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[Live report] Clôture du Festival d’île de france où le mélange des genres sublimé par Yaron Herman

[Live report] Clôture du Festival d’île de france où le mélange des genres sublimé par Yaron Herman

15 octobre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

[rating=5]

Ce dimanche, le pianiste Yaron Herman clôturait de son jazz solaire et sans limite le festival d’île de France. Jouant avec ses alter-egos musicaux passant d’un style à l’autre, d’une réminiscence classique au jazz d’antan, en passant par des références pops aériennes, il conviait sur scène la chanteuse Frederika Stahl, le pianiste classique Bertrand Chamayou, et Valgeir Sigurdsson aux machines et claviers.

yaronOstinato ! Tel est le mot qui guide les compositions et adaptations de Yaron Herman. L’ostinato c’est ce procédé de composition qui consiste à répéter obstinément une formule rythmique, mélodique ou harmonique qui accompagne invariablement les différents éléments thématiques du morceau. C’est également un lien indéfectible qui permet à Yaron Hermann de surfer, de voyager entre les genres, les époques, de varier les rythmiques et d’emporter ainsi le public dans un jazz hypnotique, fascinant, envoûtant et captivant.

Les lumières s’éteignent et nous plongent dans une douce ambiance sereine et feutrée. Le musicien arrive avec son quartet, semble pianoter vaguement sur le clavier pour permettre l’accord de la contrebasse, puis débute dans la foulée son premier titre. La lumière se braque sur lui alors que s’élève une douce et fraîche mélodie nous rappelant à quelques égards le charme français des compositions de Debussy, puis, enclenche l’ostinato caractéristique sur lequel s’éveillent doucement les machines électroniques de Valgeir Sigurdsson. Au loin, sur fond de crissements typiques du disque vinyle de nos grands-parents, l’on distingue une note tenue de corde sur laquelle le pianiste continue d’entonner la mélodie initiale. Entre alors la contrebasse, qui de son ostinato rythmique irrégulier accélère le tempo et plonge l’ensemble dans un néo-jazz comparable à celui du maître en la matière, Avishai Cohen. L’apogée viendra ensuite avec l’arrivée du saxophone soprano que sublimera tout au long du concert Emile Parisien. Sa mélodie tortueuse tintée d’orientalisme, ses ribambelles de notes associées à l’ostinato lancinant que relaient contrebasse et piano achèveront ainsi de nous ensorceler pour le reste du concert.

Yaron Herman joue sur les sonorités, invoquant timbres cristallins semblables au xylophone autant que beat électro pesant, saxophone soprano au son doux et rond autant que claquant et couinant et théâtralise ainsi sa musique. Créant des tapis sonores obsédants, il nous fait ainsi osciller entre instants méditatifs propices à l’élévation, et moments d’ivresses euphoriques et grisants, revigorants à souhait. Un tourbillon musical, une effervescence émotionnelle sans cesse renouvelée qui nous fait ainsi littéralement basculer vers un ailleurs indéfinissable, vers ses alter-égo, ces autres contrés harmoniques, melting-pot d’histoire et de culture. Ainsi les quelque 90 minutes que durèrent le concert nous parurent nous filer entre les doigts tant la magie, l’alchimie créatrice, opéra à merveille.

Les deux titres que vint interpréter la chanteuse Fredrika Stahl furent quant à eux deux bouffées d’airs frais, des respirations bienfaitrices, qui sans trancher du tout au tout avec le reste nous sortait néanmoins des bourrasques mélodiques entêtantes de Yaron. Ainsi, l’on fut ravi de découvrir cette petite voix claire, légère mais non moins suave et pleine de caractère. Le clou du spectacle fut néanmoins le duo avec Bertrand Chamayou, un quatre mains classico-jazz détonnant, naviguant entre les styles, les époques. Deux instruments semblent se confondre, deux touchés, deux accentuations différentes, deux traitements du piano bien distincts et pourtant unis ici à la perfection. Sur les lieds classiques inspirés de Bach, Listz et tant d’autres, Yaron plaque ses rythmiques et mélodies tirées des standards du jazz. Encore une fois Yaron joue de son ostinato tandis que Bertrand Chamayou initie une fugue. Le jeu de main est fabuleux à entendre autant qu’à voir. Un jeu qui se fait également thématique, en effet, beaucoup d’ironie se dégage de la pièce, comme si les deux musiciens se bataillaient dans un jeu de questions réponses, d’imitations. Un jeu qui déclenchera d’ailleurs parfois rires et sourires  du public qui applaudira à tout rompre la prestation.

Une soirée placée sous le signe du mélange des genres et de la réunion par la musique. Un idéal éclectique promu par le festival d’île de France qu’incarnait clairement  et intrinsèquement la musique de Yaron Herman qui fut manifestement un choix de programmation judicieux. Une magnifique, fantastique et festive clôture de festival, prometteuse également quant à la programmation de l’année prochaine.

Un concert enregistré et diffusé en direct sur Fip à retrouver ICI.

Infos pratiques

Tripostal
La Briqueterie
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

One thought on “[Live report] Clôture du Festival d’île de france où le mélange des genres sublimé par Yaron Herman”

Commentaire(s)

  • delphine

    N étant pourtant pas une fan de musique de ce style, cet article m a donné l envie de voir ce concert sur fip.

    octobre 16, 2013 at 7 h 27 min

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