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[Live-Report] Vanessa Wagner et le Quatuor Hermès rapprochent Mozart et Pärt au Festival de Chambord

[Live-Report] Vanessa Wagner et le Quatuor Hermès rapprochent Mozart et Pärt au Festival de Chambord

13 juillet 2017 | PAR Yaël Hirsch

Ce mercredi 12 juillet, dans la cour du Château de Chambord, le concert est annoncé à 20h. On prend place un peu avant, attendant les élégants qui ont choisi une formule de soirée où ils participent à un cocktail dans la demeure de chasse de François Premier avant de se rendre au concert. Ce soir, qui est aussi l’avant-dernier concert dans la cour, la directrice artistique du Festival se produit pour la deuxième fois de l’année, après un concert avec le violoniste Augustin Demay, le 4 juillet. Pour jouer avec elle une version adaptée du concerto pour piano en la majeur de Mozart, elle a fait appel aux talentueux jeunes musiciens du quatuor Hermès. Une soirée magique autour d’un programme éclectique.

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C’est dans une longue robe couleur rouge-orangé et talon lamés argent que Vanessa Wagner entre en scène, accompagnée d’Omer Bouchez et son violon Joseph Gagliano (1796). Ils ouvrent la soirée avec une adaptation pour violon et piano du « Fratres » du compositeur contemporain néo-tonal estonien Arvo Pärt que Guidon Kremer et Elena Bashkirova ont créée à Salzbourg en 1980. Vanessa Wagner vient d’enregistrer avec le virtuose de l’electronica Murcof  « Spiegel in Spiegel », du même compositeur sur l‘EP02. « Fratres » commence par un solo de violon qui semble arraché par le siècle écoulé. Le piano lui répond, en apesanteur. Le duo nous emmène loin dans le spirituel, avec en perspective, les tours du château de Chambord et dans une acoustique que les murs de la cour rendent absolument sublime.

Nous sommes dans un état de lévitation quand les trois autres membres du quatuor Hermès : au violon Elise Liu, au violoncelle, Anthony Kondo et à l’alto Yung-Hsin Lou Chang, entrent en scène, pour se placer devant le piano Yamaha de Vanessa Wagner. C’est Mozart qui est au programme, celui qui vient d’arriver à Vienne et qui rend hommage à Johann Christian Bach dans le deuxième mouvement « andante » de ce concerto pour piano K.414. Le premier mouvement « Allegro » est joué avec brio et « l’Alegretto » final finit de séduire le public pour le convaincre que les quatre instruments à vents se passent aisément des bois et du reste de l’orchestre pour faire entendre  toute la beauté de l’œuvre. Et le public habitué de Chambord se réjouit de voir ces jeunes surdoués rejoindre l’univers initié par Vanessa Wagner qui a joué au même endroit les œuvres de  Mozart et Clementi qu’elle a par la suite enregistrées. Sa précision et son approche intellectuelle font vraiment fleurès dans Mozart et le quatuor la suit parfaitement dans sa vision de l’œuvre et sa manière élégante et originale de marquer les syncopes et les silences.

Après une pause laissant assez de temps pour boire une coupe de champagne dans la nuit tombante sur le château, le quatuor Hermès entre seul en scène avec l’une des dernières œuvres de Mendelssohn : son quatuor en fa mineur opus 80 qu’il a écrit après la mort de sa sœur en 1847. Ils entament avec toute la fougue indiquée le premier mouvement « Allegro vivace assai » grandissant d’intensité et de vitesse vers le final grandiose de cette partie, qui est la plus grave de l’œuvre. Dès le deuxième mouvement « Allegro assai » la nostalgie prend le pas sur le tombé du couperet. L’émotion atteint son comble dans l’« adagio » avant que, marquée par le premier violon, la solennité de l’œuvre l’emporte dans le « Finale allegro molto ». Bluffé par la virtuosité du quatuor de jeunes solistes qui ont déjà bientôt dix ans d’expérience ensemble, le public se lève pour applaudir. En bis, il reçoit comme un cadeau le mouvement lent du quatuor de Debussy que le quatuor Hermès doit enregistrer avec Ravel et Dutilleux dans son prochain disque et, de la part de Vanessa Wagner, qui conclut brillamment une soirée sublime sur l’idée de Pärt doit pouvoir côtoyer Mozart l’on entend du Philippe Glass « meilleur ami ou presque » d’Arvo Pärt. La lévitation cathartique clôt donc une superbe soirée.

Alors que le concert le Pierre Hantaï annonce complet pour le concert de ce jeudi 13 juillet 2017, nous ne pouvons que chaudement vous recommander d’aller entendre le final de cette édition 2017 du Festival de Chambord dans la cour du château avec l’Orchestre Symphonique de Tour dirigé par Benjamin Pionnier dans la Symphonie Ecossaise de Mendelssohn et les Vier letzte lieder de Richard Strauss interprétés par Catherine Hunold.

visuel : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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