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[Live Report] Rameau et Haendel, deux stylistes à la fête au Théâtre des Champs Elysées

[Live Report] Rameau et Haendel, deux stylistes à la fête au Théâtre des Champs Elysées

29 septembre 2013 | PAR La Rédaction

[rating=5]

Vendredi 27 septembre, la soprano Sandrine Piau et l’Orchestre de l’Âge des Lumières dirigé par William Christie donnaient au Théâtre des Champs Elysées un programme Rameau-Haendel. Entre dentelle vocale et archets affutés comme autant de stilettos : une ambiance digne de la Fashion Week parisienne.

Dans les rues voisines du Théâtre des Champs Elysées, entre la chic et ultra griffée avenue Montaigne et les Champs Elysées, la Fashion Week essaime ses fashionistas excitées, perchées sur des hauteurs aussi olympiennes que douloureuses, ses photographes à l’affut du it-look, et ses admiratifs envieux, pas toujours bien renseignés (« Dolce & Gabanna, c’est espagnol, non ? »). Dans le métro, c’est à qui hurlera le plus fort qu’il détient des « invit’ » pour la très select’ soirée Vogue-Vanity Fair où : « sérieux, ça va être over génial, on va croiser tellement de bad guys ». Autant dire qu’aller au concert, baroque de surcroît, pour écouter la soprano Sandrine Piau et l’Orchestre de l’Âge des Lumières sous la baguette de William Christie, a quelque chose de… comment dire… décalé. Quoique.

Des habituelles chaussettes rouges dépassant ostensiblement des souliers vernis du chef, à l’allure garçonne et mutine de Sandrine Piau, habillée d’une robe à sequins argentés, voile de lumière sur sa mince silhouette à la Louise Brooks, on n’est pas loin des défilés qui grisent Paris. Comme dans toute bonne fête, l’ambiance prend petit à petit. La première partie du programme consacrée à Rameau laisse la lamentation de « Tristes apprêts, pâles flambeaux » éclore sur la pyrotechnie vocale de « Règne avec moi Bacchus ». Sandrine Piau passe du soupir à peine audible, de la souffrance exprimée par tous les traits du visage et la moindre inflexion d’une voix pure de tout vibrato, à la vocalise joyeuse et musclée. Sa maîtrise est à couper le souffle, même William Christie à l’air de ne pas en croire ses oreilles, lui qui la regarde amoureusement et lui embrasse les mains à la fin de chaque air. Une déesse tout droit sortie des opéras mythologiques de Rameau.

Il faut l’entracte et un « Se Pietà » extrait du Jules César de Haendel déchirant pour enfin délier les mains et le sourire (ému) du public. La fête qui a déjà lieu sur scène, menée par l’énergie infatigable du premier violon et un orchestre qui joue debout, gagne une salle un poil revêche. La direction sautillante de William Christie et des instrumentistes au crin et à l’anche nerveuse ont heureusement de quoi dérider l’atmosphère… Quelques Feux d’artifice royaux et trois bis plus tard (dont le tube « Lascia ch’io pianga » extrait de Rinaldo de Haendel), plus personne ne veut laisser partir les musiciens. La soprano rayonne, timidement presque. Sandrine Piau, ou l’idée d’un certain chic (musical) à la française…

Par Victorine de Oliveira

Visuels: http://www.theatrechampselysees.fr (c) expilly/Naive

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