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[Live report] Tchaïkovski par Gatti et l’Orchestre National de France

[Live report] Tchaïkovski par Gatti et l’Orchestre National de France

27 octobre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

Après un cycle Beethoven décevant par son interprétation plus que contestable, l’on appréhendait de voir pour un nouveau cycle, Tchaïkovski entre les mains de Daniele Gatti. Donnant à entendre Jeudi soir les Symphonie n°2 et 3 Gatti et l’Orchestre National de France dont les prestations peinent souvent à convaincre, nous ont agréablement surpris.

La Symphonie n°2 « Petite Russienne », tendre surnom donné à l’Ukraine, développe des airs populaires tirés du folklore du pays. Au premier mouvement, le cor introduit le thème, calme, posé, serein, comme pour mieux porter aux yeux des spectateurs, les paysages Baltique dont s’inspire le compositeur. La direction de Gatti ample, mesurée, réfléchie, permet de faire ressortir ici toute la simplicité et la sincérité de Tchaïkovski. Conscient de l’importance du tempo chez le compositeur, il prend le temps de laisser vivre la musique, augmentant justement l’intensité, cherchant à donner du corps, de l’ampleur. Malgré tout, la machine nous semble longue à démarrer et les instrumentistes avoir du mal à caler leurs interventions. Toutefois, au deuxième mouvement, l’on découvre avec joie toute la précaution et l’attention dont peut-être capable l’Orchestre National de France. La timbale initie doucement et prudemment le tempo d’une marche sur laquelle la clarinette viendra exposer un thème fraîchement gaillard et enjoué. Suivant le mouvement, se fondant dans les intentions premières de la timbale, les cordes se montrent étonnamment délicates et unies. Ainsi, le lyrisme du passage central de cette partie ressortit joliment, et l’on vit s’échapper la mélodie aussi doucement qu’elle était venue, dans une nuance parfaitement maîtrisée. A contrario, au Scherzo l’on aurait néanmoins souhaité voir le caractère plus grandement magnifié, plus incisif et brutal. Le son restant feutré ne permit cet accomplissement. Dès le début du dernier mouvement, se dégage une majesté empirique, puis très vite revient le jeu festif. Si l’on avait trouvé la machine longue à démarrer, force était d’admettre qu’ici chef et orchestre faisaient preuve d’un investissement qu’on ne leur connaissait pas, et nous délivrait ainsi un dernier mouvement brillant et éclatant, foisonnant des couleurs ukrainiennes qui caractérisent l’œuvre de Tchaïkovski. Gatti veut du son pour clore cette symphonie, poussant en plus de la nuance l’empressement final, lui donnant des allures de folles farandoles, avant de terminer par de larges et amples forte. Une jolie prestation dont on ne peut que reconnaître qu’il y avait du mieux dans l’interprétation de Gatti comme dans le jeu de l’orchestre.

Après l’entracte, était donnée la 3ème Symphonie « Polonaise », composée de 5 mouvements. La moins connue des symphonies du compositeur russe est pourtant l’une des plus colorées, ses 5 parties indépendantes, narrent tour à tour, tel un recueil de nouvelles, une histoire différente. Avec calme et délicatesse, la contrebasse donne le tempo de la marche. Lumineux, léger, narquois par endroit, joyeusement tourbillonnant, ce mouvement nous révèle un orchestre brillant, aux cordes parfaitement unies et précises.  La précaution, l’attention, la précision, la douceur, ne quitteront plus les musiciens qui nous délivreront une valse doucement inquiétante. Gatti, comme dans la première partie affiche une direction ample et posée, un soin particulier à la mesure et à la nuance, une interprétation clairement réfléchie. Dans le troisième mouvement, il étirera par endroit le tempo pour mieux faire ressortir tout le lyrisme élégiaque, mélancolique puis tragique. A contrario, il donnera allant et entrain, dans le Scherzo suivant aux motifs tortueux, guirlandes de notes que s’échangent les différents pupitres, renouant avec le joyeux tourbillon du départ. Dans l’Allegro con fuoco, l’orchestre se montrera à la fois hargneux, donnant un caractère aventurier, jouant sur l’intensité, l’emportement, et la majesté. Chaque fin de mouvements fut bien négociée, la fin de l’œuvre très solennelle montant doucement mais surement en puissance comme en tempo, fut bien menée jusqu’aux derniers coups finaux, forts, denses, vigoureux.

Chaleureusement applaudis, Gatti et ses musiciens parurent touchés par l’accueil des spectateurs qui s’étaient montrés peu réceptifs à la première partie. Pour notre part, nous ressortîmes convaincus par la prestation de ce soir qui nous réconcilia avec l’Orchestre National de France.

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