Classique
Un premier concert de haut vol pour Emmanuel Krivine à la tête de l’Orchestre National de France

Un premier concert de haut vol pour Emmanuel Krivine à la tête de l’Orchestre National de France

08 septembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

A l’auditorium de la Maison de la Radio, ce jeudi 7 septembre, Emmanuel Krivine dirigeait son premier concert en tant que chef de l’Orchestre National de France. Avec un programme éclectique (Webern, Strauss, Franck), une exécution très incarnée, une soprano divine, Ann Petersen et des bis généreux, cette première a comblé un public impatient de réentendre l’ONF sous la houlette de Monsieur Krivine.
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L’auditorium est comble pour cette grande première et dans le ciel encore clair du mois de septembre, la Maison de la Radio prend des airs de fête. L’orchestre prend place, Emmanuel Krivine apparaît, Frac noir et baguette blanche, pour une Passacaille d’Anton Webern plein de fougue et qui mêle agilité et structure puissante. Les première notes sont si subtiles que l’on entend en transparence les retardataires entrain encore de s’installer mais très vite, l’écho se perd et la salle entre pleinement en résonnance avec l’orchestre.

Après cette bien belle mise en bouche, le public est prêt à accueillir la soprano danoise Ann Petersen pour les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss. Alliant une douceur infinie et la puissance nécessaire au répertoire straussien, Ann Petersen fascine tout de suite le public, qui tombe en hypnose dans la mélancolie de Strauss et Hesse. Dès le début du premier Lied, on en oublie presque de suivre la manière aboutie dont l’ONF l’accompagne our se concentrer sur sa voix. A la fin du troisième chant de ce voyage dans les saisons, sur les notes hautes et violentes de « tief tausendfach zu leben » (« Pour vivre mille fois plus intensément », dit le texte) la soprano fait atteindre au public un sommet d’émotion. La douceur revient avec le dernier Lied « La Douceur du couchant » et c’est sur cette note suave que la diva, abondamment applaudie par le public termine son apparition dans un Lied straussien que Krivine dirige à mains nues : « Morgen« .

L’entracte est long pour laisser le temps au public de se retrouver près la pause estivale et de décanter cette première partie surprenante et magnifique de concert. C’est studieux et concentré qu’il retourne à l’auditorium pour une Symphonie en Ré mineur de César Franck qu’Emmanuel Krivine dirige à bras le corps, dansant, ondulant et dans une sorte de mouvement magnétique avec son orchestre. Dans le premier mouvement, on n’a pas encore l’impression d’avoir quitté la musique allemande… Marquant le rythme, l’ONF donne à entendre chaque thème tandis que la baguette blanche de Emmanuel Krivine cisaille l’espace. Les pauses entre les trois mouvements sont marquées, d’autant plus que c’est à nouveau sans baguette et avec les mains que Krivine dirige un deuxième mouvement qui commence par des pizzicatti.  Le « finale » explose dans l’acoustique parfaitement appropriée de l’auditorium et l’orchestre emmène le public – même les spectateurs les plus réticents sur la musique de Franck- vers une apothéose parfaitement maîtrisé.

Plus léger et également plus sensuel peut-être, comme le fait remarquer le chef d’orchestre, la barcarolle des Contes d’Hoffmann d’Offenbach vient clôturer un concert exceptionnel, qui nous a fait voyager dans la musique du début du 20 e siècle entre France et Allemagne avec une fluidité et une maîtrise vraiment admirables. Rendez-vous le 5 octobre à la Maison de la radio pour entendre Emmanuel Krivine diriger à nouveau l’Orchestre National de France avec la pianiste Martha Argerich en soliste dans le Concerto de Ravel. Et avant cela, c’est Christophe Eschenbach qui dirige l’ONF dans la Cinquième de Mahler le 14 septembre.

visuel : EmmEmmanuel Krivine – Photo : PH. Hurlin

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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