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[Live report] Renaud Capuçon et l’Orchestre Philharmonique de Radio France, magiques et lumineux

[Live report] Renaud Capuçon et l’Orchestre Philharmonique de Radio France, magiques et lumineux

02 décembre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

Il est des concerts auxquels on assiste pour le répertoire, et d’autres pour le soliste qui s’y produit. Si le programme de ce vendredi oscillant entre magie et poésie était déjà plus que séduisant, c’était sans conteste la présence de Renaud Capuçon aux côtés de l’Orchestre Philharmonique de Radio France qui attirait le public salle Pleyel. Sous la direction du jeune Lionel Bringuier, l’orchestre donnait ce soir L’Apprenti Sorcier, scherzo symphonique de Dukas, le Concerto pour violon et orchestre n°3 en si mineur, opus 61, de Saint-Saëns, et l’orchestration de Ravel des Tableaux d’une Exposition de Moussorgski. Une soirée d’une grande qualité, aussi brillante que divine.

L’Apprenti sorcier, scherzo symphonique de Dukas, une partition ancrée dans l’imaginaire de tout un chacun grâce à Disney et son dessin animé Fantasia. Tirée d’une ballade de Goethe contant la mésaventure d’un apprenti magicien qui, jetant un sort pour s’épargner une corvée de ménage, se retrouve débordé par les éléments auxquels il avait donné vie, l’œuvre est à la fois facétieuse, fantastique, et surtout étincelante. En cette période de Noël, cet agréable prélude nous fait véritablement retomber en enfance, l’orchestre précautionneux faisant jaillir à ravir la magie inhérente de la pièce. En effet, dès le début de l’œuvre l’on apprécie le relais parfait des timbres alors que les pupitres de bois s’échangent les premiers motifs. Le chef installe le mysticisme en ménageant un doux tapis sonore sur lequel viendra se poser le basson, installant avec malice le thème principal, celui-là même qui a bercé notre enfance. Petit à petit donc, la magie opère, l’orchestre s’anime de plus en plus vivement, en même temps que s’animent les objets. Vivifiant, éclatant, il fera ensuite monter le danger et le dérèglement des objets. Le chef joue sur les textures et amplifie le son pour signifier le ruissellement de l’eau jusqu’à l’inondation de la pièce, jusqu’au coup de hache sur le balai, coupure brutale et emportée comme pour mieux faire repartir l’action avec le dédoublement de l’ustensile, puis le manque de contrôle, le vertige qui en découle, et enfin le calme mystérieux et les sonorités diaphanes signifiant le retour au calme initial.

Un joli début de soirée, enchanteur, qui nous plaçait dans les meilleures dispositions pour la suite du concert et le très attendu Renaud Capuçon pour le Concerto pour violon n°3 en si mineur de Saint-Saëns. L’œuvre joue elle aussi sur les sonorités et laisse le chant se déployer ; ainsi, elle se veut aussi lyrique que virtuose. Sur un frémissement de cordes entre le violon, déterminé, brutal, rugueux, grave. Le timbre d’une rondeur et d’une chaleur incroyable nous accroche et nous happe d’emblée. Avec une extrême facilité le musicien glisse vers les notes les plus aiguës, effleure les cordes tout en exaltant la gravité du discours. Dans cet Allegro non troppo, le violoniste subjugue autant par son agilité que par sa capacité à jouer littéralement sur la corde sensible, allant chercher les nuances les plus fines et piano sur les notes les plus hautes et cristallines de la partition. Fougue impétueuse et verve sinueuse sont au rendez-vous, nous asservissent et nous charment à tel point qu’il faudra se retenir d’applaudir entre les deux mouvements. L’Andantino quasi allegretto qui suit nous déçoit néanmoins quelque peu. Il laisse entendre une mélodie simple, douce, mais non moins mélancolique. Alors que les bois – et particulièrement le hautbois, à qui le compositeur donne également le thème -, insufflent un spleen léger et lumineux, Capuçon dramatise et ancre le mouvement dans un pathos trop profond et peut-être même surjoué. Toutefois, lors de la cadence finale et des arpèges perchées qui suivent, le musicien captive par son attendrissante délicatesse. L’allegro non troppo est directement et hâtivement enchaîné. Là, on retrouve la brutalité des cordes frottées du début de l’œuvre, de même l’ardeur virtuose et frénétique. Le mouvement est néanmoins empreint d’une plus grande solennité portée principalement par l’orchestre. Que dire si ce n’est que tout semble magiquement s’animer sous les doigts de l’artiste se promenant sur son violon avec une simplicité, une liberté et une aisance déconcertantes, sans compter cette couleur sonore incomparable. Sans surprise donc, les bravos fusent et Capuçon sera largement applaudi et salué par le public qui ne cessera de le féliciter.

Après l’entracte était donné Les Tableaux d’une exposition, œuvre initialement composée pour piano par Moussorgski, orchestrée par Ravel et évoquant la visite imaginaire d’une exposition de Hartmann. Proprement impressionniste, la composition ne cherche pas à décrire ou transcrire les œuvres mais bien à suggérer l’émotion. Comme on se balade au gré des tableaux, l’auditeur se baladera ici entre les pupitres de l’orchestre, la promenade déclinant les timbres au fur et à mesure des tableaux. L’œuvre débute par les trompettes, pompeuses et majestueuses, Lionel Bringuier affiche une direction ample renforçant la solennité du discours. Tout au long de l’exécution le chef cherchera à renforcer l’impressionnisme, mettant en avant le jeu sur les sonorités et laissant la parole à chacun, faisant ainsi ressortir tant les cuivres claironnants que les bois claquants. Ainsi, l’on prendra le temps d’apprécier la douceur et la rondeur tintée d’orientalisme du saxophone mystérieux et quasi impénétrable dans Il Vecchio Castello (II), autant que l’espièglerie des bois qui nous ramène d’ailleurs à l’univers de l’Apprenti sorcier dans Tuileries (III) et Le Ballet des poussins (V), de même la lourdeur du pas pesant des cuivres dans Byldo (IV). Au-delà des couleurs signifiées par les timbres, Ravel souligne dans l’œuvre les changements de caractères par les variations harmoniques autour du thème principal. Des changements d’humeurs que le maestro mettra en avant en tentant d’exagérer les contrastes de nuances. Mille et une couleurs se dégagent ainsi de l’œuvre et exploseront en un bouquet final monumental, rutilant, éblouissant et glorieux dans la dernière partie de l’œuvre La grande Porte de Kiev (X), d’où l’orchestre fera ressortir magie et étourdissement de l’émerveillement, mais surtout, la grandeur, portée par cette cloche semblable à celle d’une cathédrale, qui, jusqu’à la fin, sonnera toujours plus fort. Une superbe et bien menée interprétation que le public applaudira à tout rompre.

S’il rappelle le chef à maintes reprises, il salue également la prestation des musiciens et notamment celle de la trompette, dont la partition est particulièrement exigeante. On notera beaucoup d’émotion et d’humilité chez le jeune maestro qui tiendra à fendre l’orchestre de part et d’autres pour faire remercier et saluer chaque pupitre. Le public ne cessant d’applaudir, l’orchestre rejouera même la dernière partie de l’œuvre pour notre plus grand plaisir. Une soirée entre merveille et féerie…

Réécoutez le concert sur France musique en cliquant ici.

Visuel : Renaud Capuçon © Paolo Roversi

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