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[Live report] L’orchestre philharmonique de Rotterdam et le vaisseau fantôme au TCE

[Live report] L’orchestre philharmonique de Rotterdam et le vaisseau fantôme au TCE

20 septembre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

[rating=3]

Ce mercredi le théâtre des Champs-Elysées ouvrait ses portes à l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam pour une version concert du Vaisseau Fantôme premier chef-d’œuvre de Wagner. Si l’exécution musicale de la pièce s’est avérée être d’une qualité remarquable, on regrette néanmoins un manque de profondeur qui nous amène à nous interroger sérieusement : l’œuvre se prête t-elle aux versions de concert ?

yannick nézet séguinLe Vaisseau Fantôme, premier chef-d’œuvre et première manifestation de l’art total du maître du romantisme allemand qu’était Wagner, est avant tout un drame théâtral fantastique qu’une musique caractérielle et brûlante, vient sublimer pour mieux captiver le spectateur. Malheureusement si la qualité musicale était ce soir au rendez-vous, l’envoûtement n’eut pas lieu et force était de constater que l’œuvre ne se prêtait peut-être pas à une version de concert. En cause, l’immense effectif présent sur le plateau, réduisant à néant la liberté de mouvement des solistes postés sur les quelques derniers centimètres carrés qu’il pouvait rester de la scène, les obligeant ainsi à chanter en prenant garde à ne pas trop reculer sur les musiciens, où faire tomber les micros prévus pour l’enregistrement du concert par France Musique. Dans de telles conditions, peu de place pour le jeu toutefois nécessaire pour donner vie aux personnages ainsi qu’à l’œuvre, d’autant plus pour une version de concert.

Dès l’ouverture, la tempête fait rage et l’orchestre, sous la baguette vigoureuse de Yannick Nézet-Seguin, se révèle tonique, énergique, et solide exaltant les bourrasques tumultueuses avec éclat et majesté. Le premier acte révèle les rôles masculins, Franz-Josef Selig dans le rôle de Daland, Torsten Hoffman celui du timonier et Evgeny Nikitin dans le rôle du hollandais. Les voix sont puissantes et la cohésion autant que la précision avec l’orchestre étaient au rendez-vous. Néanmoins, le hollandais, personnage normalement charismatique nous semble manquer d’envergure, Evgeny Nikitin dont la carrure et la voix sont pourtant parfaites dans ce rôle, peine à l’incarner pleinement et ne nous convainc pas. Ainsi, bien que l’on apprécie pleinement la qualité des musiciens autant que des chanteurs, le premier acte finit par nous paraître extrêmement long, survolé, et ne permet le maintien de l’attention, l’ennui nous gagne donc petit à petit.

Heureusement, la seconde partie du concert, enchaînant les actes II et III de la pièce, marquée par l’arrivée des rôles féminins et surtout par celui de Senta, nous transportera davantage. Emma Vetter dans ce rôle demeure exceptionnelle, en effet de sa prestation se dégage une forte intensité dramatique. Malgré les conditions, l’interprète arrive à incarner parfaitement le rôle, apporte enfin cette vie que l’on attendait tant au premier acte et achève de nous captiver. Son duo avec Frank van Aken incarnant Erik demeure éblouissant et des plus émouvants, de même, le final réunissant les trois amoureux fut brillant, d’une sensibilité exacerbée, transcendante et littéralement sublime. L’ultime scène de l l’oeuvre s’avère éclatante, flamboyante, violente, profonde et clôture la pièce avec une ferveur intense, frénétique, passionnée et sublime. Une apogée divinement maîtrisée qui déclenchera de ce fait un tonnerre d’applaudissements d’où pleuvront de nombreux bravos.

Malgré tout, la prestation conquit donc l’auditoire. Pourtant au sortir de la salle, l’on ne peut que s’interroger réellement sur l’utilité de ses versions de concerts qui se multiplient dans nos salles de spectacle. En effet, l’on ressort souvent de ses représentations avec un sentiment mitigé : d’un côté le ravissement de la prestation, de l’autre la frustration de ne voir un drame pleinement accomplit et le constat d’un manque d’innovation notoire.

Visuels: capture d’écran : http://www.theatrechampselysees.fr/

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