Classique
[Live report] Yellow Lounge#3 avec Max Richter et Richard Reed Parry, entre délicatesse et poésie

[Live report] Yellow Lounge#3 avec Max Richter et Richard Reed Parry, entre délicatesse et poésie

03 juin 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce lundi soir, les éditions Universal music classique et jazz et Deutche Grammophone donnaient leur troisième Yellow Lounge, un concept de concert mêlant Dj Set et prestations instrumentales visant à sortir les artistes classiques de leurs lieux de concerts prédestinés, pour les amener dans des endroits atypiques et les ouvrir par là même à un nouveau public. A l’honneur ce soir sous les voûtes médiévales et sacrées du Collège des Bernardins, le compositeur Max Richter et le musicien membre du groupe Arcade Fire Richard Reed Parry.

C’est par un Dj Set onirique, énigmatique et dépaysant de Richard Reed Parry que débutait la soirée. Sur fond de battements de cœurs, fil rouge de ses compositions électroniques comme instrumentales, s’installe un doux mélange de genres et d’ambiances. Les discours musicaux se superposent et s’entremêlent, ainsi du tintement de cymbales et de la résonance d’une guitare surgissent de fantomatiques vocalises qui nous mèneront par la suite à des chants sauvages et tribaux. A peine se sent-on confortablement établi dans un décor, que le musicien rompt sciemment le charme pour nous faire voyager vers l’ailleurs de son choix. Ainsi de la frustration naît de nouvelles rêveries, des notes étirées de guitares électriques nous plongent dans  un univers aquatique, pour glisser à l’arrivée des synthés, dans les profondeurs galactiques. Des longueurs étouffées de flûtes et de trompettes viendront clôturer cette entrée en matière dans le monde éclectique et désordonné de Richard Reed Perry.

Le musicien cède ensuite l’espace à l’univers minimaliste de Max Richter. Simplicité et efficacité tels sont les mots qui caractérisent ce mélodiste formé au côté de Luciano Berio, défenseur de Philip Glass, Steve Reich au sein de l’ensemble Piano Circus et aujourd’hui également reconnu pour avoir signé les bandes originales de Valse avec Bachir d’Ari Folman (2008), Shutter Island de Martin Scorsese (2010) et Wadjda d’Haifaa Al Mansour pour ne citer que ceux-là. A la clarté de l’harmonie – de simples accords de trois notes tour à tour renversés, développés – s’oppose l’obscure mélancolie des motifs mélodiques. Une ombrageuse candeur qui nous rappellera à bien des égards le romantisme des Rêveries ou des Scènes pour enfant de Schumann. Accompagné de deux cordes –violoncelle et alto- il interprétera un pot pourri de ses différentes créations et notamment des extraits de Mémoryhouse avec November, Ember et Sarajevo entre autres. Richard Reed Parry à la contrebasse s’associera au trio  pour nous permettre d’entendre un soupçon de Recomposed notamment Spring 1 et Summer 2 réinterprétant les Quatre Saisons de Vivaldi. Du prêtre roux, Richter ne conserve que quelques notes, surtout, il met en avant la texture, les nuances, l’intention musicale. Un matériau subjectif et abstrait duquel naît néanmoins l’envoûtement et la sérénité.

On échange les rôles , Richter redevient pianiste et laisse place à trois créations instrumentales de Richard Reed Parry issues de son album en tant que compositeur classique Musique For Heart & Breath, axées autour d’un concept expérimental, performatif et particulièrement organique puisqu’il s’agit pour les musiciens de suivre non pas la régularité d’un métronome, mais bien l’irrégularité de leurs battements de cœur. A l’opposé de la pratique traditionnelle de la musique de chambre exigeant une attention, une écoute infaillible pour permettre la synchronisation la plus parfaite, les musiciens s’arment ici de stéthoscopes afin d’écouter et de suivre leur propre rythmique corporelle. Une pratique à l’opposé également de l’apprentissage individuel de la musique où le corps et l’esprit doivent se plier et obéir au tempo, à sa régularité factice que l’on apprend des années durant à entendre à l’intérieur. Une pratique étrange qui à notre sens pourrait faire écho au facteur d’imprévisibilité et d’indétermination prôné en son temps par John Cage. Ainsi, de ces trois compositions proposées hier soir l’on retient l’intimité introspective et la fragilité insufflées par cette pratique privant les instrumentistes d’un de leur plus important repère : l’oreille. Dans Heart and Breath Sextext, second titre de l’opus, alors que le piano impose un rythme scrupuleusement calqué sur la pulsation cardiaque, les cordes posent de longues et langoureuses notes, reproduisant presque le soufflet de l’accordéon. Des cordes pizzicati qui conféreront au second extrait des sonorités plus ethniques. Une expérience poétique et intrigante, révélant un univers moelleux, serein et contemplatif. Une jolie surprise démontrant par la même que derrière les grands groupes de rock se cachent souvent de grands et savants musiciens.

Le Yellow Lounge se clôturera par un dernier Dj Set de l’artiste, reprenant à peu de choses près les mêmes éléments qu’en ouverture ajoutant ça et là une pincée de Jazz et quelques références électro canadiennes et notamment Bowls de Caribou. Une soirée douce et poétique à souhait, parfaite pour un début de semaine !

Visuel : (c) affiche de la soirée

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Idir Benard
Passionné par les nouvelles technologies, la cyberculture et les visionnaires de tout poil, il écrit un mémoire à l'EHESS sur le transhumanisme et la science fiction. Interrogateur du genre humain, en chemin hors de la caverne de Platon. Bon vivant, ne se prive pas de couvrir des évènements sympas en tout genre, qu'il y ait du vin, du dupstep ou de l'art. Fan des dessins animés des années 90 (Tintin, Dragon Ball Z) et des jeux old school (mégadrive en particulier)

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