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[Live Report’] Le Chevalier à la Rose, une savoureuse viennoiserie

[Live Report’] Le Chevalier à la Rose, une savoureuse viennoiserie

20 mars 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce mardi soir, le Bayerische Staatsoper sous la direction de Kirill Petrenko investissait le théâtre des Champs-Elysées en donnant Le chevalier à la rose opéra en trois actes de Richard  Strauss, avec dans les rôles titres, Soile Isokoski en Marechale, Peter Rose en Baron Ochs Von Lerchenau, Sophie Koch en Octavian, Christiane Karg en Sophie. Une version de concert animée,  qui reçut une ovation bien méritée !

[rating=5]

Le Chevalier à la Rose est un opéra joyeux, aux ruses comiques affichées telles qu’on pourrait les trouver dans une comédie de Beaumarchais. La version de concert est un exercice difficile et si l’on reconnaît bien souvent la qualité, on déplore fréquemment de voir les chanteurs confinés, étriqués, sans liberté de mouvement sur le devant de la scène, et de n’assister qu’à une simple lecture de la pièce, sans possibilité de se projeter dans l’action dramatique. La difficulté ici était donc de pas faire disparaître tout le comique de la pièce.

L’action de l’opéra se situe à Vienne, en 1740. Le baron Ochs, aristocrate d’âge mûr, grivois et vulgaire cherche à épouser Sophie, jeune et riche bourgeoise. Sur le conseil de La Maréchale, sa cousine, il lui fait porter la rose d’argent, symbole d’engagement par Octavian son jeune amant. A la remise de cette rose les deux jeunes gens tombent amoureux.  Proprement grossier, le baron choque Sophie qui se refuse à l’épouser et demande alors à Octavian sa protection. Le dernier acte verra Ochs se ridiculiser, pris au piège d’une machination cherchant à révéler au grand jour et surtout au père de la jeune Sophie, ses mauvais côtés, menteur et de coureur Surtout, il verra la maréchale renoncer à Octavian, le laissant épouser la jeune Sophie. Comme dans toutes les comédies du XVIIIe le travestissement est de mise. Octavian se transformera en soubrette à deux reprises, au premier acte afin de cacher sa présence dans la chambre de La Maréchale, ainsi qu’au dernier acte répondant aux sollicitations graveleuses du Baron pour mieux le piéger.

Cors vigoureux, cordes animés, bois sémillants, dès l’ouverture le chef affiche d’emblée une direction claire, transparente, ciselée, précise, nous permettant d’entrevoir tous les détails de la partition et présageant d’une interprétation colorée, expressive et maîtrisée. Sur ce fond animé entrent La Marechale Soile Isokoski et Octavian en la personne de Sophie Koch. Soile, affiche de subtiles nuances exacerbant la sensibilité de son chant comme de son discours. Sophie Koch déploie quant à elle une palette de couleurs chaleureuses. Très vite l’on apprécie de voir les deux chanteuses jouer autant théâtralement que musicalement leur rôle. Un engagement qui caractérisera l’ensemble du plateau, nous permettra d’entrer pleinement dans l’action, au point de pouvoir clairement se représenter l’opéra et de ne sentir à aucun moment des trois heures que durent le spectacle poindre l’ennui. L’œuvre se déroulera ainsi avec fluidité et légèreté portée tant par la voix que par le jeu de scène. Peter Rose sera un éblouissant Baron Ochs Von Lerchenau dont on appréciera particulièrement la matière vocale, ferme, puissante et virile. Truffant son jeu de mimiques il se révèle irrésistiblement drôle. Au deuxième acte l’on découvre une deuxième équipe de chanteurs, et surtout Christiane Karg dans le rôle de la jeune Sophie. Si dans un premier temps sa voix nous paraît manquer de projection, nous serons néanmoins conquis par ses aigüs lumineux, cristallins, doux et aériens ainsi que par la tendresse de son chant. Au troisième acte son duo final avec Sophie Koch (Octavian), sera bouleversant d’émotion comme de justesse, les deux timbres s’alliant à merveille pour chanter le bonheur des jeunes amants.

Musicalement, l’on apprécie particulièrement une direction pensée, généreuse, respectant la partition. Kirill Petrenko exalte ainsi tout du long l’esprit viennois, n’ayant crainte de pousser le volume et de faire ressortir les timbres. Aussi, se dégagera une harmonie sonore qui nous permettra de redécouvrir l’œuvre. De cette manière, il confère à la musique un rôle particulier, loin d’être lisse et simple accompagnatrice, elle sera ainsi véritablement actrice. Pleine de relief elle tisse des liens jusqu’alors insoupçonnés entre la mélodie et le chant. Le chef s’amusera du tempo sans jamais l’exagérer. Qu’il s’agisse des passages les plus rapides comme des grands ralentis, des grandes bourrasques comme des fameuses valses viennoises, tout sera amené avec justesse d’interprétation et précision d’exécution. Un opéra mené d’une main de maître, drôle et émouvant, qui nous permis de passer une éblouissante soirée.

Concert diffusé le samedi 29 mars à 19h sur France Musique

Visuels: Soile Isokoski © DR – Sophie Koch © Patrick Nin Low – Petrenko © Wilfried Hösl

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