialoguer ses différentes composantes, ni même ses deux interprètes à quelques rares exceptions près.

De belles trouvailles visuelles à partir d’un jeu géométrique de lumière qui se réfléchit dans des miroirs ne peuvent cacher l’absence de mise en scène et de direction d’acteurs. Seule véritable idée, un jeu inspirant sur l’invisible et l’imperceptible avec une entrée en matière où l’on devine à peine les corps qui signalent leur présence sur le plateau plongé dans une obscurité tenue et seulement traversé d’étroits rais de lumière par des frottements de pieds sur le sol. De la même manière, à l’entrée de l’alto, les sons de l’instrument se font à peine entendre au début du premier morceau de Lachenmann pour mieux surgir ensuite, à coups d’archet sur les cordes ou en pizzicati, d’une façon quasi bruitiste. Soutenu par l’engagement physique de la musicienne, le son résonne, vibre, avec une force de frappe et une intensité dont sont malheureusement dépourvus les mots de Beckett restitués sans passion, sans vie par Valérie Dréville, prostrée dans des airs faussement habités et un poil grandiloquents. Envisagés seulement dans leur musicalité et leur rythmique très pulsionnelles, ils se donnent mal à entendre et laissent l’impression de ne pas exister pour leur signification qui échappe totalement.

D’un minimalisme extrême et d’une abstraction éprouvante, le spectacle rebute, laisse à distance, met à l’écart. On n’en sort pas plus intelligent et avec le dérangeant sentiment de n’avoir rien vu ni vécu qui nous était directement adressé.

Photo © Xavier Lambours pour T&M-Paris

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