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[Live Report] Xavier Phillips et l’orchestre de Paris, clarté et luminosité

[Live Report] Xavier Phillips et l’orchestre de Paris, clarté et luminosité

20 septembre 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce jeudi l’orchestre de Paris donnait Les métaboles de Dutilleux et accueillait le violoncelliste Xavier Phillips pour le Concerto pour violoncelle en ré mineur de Lalo. Il donnait également la Symphonie n°5 en mi mineur op 64 de Tchaïkovski. Clarté et luminosité furent les maîtres mots de la  soirée.

Les Métaboles, pièce courte en cinq mouvements est basée sur la métamorphose de la mélodique, rythmique et harmonique requiert donc particulièrement clarté et précision. Tortueuse, Onirique, féerique autant que véhémente et complexe elle faisait une subtile introduction. Sous la baguette de Paavo Jarvi les notes tombent comme des couperets, sèches et vives, les descentes de bois ou de cordes dégoulinent avec maîtrise autant que l’ardeur flamboyante, le vacarme assourdissant tétanisent avec plaisir le spectateur, comme envouté par les méandres et la sinuosité  de la forme de cette pièce.

L’orchestre se réduit, le soliste Xavier Phillips sérieux et concentré entre sur scène pour donner le Concerto en ré mineur de Lalo, œuvre peu donnée sur scène. La dernière fois que l’orchestre de Paris l’avait interprétée c’était d’ailleurs en 2006. L’orchestre débute, ample, fort et imposant avant de laisser la place entière au violoncelliste qui dévoilera d’emblée un timbre à la fois rond, moelleux, chaleureux extrêmement clair. Dramatique, exacerbant le pathos sans jamais franchir la limite de l’exagération le musicien se révèlera un narrateur hors pair tout au long de l’exécution, délivrant une lecture incroyablement limpide de ce concerto de Lalo, y compris dans les instants les plus virtuoses ou ses doigts nous semblaient littéralement léviter au-dessus des cordes, tant  il l’exécutait avec agilité et précision.

Dans le concerto de Lalo l’orchestre se fait un soutien aussi énergique que discret s’effaçant pour laisser entièrement la parole à l’instrument soliste. Aussi, l’œuvre permet au musicien de déployer une palette de couleurs colossale et mille caractères d’autant que l’on y perçoit des inspirations multiculturelles, comme un voyage européen. Au premier mouvement le musicien met en avant un lyrisme troublé, impétueux et passionnel qui s’oppose à d’autres instants plus doux et poétiques. Mélancolie et thème guilleret s’opposent constamment au second mouvement, une dualité soulignée par le traitement de la corde et de l’archet, si délicat et si aérien. Le musicien exaltait ici une sensibilité à fleur de peau autant qu’une allégresse vivifiante et régénérante. Le troisième et dernier mouvement sera une apogée époustouflante avec un Allegro Vivace fougueux, fiévreux, brillant, exécuté avec une simplicité déconcertante. Aucune note ne s’efface dans la vitesse, le discours reste d’une intelligibilité et d’une limpidité extraordinaire. Abondamment applaudi Xavier Phillips donnera la 1ere strophe pour violoncelle seul de Dutilleux, ou précaution et efficacité seront au rendez-vous.

Après l’entracte place à la 5e Symphonie de Tchaïkovski qui pose la question du destin, de la fatalité. Si le premier mouvement témoigne du poids de la fatalité comme le souligne le thème qu’introduit la clarinette et qui revêt dès ses premiers instants d’existence une lugubre affliction ,l’œuvre chemine indubitablement de mouvement en mouvement vers l’apaisement et la lumière. Encore une fois l’exécution confirme la capacité qu’à Paavo Jarvi d’amener ses musiciens au sommet de leur art, leur enjoignant à se faire gargantuesques et monstrueusement grands conférant à l’orchestre des allures de colosse indestructible autant qu’extrêmement sensible et délicat, comme le funambule qui sur la corde raide se doit de poser délicatement le pied. Chacun des instrumentistes, des timbres sont à un moment ou à un autre mis en valeur, et, alors qu’il nous semblait connaître par cœur la partition l’on redécouvre l’univers de cette symphonie avec un nouvel éclairage. Sans parler de son indubitable sens du suspense et de la dramaturgie. Ainsi n’hésite-t-il pas à marquer l’arrêt et prendre de grandes respirations pour mieux faire repartir l’orchestre.

Nous voici donc emportés au premier mouvement dans l’aventure Tchaïkovski. Nous ne quitterons plus une seule seconde la scène des yeux, désireux de savoir ou le discours du maestro allait nous emporter. Le deuxième mouvement sera aussi bouleversant que le premier fut saisissant. Le cor initie ici le thème,  un solo troublant, poignant, exécuté avec brio, insufflé gracieusement, susurré presque, avec grâce, élégance, tendresse, et sobriété. Une ligne de conduite que reprendra l’orchestre à sa suite, pour s’élargir, se développer, monter plus haut vers la lumière tout au long du mouvement. Après une valse doucereuse et bienveillante l’orchestre reprendra au dernier mouvement sa folle course vers la destinée, fougue haletante et éclatante.

Infos pratiques

Hôtel Lépinat
Hôtel de Gallifet – Aix-en-Provence
BRION-Christine

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