Classique
[Live report] L’orchestre de Paris et le Requiem Allemand de Brahms

[Live report] L’orchestre de Paris et le Requiem Allemand de Brahms

22 mai 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

Entamé il y a deux ans, l’Orchestre de Paris poursuit son cycle Brahms cette semaine avec le Requiem Allemand, œuvre proprement humaniste et spirituelle et l’une des plus importantes des partitions du compositeur allemand. Associés au Chœur de Paris, le baryton Matthias Goerne et la soprano Marita Solberg. Une jolie exécution quoique manquant quelque peu d’étincelles.

Pour introduire ce concert, l’orchestre interprétait Le tombeau resplendissant de Messiaen, œuvre intime mettant en scène les souffrances intérieures de l’homme. Composée de quatre parties enchaînées, l’oeuvre, nerveuse et obsessionnelle telle les peines et tourments qui rongent parfois un homme, alterne mouvement vifs et lents. L’œuvre faisait ce soir une entrée réussie au répertoire de l’Orchestre de Paris, sous la direction rigoureuse et vigoureuse de Paavo Jarvi. La fermeté de la baguette marque les chocs rythmiques, exagère les déflagrations fortississimi sèches et tonitruantes. Le chef sait aussi prendre le temps du silence, créant le suspense en suspendant les secondes entre chaque partie. Le tout mettra en relief le pas funeste de la répétition lancinante qui cheville la partition. Outre l’énergie terrifiante, la mélopée des parties les plus lentes fut envoutante. L’évanouissement du son à la deuxième partie captive à tel point que l’on en oublie les brutalités rythmiques précédentes et que l’on sursaute à leur retour. Enfin, de la dernière partie l’on retiendra le chant gracieux des violoncelles, profond et élévateur.

Détachée de la liturgie, l’œuvre composée de sept parties se veut reflet d’un regard méditatif sur l’idée de la mort et demeure emprunte tant dans les textes  – extraits des Ecritures choisis par le compositeur lui-même – que dans la musique de beaucoup de sobriété. L’obscurité y est douce et presque chaleureuse, en témoigne la marche funèbre de la deuxième partie, contrariée par la sérénité de la mélodie du second thème. La félicité et l’espérance des dernières parties y sont quant à elles brillantes, sans jamais être éblouissantes ni outrageusement fastueuses. Pour l’orchestre la discrétion est de mise, la musique s’oubliant derrière le texte, n’existant que pour le magnifier. Des exigences scrupuleusement respectées hier soir qui donnèrent lieu à une interprétation jolie mais néanmoins convenue, par conséquent froide et distante. Si le chœur nous apparaît instable, incertain comme manquant d’unité dans la première partie, il se révélera sublimement explosif et puissant dans la seconde et plus l’on avancera, plus il s’avèrera expressif et gracieux. Le baryton Matthias Goerne très impliqué et habité – on le surprend plusieurs fois à bouger les lèvres, susurrant les paroles du chœur – déçoit néanmoins. Sa gorge apparaît serrée, de ce fait la voix manque de projection, le chant reste enfermé sur lui-même, rude et austère. Marita Soldberg révèle quant à elle dans la cinquième partie, s’apparentant à une douce et consolatrice berceuse, un joli timbre cristallin, souple, exaltant une bienveillance à laquelle on ne pouvait qu’accrocher. La dernière partie sera la plus enchanteresse, harmonieuse, douce et en même temps mystique, elle sera à notre sens la seule permettant le plein abandon.

Une soirée en demi-teinte donc, dont on ressort emplis de sentiments contrastés, reconnaissant la qualité de l’exécution mais regrettant de n’avoir été pleinement emportés, de n’avoir vu la magie musicale pleinement opérer. On ne sait d’ailleurs comment interpréter la mine du chef Paavo Jarvi. Fatigue de l’exécution – l’œuvre dure 68 minutes – ou déception de n’avoir réussi à la mener là où il le souhaitait ?  Que penser, d’autant que le chef nous a souvent habitués à de larges sourires de satisfaction au sortir d’exécutions spectaculaires, de même que ses musiciens. S’il accorde à chacun son bravo et se détend au fur et à mesure des rappels, sa mine quelque peu froissée semblait confirmer nos impressions.

Visuels: une: Mattias Goerne © Mathieu Borggreve / Paavo Järvi © Ixi Chen

Infos pratiques

Hôtel Lépinat
Hôtel de Gallifet – Aix-en-Provence
BRION-Christine

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