Classique

Symphonies en miroir : Liszt et Hans Rott au prisme de Boris Berezovsky et Constantin Trinks

Symphonies en miroir : Liszt et Hans Rott au prisme de Boris Berezovsky et Constantin Trinks

14 avril 2018 | PAR Suzanne Lay-Canessa

Protéiforme, le vendredi du Philharmonique de Radio France proposé ce 13 avril conjugue valeurs sûres – le dyonisiaque Liszt par le monstre Berezovsky – et audace non moins bienvenue – la première symphonie de Hans Rott, et surtout la jeune étoile montante Constantin Trinks à la direction. Pour un résultat confondant de maîtrise et de fougue.
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Dès les premières notes du Concerto pour piano n°1 de Liszt, chaque pan du romantisme allemand semble émerger sur une voie nouvelle : si c’est évidemment Wagner que l’on entend dans les arpèges texturées des cordes du Quasi Adagio, et un peu de Mahler qui déborde des cuivres de l’Allegro marziale animato, le piano de Boris Berzovsky abat la technique requise pour mener ses envolées vers la nostalgie de Rachmaninov, ou l’élégance d’un nocturne de Chopin. Entre eux gravitent des solistes particulièrement à l’écoute : Jérôme Voisin gratifie l’Allegro Maestuoso de beaux échanges entre sa clarinette et un piano apaisé, et revient adoucir les trilles du Quasi Adagio, accompagné du hautbois d’Olivier Doise. Mouvementé, lyrique, le Concerto ferait pourtant presque pâle figure face au déchaînement de la célèbre Danse Macabre qui suit : les six variations élaborées autour du Dies Irae grégorien s’échevèlent comme autant d’exaltations obsessionnelles : à la sécheresse de l’introduction succèdent tant de digressions chorales ou contrapuntiques, interrompues par de tempétueux scherzo. Au centre de ce déchaînement, l’éclat du piano fait moins retentir la fureur des glissendi et des fortissimo que la légèreté d’une danse effrénée, le décharnement d’un chant qui refuse de se briser – la fragilité d’une porcelaine qui se croirait éléphant. La variation finale fait dialoguer ce clavier sublime et les instrumentistes comme autant d’éclairages sur une matière mouvante.

Difficile de se remettre d’une si belle osmose au retour de l’entracte : la Symphonie n°1 de Rott, privée de la présence de Berezovsky – sur scène, du moins, puisque ses applaudissements sonores se feront bien entendre du parterre – et de la furie lisztienne, a heureusement trouvé en Constantin Trinks un atout de taille. Ses recoins n’ont effectivement aucun secret pour le chef allemand, qui a déjà enregistré l’œuvre avec l’Orchestre de Salzbourg il y a deux ans. Tombée dans l’oubli avec l’internement, puis la mort du jeune compositeur, pourtant prometteur, la Symphonie n°1, incarnation d’une époque bien précise du romantisme allemand, est parfaitement située par Trinks. Sous sa baguette, le savant usage de la trompette, dès le Alla Breve, convoque l’ami d’alors, Mahler, quand le phrasé paraît encore brucknérien. C’est toujours Bruckner que les longs tenus des cuivres – admirables ! – rappellent sur le Sehr Langsam. Impossible de passer sous silence la familiarité du thème du Scherzo, auquel se référait vraisemblablement Mahler lors de l’écriture de sa Titan – tempo, rythme du thème arpégé, tout y est. Le finale, monumental, pourra sembler un peu long, mais ne revêt heureusement aucune tonalité pompière sous la direction mesurée de Trinks. De quoi se demander quelle fut la révélation de ce décidément irréprochable programme.

visuel : Profil twitter de Constantin Trinks

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Suzanne Lay-Canessa

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