Classique

Verbier : Feu d’artifice et grand boeuf classique pour le Gala des 25 ans

Verbier : Feu d’artifice et grand boeuf classique pour le Gala des 25 ans

26 juillet 2018 | PAR Yaël Hirsch

Le soleil était revenu pour darder de ses rayons ce mercredi 25 juillet où le Festival de Verbier fêtait officiellement et avec une affiche bouleversante ses 25 ans.

Tout a commencé comme chaque matin à l’Eglise avec un concert où l’on retrouvait le pianiste Seong-Jin Cho avec le violoncelliste Andrei Ionita dans un programme Beethoven, Schumann et Chostakovitch qui, si l’on écoute les échos des festivalisers, a tenu toutes ses promesses.

Dès 17:00, les Combins étaient en effervescence pour le concert événement de 18:00, les coupes de champagne et célébrations allaient déjà bon train sous un soleil ardent. Alors qu’un public international est venu assister à cet anniversaire d’exception, le monde se demandait ce que la quarantaine d’artistes emblématiques du festival réunis nous avaient préparé en 3 heures et 2 entractes ! Au générique de ce gala unique : Yuri Bashmet, Sergei Babayan, Kristof Barati, Lisa Batiashvili, Renaud Capucon, Gérard Causse, Alexandra Conunova, Caroline Dowdle, Emily Edmonds, Alanda Forsyth, Vilde Frang, Pamala Frank, Martin Frost, Valery Gergiev, Richard Goode, Ilya Gringolts, Nobuko Imai, Andrei Ionita, Brendan Kane, Leonidas Kavakos, Evgeny Kissin, Daniel Lozakovich, Micha Maisky, Denis Marquez, Mikhaïl Pletnev, Thomas Quatshoff, Julien Quentin, Vadim Repin, le chœur RIAS, Andras Schiff, Dimitri Sistovetsky, Gabor-Takacs Nagy, Blythe Teh Engstroem, Daniil Trifonov, Kirilll Troussov, Maxim Vengerov, Yuha Wang, Tavera Zimmerman, Pinchas Zuckerman et le Verbier Festival Orchestra. 45 minutes, 90 minutes de piano et 45 autres minutes.

C’est juste lorsqu’on est rentrée sous la tente que le ciel s’est fendu et que des torrents de pluie sont venus s’ajouter aux sons de la soirée. Selon le maire de Verbier, vingt-cinq, c’est l’âge ou l’individu est en pleine possession de ses moyens mais où l’on ose encore l’audace et la passion. Cela est aussi vrai pour un Festival. Et le représentant a aussi proclamé son admiration pour Martin Engstroem “Avec toi, le Verbier Festival, ce n’est que du bonheur”.

Le tonnerre gronde quand quinze immenses solistes entrent en scène ensemble pour jouer ensemble un Concerto Brandebourgeois, avec en premier violon, Pinchas Zuckerman. Au fur et à mesure que le morceau progresse l’alchimie prend, le public se pose et quelque chose se passe.

Quand Martin Engstroem entre, il est ovationné et salue les spectateurs et téléspectateurs de Medici TV. Il nous rassure et nous donne le mode d’emploi : la liste des artistes et œuvres sera sur le site du Festival après la représentation et explique la structure : les cordes d’abord, les pianos ensuite, des reprises de thèmes populaires. Il s’en va en remerciant le Verbier Festival Birthday Orchestra.

La seconde pièce est espagnole : la Navarra Fantasy de Pablo de Sarrasate. Pourtant cela fait très concert du Nouvel an viennois avec une oeuvre entraînante qui commence par une attaque de violon et nous fait valser.

En final de la troisième partie, les cordes réunies jouent une version magistrale et pleine de variations de « Happy Birthday », signée Peter Heidrich. Trois mouvements et cinq humeurs bien variées pour souffler les bougies, en finissant sur du tzigane. Aussi tendre que virtuose.

Après l’entracte à nouveau ensoleillé, l’on a un peu perdu les pianistes mais fort heureusement ils ont été récupérés ainsi que la tourneuse de pages.Le casting est juste incroyable et en 90 minutes, cette deuxième partie est le morceau de bravoure et le moment inédit et non reproductible de ces 25 ans époustouflants.

