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[Live Report]: Le Messie de Haendel par Orfeo 55 et Nathalie Stutzman au TCE

[Live Report]: Le Messie de Haendel par Orfeo 55 et Nathalie Stutzman au TCE

17 décembre 2014 | PAR La Rédaction

Rien de bien original, dira-t-on, que de programmer le Messie pour Noël. Et rien d’étonnant  à ce que le Théâtre des Champs-Elysées soit plein ce lundi 15 décembre. L’affiche du jour réunissait l’ensemble Orfeo 55 sous la direction de sa chef et fondatrice Nathalie Stutzmann, avec le chœur de chambre de Namur et les quatre solistes de rigueur.

Le Messie a été composé par Haendel à la fin de l’été 1741, en vingt-quatre jours et créé à Dublin pour Pâques ; il est aujourd’hui traditionnellement donné pendant l’Avent. L’effectif orchestral est restreint et le livret est un patchwork d’extraits de l’Ancien et du Nouveau Testament. Le tout n’a ni grande logique, ni grand élan ; c’est un peu le Reader’s Digest biblique. L’important – curieusement pour un oratorio – ne vient pas du texte mais de la musique. Le Messie doit en partie son invraisemblable popularité au tube planétaire qu’est l’Hallelujaj qui conclut la deuxième partie (et même les fans qui remplissaient le TCE n’attendaient que lui, à en juger par le râle de plaisir poussé par la salle dès les premières mesures du chœur en question). Son caractère très « collage » peut aussi expliquer l’amour que le public prête à cette œuvre.

Le Messie ne possède ni la force spirituelle de l’Oratorio de Noël, ni l’aboutissement musical que représentent bien des oratorios de Haendel moins connus (on songe à Jephta ou Athalia par exemple). Et pourtant, ça marche. Bien assis dans son fauteuil pour 2h40 (avec entracte), on était là pour s’amuser. Le Messie est la version joyeuse de la vie du Christ : nous sommes méchants, on sera punis mais grâce à Lui, nous serons sauvés etc. On attendait les tubes : For unto us a child is born, Rejoice greatly, the trumpet shall sound… Dès les premières mesures, on est inquiet: Nathalie Stutzmann a choisi un tempo qui donne l’impression que l’ouverture est anesthésiée. Jamais on a entendu tempo aussi lent depuis 50 ans ; on songe aux rythmes baroques qu’adoptait Jochum… On se sentait mal embarqué. Puis, Stutzmann a abandonné dès le premier aria ce rythme pour jouer de manière alerte et fraîche,  comme il sied à cette musique somme toute banale.

Là où on a craint le pire dès le début sans – hélas – être démenti par la suite, c’est du côté des voix. Les solistes étaient le gros point faible de la soirée. Le premier à ouvrir la bouche est le ténor Benjamin Bernheim. Sans doute ce chanteur pensait-il se trouver dans un stade ou à Bercy, car sa façon de projeter sa voix était totalement inappropriée au TCE. Il a certes fait un effort dans son duo avec l’alto, qu’il aurait écrasé sinon, mais dès qu’il se retrouvait seul, les hurlements reprenaient. Dommage, d’autant plus que la justesse et le velouté de la voix étaient là. On aurait juste aimé pouvoir baisser le son. L’alto Sara Mingardo ne nous a pas plus convaincu : voix chevrotante, prononciation incertaine. On ne sauvera qu’à moitié la basse (Andrex Foster Williams) qui a tendance a secouer la tête dans les graves pour laisser entendre (ou plutôt penser) qu’il module. Susan Gritton est la seule à vraiment tenir son rang. On regrette donc que le Chœur n’ait pas été seul en scène. Ou que Nathalie Stutzmann n’ait pas chanté.

Reste un chœur parfait, un ensemble Orfeo épatant et des tubes pour les siècles des siècles.

Par Mathieu Orsi

Visuel: © Théâtre des champs-elysées

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One thought on “[Live Report]: Le Messie de Haendel par Orfeo 55 et Nathalie Stutzman au TCE”

Commentaire(s)

  • cincinatus lang

    Certes, le Messie de Haendel est une oeuvre célèbre voire populaire, mais dire que c’est une musique banale me semble très exagéré… Quant au concert de l’autre soir au TCE, je ne partage pas toutes les impressions de M. Orsi.
    Côté solistes, S. Gritton ne m’a paru pas en forme, je n’ai pas retrouvé son timbre, l’émission était difficile et le souffle parfois court, je n’ai pas trouvé le chant de S. Mingardo réellement expressif, en effet le ténor B. Bernheim chantait beaucoup trop fort, c’en était désagréable, et en effet également le duo avec l’alto était mieux équilibré, j’ai bien apprécié la basse d’A. Foster-Williams, il est vrai davantage pour son investissement visible dans les expressions du visage qu’audible dans son chant néanmoins agréable.
    Côté chœur, parfait (les rares moments a capela superbes), côté orchestre, belles sonorités, j’ai apprécié d’entendre les basses, et même le théorbe (c’est si rare), et enfin côté direction, je n’ai pas décroché mon attention d’un bout à l’autre de l’oeuvre : N. Stutzmann a réussi le tour de force de me faire redécouvrir cette partition grâce à une inventivité extraordinaire et toujours adaptée au propos musical. En conclusion, beaucoup de joie, normal pour un Messie, et beaucoup de bonnes énergies communicatives. Une superbe soirée !

    décembre 18, 2014 at 11 h 12 min

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