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[Live report] Yuja Wang et Leonidas Kavados jouent Brahms : émouvante et envoûtante poésie

[Live report] Yuja Wang et Leonidas Kavados jouent Brahms : émouvante et envoûtante poésie

12 avril 2014 | PAR Céline Duverne

Ce mardi 8 avril, le violoniste Leonidas Kavakos et la pianiste Yuja Wang ont fait vibrer à l’unisson le public de la salle Pleyel dans une interprétation très soignée des trois sonates pour violon et piano de Brahms. Un programme cohérent pour une immersion sans fausse note dans la poésie romantique. 

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Fleuron de la musique de chambre, les trois sonates pour violon et piano ont vu le jour entre 1878 et 1888. Brahms, alors à l’apogée de sa carrière, possède à son actif un répertoire aussi nourri que varié lorsqu’il en entreprend la composition. De sensibilité convergente, elles possèdent toutefois leurs spécificités structurelles, dont témoigne notamment la succession différenciée de leurs mouvements. A l’encontre des deux premières, en Sol Majeur opus 78 et en La Majeur opus 100, la Sonate n°3 opus 108 en ré mineur possède non plus trois mais quatre mouvements. Dans l’ensemble des trois œuvres, l’alternance entre l’ardeur conquérante, l’exaltation poétique et de languissantes rêveries atteste l’inspiration éminemment romantique du compositeur allemand. Un éventail kaléidoscopique d’émotions, propre à valoriser la virtuosité mais également la sensibilité artistique de l’interprète.

Pour ce programme de choix, deux grands pontes de la scène musicale contemporaine se sont réunis. A vingt-sept ans, Yuga Wang a déjà derrière elle une longue carrière. Formée au Conservatoire de Pékin, sa ville natale, au Canada puis à Philadelphie, la jeune artiste est révélée en 2006 par le Prix Gilmore Young Artist. Depuis lors, elle se produit chaque année à travers le monde, escortée par des ensembles de renom tel l’Orchestre philharmonique de New York et l’Orchestre symphonique de Boston, dans des répertoires très éclectiques. Au fil des ans, elle a su démentir, dans le sillage de son homologue Lang Lang, le préjugé selon lequel la virtuosité technique des pianistes chinois s’épanouirait au détriment d’une sensibilité artistique personnelle.

Démonstration largement renouvelée en ce soir du 8 avril, où ses doigts agiles se prêtent à toutes les fantaisies du romantisme de Brahms : tantôt légère et mutine, puis soudain grave ou rayonnante au gré des nuances, elle nous livre une interprétation vivace et colorée.

A ses côtés, Leonidas Kavakos, fort d’une expérience tout aussi nourrie, confirme l’ampleur de son talent. Élève du Conservatoire national de Grèce, dont il est originaire, il parfait sa formation à l’université d’Indiana avant de s’illustrer au Concours international de violon Jean Sibelius : à seulement 18 ans, le benjamin des participants remporte tous les suffrages. Les premiers prix de la Naumburg Competition à New York puis du Concours de violon Paganini, en 1986, viennent enrichir ce palmarès et lancent sa carrière internationale.

Les trois sonates de Brahms, qui font la part belle au violon, lui offrent l’opportunité d’exploiter les mille et une nuances de son instrument. Son archet aguerri se prête aussi bien à de fulgurants monologues qu’à de lancinantes plaintes et « sanglots longs » verlainiens dont, qui sait, Brahms avait peut-être eu vent lorsqu’il composa ses sonates.

Encore un pari réussi pour les programmateurs de la salle Pleyel, qui de surcroît ménagent par ce préambule le retour fracassant de la jeune pianiste, le 15 mai prochain dans son répertoire de prédilection : Prokofiev, Chopin, Kapustine et Stravinski. En l’occurrence, peut-être regretterons-nous qu’à l’encontre de cet éclectisme, le parti pris d’un programme centré sur un seul compositeur ne permette pas de rendre tangible, au gré d’un parcours progressif, le dialogue des sensibilités artistiques. Mais c’est un bien léger reproche.

Visuels : © Pochette de l’album Brahms – Violin Sonatas / Leonidas Kavakos & Yuja Wang (label Decca, 2014) / Leonidas Kavakos-© Yannis Bourcias

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BRION-Christine

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