L’n commence donc avec quatre pianistes sur deux pianos installés tête bêche : Evgeny Kissin, Yuja Wang, Seong-Jin Cho et Richard Goode dans la Sonate pour deux pianos à huit mains de Smetana. C’est harmonieux et léger. Puis l’intensité monte d’une seule traite. Au salut, l’on est encore sous le charme et l’œil happé par la robe argentée dos nu de Yuja Wang.

Martin Engstroem présente la partie piano. La présence d’autant de pianistes magistraux est un hommage au village de Verbier. Il nous parle du programme et introduit Souvenirs de la Russie  de Johannes Brahms. C’est Andras Schiff qui l’interprète avec Seong-Jin Cho. La puissance du premier mouvement, la mélodie, la danse du deuxième mouvement, les deux pianistes parviennent vraiment à créer de l’intensité et un sentiment d’intimité qui est un des pics de la soirée. Ça s’emballe joyeusement dans le troisième mouvement et c’est jouissif.

Encore deux hommes pour le Bach suivant : Daniil Trifonov et  Mikhaïl Pletnev (qui a arrangé ce Jésus, Que Ma Joie Demeure) jouent  ce morceau mythique d’un seul trait et à rythme soutenu.

Entrent ensuite en scène trois pianistes pour un seul piano : Kissin, Trifonov et Sistovetsky prennent place pour un très romantique et très suave Romance pour piano six mains

Yuja Wang et Richard Goode se retrouvent pour deux expressives Danses Hongroises, de Brahms.

On affrète un deuxième piano pour Evgeni Kissin et Daniil Trifonov qui s’élancent dans la Polka italienne de Rachmaninov tout à fait festive. Un morceau qui marque le public durablement avec quelque chose de joyeux et presque forain. On nous livre la face sombre de Rachmaninov, avec la Barcarolle de la Suite N° 1. C’est un peu plus long, délicat, onirique et très émouvant.

Yuja Wang a changé de robe pour attaquer à quatre mains des variations sur un thèmes de Paganini de Lutosawski. Une séries de gammes violentes et où les deux pianistes sont vraiment impressionnants, lui avec partition et elle, sans.

Quatre pianos sont installés sur scènes salués par des « oh » et des « ah » du public. ils sont huit sur scène et c’est une photo à prendre pour la postérité. Petit problème de partition pour un des pianistes et l’on peut enfin commencer avec un festif et « local » Guillaume Tell de Rossini. Ils y glissent même un joyeux anniversaire un peu dissonant.

Pour la troisième partie finale, le Verbier Festival Chamber Orchestra et le RIAS Kammerchor prennent place. Les deux chefs seront Valery Gergiev et Gabor-Takacs Nagy. Martin Engstroem remercie son équipe et donne quelques chiffres : pour la saison 61 concerts, 45000 billets vendus et 1 million de vues sur Medici.tv. Il annonce du jazz, du klezmer, des envols de chauves-souris et un retour de Guillaume Tell.

C’est Mozart qui ouvre le bal, avec un Avé Verum délicat dirigé par Gabor-Takacs Nagy. Suivait un « Hallelujah » du Messie de Haendel tout à fait tonique et qui semble sculpté dans l’orchestre par son chef. Une petit Polka de Strauss nous donne envie de danser, avec un petit cri très bohème des musicien du Verbier Festival Chamber Orchestra en ponctuation et l’on attend qu’il ouvre ses ailes sur La Chauve-Souris. 

Passage à quelque chose de beaucoup plus moderne avec un solo de clarinette contemporain mais quand la soprano entre en scène, l’opérette 19e prend le dessus avec grâce et le cohort suit. Le morceau suivant est Klezmer juste pour le clarinettiste dont le solo est ponctué par les cordes de l’orchestre. Lorsque la soprano reprend le devant la scène, l’arrivée de Thomas Quatshoff permet au public de se lâcher et d’applaudir au milieu. On passe à une ambiance comédie musicale qui met en valeur la voix incroyable d’un des grands professeurs de Verbier.

Le final déploie toutes ses ailes et ses forces avec un Gergiev magistral, et une dernière et touchante image : les solistes hyper-reconnus qui se sont rassemblés pour ce boeuf hors de ce monde, et dont certains ont commencé leur carrière ici se placent derrière les jeunes de l’orchestre pour le salut. Ca se passe comme cela à Verbier et l’on souhaite une très longue et belle vie à ce Festival au pic de sa force.

photos : © Nicolas Brodard & Aline Paley – service de presse du Festival

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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