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[Live report] London Symphony Orchestra et Berlioz, brillant et passionné

[Live report] London Symphony Orchestra et Berlioz, brillant et passionné

19 novembre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce week end, le London Symphony Orchestra dirigé par Valery Gergiev était à Pleyel pour deux concerts consacrés à Berlioz. Dimanche nous étions donc Salle Pleyel pour entendre Roméo et Juliette, symphonie dramatique op.17 réunissant sur scène un chœur mixte, et trois chanteurs solistes. Une fin d’après-midi grandiose et passionnée à l’image de l’œuvre que souhaitait créer Berlioz.

Roméo et Juliette, un drame dont Berlioz était littéralement fan, qui l’habitait et qu’il souhaitait particulièrement magnifier en créant une œuvre unique. Formellement inclassable, elle n’est ni tout à fait symphonie, ni tout à fait opéra et tente de tirer le meilleur parti des deux genres. Une œuvre complexe, incroyablement théâtrale, où le chant raconte alors que le drame est mis en scène uniquement par la musique. Roméo et Juliette n’y sont ainsi pas incarnés par deux voix comme on s’attendrait à le voir, mais leur histoire est contée par l’orchestre. Sous la main de Valery Gergiev, le London Symphony Orchestra et son chœur donnèrent vie tant aux personnages qu’aux émotions, sublimant la fantaisie autant que le drame de Shakespeare.

L’œuvre débute par des altos fébriles, grouillants, signifiant le tumulte des batailles entre les deux familles. La direction marque le tempo pour mieux permettre le contraste avec l’intervention pompeuse et grandiloquente des cuivres incarnant l’intervention du Prince. Entre ensuite le petit chœur aux jeunes voix cristallines qui posera, tels des récitants, le décor et expliquera au spectateur le drame qui va suivre. Derrière eux, l’orchestre se fait léger, aérien, délicat à souhait. Dans cette introduction se révèlent également les voix des solistes : celle d’Olga Borodina, grave, sombre, velouté et sérieuse, et celle du ténor Kenneth Tarver, vive et claire.

Après cette introduction vient la partie symphonique de l’oeuvre, exposant le cœur de la pièce de Shakespeare jusqu’à la mort de Juliette. Explosion de couleurs, mise en beauté des sentiments sous la baguette de Gergiev. Le London Symphony Orchestra jouera ici au sens théâtral du terme, peignant brillamment les décors et l’histoire, sublimant le discours des passions autant que le romantisme des protagonistes. Le maestro véritablement habité, engagé, soigneux et attentif fait ressortir les nuances, pousse les frémissements des cordes autant que l’éclatement des cuivres, fait ressortir les timbres des bois, varie à merveille la dynamique sonore de la pièce et permet à l’orchestre et aux musiciens de déployer un éventail de couleurs et de sons d’une richesse incroyable. On notera particulièrement un sublime solo de hautbois, complainte divine, moment suspendu dont on se délecte et pendant lequel le public n’osera bouger un cil tant il a peur de casser la magie. Chose devenue rare en concert : l’attention du public, absorbé, lové dans la musique, et l’envie de ne pas briser la magie évocatrice sera telle, tout au long de la pièce, que nous n’entendrons presque pas de raclements de gorges et de toussotements entre les différentes parties de la pièce. De ces intenses moments symphoniques l’on retient particulièrement l’évocation de la solitude et de l’errance de Roméo qui initie cette partie, la fantaisie grisante du bal des Capulets, mais surtout la scène d’amour qui fera suite.

Le convoi de Juliette, à la rythmique régulière et lancinante, évoquera le funeste autant que la fatalité de la scène et sonnera comme une amorce de la mort d’un Roméo dévasté. On voit également le retour de la voix sur scène, ce qui nous permettra d’admirer la cohésion inébranlable du chœur sur qui tout repose dans cette partie. Enfin, pour mieux achever la soirée, la fin de l’œuvre verra l’entrée du baryton-basse, Evgeny Nikitin, que nous avions déjà entendu en septembre dernier dans le rôle du Hollandais dans Le vaisseau fantôme, avec l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam. Il incarnait ce soir un Frère Laurent fort, à l’image de sa carrure, massif et imposant, noble et impérieux, résumant avec gravité les événements dramatiques. L’œuvre s’achèvera sur le serment des deux familles portées par le chœur.

Une soirée d’une grande qualité, éblouissante et exceptionnelle, un orchestre qui ce soir nous donna le meilleur de lui-même, mené d’une main de maître par Valéry Gergiev.  Un succès, largement célébré par un public unanimement conquis.

Visuel : © Marco Borggreve

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