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[Live report] Somptueux Stabat Mater de Dvorak au Festival de Saint-Denis

[Live report] Somptueux Stabat Mater de Dvorak au Festival de Saint-Denis

16 juin 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

Depuis deux semaines déjà le Festival de Saint-Denis bat son plein à la Basilique comme à l’Arsenal, donnant à entendre les plus grandes œuvres du répertoire classique. Ce vendredi, la Basilique accueillait l’Orchestre Philharmonique de Radio France et le Chœur Philharmonique de Prague pour le Stabat Mater de Dvorak. Une somptueuse et parfaite exécution menée par la jeune baguette de Jakub Hrusa.

Œuvre de jeunesse et première œuvre sacrée d’Anton Dvorak, le Stabat Mater est intime, pudique presque, et tient son caractère si particulier de l’histoire familiale du compositeur. En effet, c’est à la suite du décès de sa fille nouveau-né qu’il composa la première version de cette œuvre, c’est malheureusement après avoir perdu deux autres de ses enfants que le compositeur reprendra et achèvera son manuscrit. Composer pour dépasser la souffrance, tel était assurément le but de Dvorak. Une aspiration qui explique sans doute que l’œuvre tende vers la sérénité et la lumière.

La précaution était ainsi nécessaire pour retransmettre ces émotions autant que pour dompter les résonances de la Basilique. C’est sur un Andante pesant, profond, douloureux, sorte de grand soupir de tristesse que débute la première séquence. Entrent ensuite les voix masculines, douces, réservées, un caractère suivi tant par l’orchestre que par les voix féminines entrant à leur suite. Alors que le chant prend de l’ampleur, grandit, érige puissamment le tourment, entre la première voix masculine, celle du ténor Steve Davislim, solennelle, lumineuse, à laquelle la voix de la soprano Angela Denoke toute aussi claire et brillante, s’y associera à la perfection.

L’œuvre donnant d’autant plus d’importance à la voix qu’à l’orchestre, nous prêtions donc ce soir une attention particulière au chœur comme au quatuor. Et nous ne fûmes pas déçus, les quatre timbres s’unifiaient magnifiquement, ainsi Alexander Vinogradov se révélait une basse pleine et puissante, tandis que la jeune contralto Vardhuni Abrahamyan déployait un timbre rond. On ne peut que trouver la puissance et l’incroyable vibrato d’Angela Denoke remarquable, mais on notera que s’il sied sans nul doute aux grandes salles d’opéras, la réverbération sonore de la basilique n’était idéale pour cette grande voix qui parfois tendait à saturation au point de couvrir un peu trop ses compagnons de scène. Un détail toutefois quant à l’ensemble de la prestation. Dès les premiers instants on note les sublimes nuances du chœur aux pianissimos soigneux autant qu’aux fortissimos déchirants et éclatants. Une première séquence ou s’exalte avec modestie le trouble intérieur du chagrin, un grand et beau moment qui présagera du meilleur et qui assiéra une cohésion et justesse qui seront impeccables tout au long de l’exécution.

La direction de Jakub Hrùsa est ample, pondérée et mûrement pensée. Ainsi, il installe habilement le tapis sonore orchestral domptant l’acoustique du lieu sacré par la modération de la nuance, tant en ce qui concerne l’orchestre que le chœur. Ressortent de ce fait sans peine les différents solistes instrumentaux, soutenant humblement les voix. Aussi, doucement mais sûrement, l’on se laisse porter sur le chemin de la lumière, de la douceur et de la quiétude retrouvée. La cinquième séquence Tui Nati Vulnera touchante de vulnérabilité amènera à une sixième séquence Fac me Vera harmonieuse et pleine de bonté. La dernière séquence en sera d’autant plus triomphale, passionnée, puissante et flamboyante, mais surtout indubitablement sacrée. Une exécution excellente, gracieuse, pure, vertueuse, fidèle, qui nous fit passer ce soir un splendide moment, à la hauteur des ambitions du festival comme du lieu de représentation.

Une prestation à revoir sur Arte live web :

 

Infos pratiques

Musée de l’histoire de l’immigration
Fondation Beyeler – Bâle
Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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