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[Live report] Karl-Heinz Steffens, dirige le philharmonique de Radio france dans Schoenberg, Mozart et Schumann

[Live report] Karl-Heinz Steffens, dirige le philharmonique de Radio france dans Schoenberg, Mozart et Schumann

22 octobre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

Symphonie de chambre n°1 de Schoenberg, Concerto pour Piano et orchestre n°27 en si bémol majeur de Mozart avec le pianiste Lars Vogt, et 4e Symphonie en ré mineur de Robert Schumann, tel était le programme que nous délivra vendredi soir l’Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Karl-Heinz Steffens.

L’œuvre de Schoenberg était donnée dans sa version originale pour 15 instruments solistes. L’écriture est complexe, dense, sauvage et porte l’émancipation de la dissonance. Construite en quatre mouvements enchaînés, son effectif réduit autant que sa construction, expose particulièrement les musiciens. L’œuvre, difficile à appréhender balance sans cesse entre tradition et modernité, un contraste mis en valeur ce soir par la direction claire, franche, assurée et extrêmement bien menée de Karl-Heinz Steffens, permettant le jaillissement de la brutalité autant que l’épanouissement des timbres et le jeu sur le matériel musical inhérent à la partition. D’une mise en place particulièrement difficile, l’œuvre fut savamment exécutée mais peina à remporter le succès de la salle. Abrupte, elle semble désorienter encore et toujours l’auditeur, applaudissant mollement et conventionnellement la prestation.

Changement de plateau pour l’exécution du Concerto pour piano et orchestre n°27 en Si Bémol majeur de Mozart avec Lars Vogt, pianiste que nous avions déjà eu l’occasion d’entendre en janvier dernier avec l’Orchestre de Paris pour le Concerto en ut majeur de Beethoven. L’orchestre se met en place et s’accorde, mais chef et pianiste se font attendre. L’attente durant, les musiciens eux-mêmes se tournant vers les loges pour tenter de comprendre ce qu’il se passe, le public commence à s’interroge: aurait-on perdu le pianiste ?

Fort heureusement, il finira par arriver sur scène un sourire gêné aux lèvres. Déjà en janvier, et dans un répertoire pourtant différent nous avions remarqué et apprécié la délicatesse, la grâce, la précaution et l’élégante simplicité du toucher de Lars Vogt. Des qualités qui dans ce concerto de Mozart, permirent de faire ressortir tout l’esprit du compositeur dont les œuvres marquées par une apparente facilité et légèreté constituent toute la difficulté de leurs exécutions. Ainsi, les traits les plus virtuoses doivent sembler couler de source, glisser de façon aérienne et naturelle, paraître sans aucune difficulté. Tout, du rythme aux nuances, se doit d’être particulièrement soigné, sans à-coups, ni brutalité.  Ainsi fût-on littéralement soumis aux doigts du pianiste dès son entrée dans le concerto. Son jeu si raffiné, si sensible associé à un orchestre toujours aussi bien mené par Karl-Heinz Steffens, happe et captive définitivement l’attention du spectateur. Les trois mouvements sont marqués par de constants changements d’atmosphères. Au premier, Lars Vogt fait preuve d’une juste retenue permettant l’épanouissement cette musique par elle-même, une musique entre deux eaux, ni pleinement positive, ni pleinement triste, que le pianiste mets en avant par la simplicité de son interprétation. Ainsi, aux élans vifs et guillerets succède la nostalgie, à la candeur, des pointes de tristesse. Le second mouvement, d’une sobre tendresse magnifiée par cette délicatesse et cette humilité qui caractérise le jeu de Lars Vogt, se fait magiquement touchant. Quasiment enchaîné le troisième mouvement est ingénu, d’une vivacité enfantine, dont Lars Vogt fera ressortir toute l’espièglerie, l’impertinence et la désinvolture. Une prestation parfaite, pleine de finesse, juste, en totale adéquation avec l’esprit de l’œuvre et du compositeur. Chaleureusement applaudi, il donnera à entendre deux bis. Malheureusement pour nous, les mêmes que la première fois que nous l’avions entendu, l’émouvante Nocturne n°2 op 9 de Chopin et la valse n°15 op39 pour piano de Brahms.

En deuxième partie de soirée, la Symphonie n°4 en ré mineur de Schumann, composée de 4 mouvements enchaînés. L’œuvre s’ouvre sur un grand accord amplement posé puis expose le motif générateur de cinq notes, unité organique de la symphonie. Très vite, le climat passe de la grandiloquence, prenant même parfois des allures martiales, au tourment auquel s’opposent également des reprises du motif plus enjouées. Le compositeur n’a de cesse de jouer sur les contrastes, multipliant les effets de crescendo-decrescendo, qui associés aux constants retours thématiques créent une impression d’obsession tourmentée. Se déploie alors un imaginaire féérique tinté d’aventures romantiques et chevaleresques. Tout comme dans le Schoenberg, la baguette de Karl-Heinz Steffens se fait vive, précise, assurée donnant ainsi une exécution franche et dynamique. La Romanze de la troisième section se révèle pur instant romantique, mélancolique à souhait, s’ouvrant sur mélodie simple, plaintive, délicieusement raffinée, menée par le hautbois d’Olivier Doise dont le son clair et doux s’oppose à la rondeur du violoncelle qui le soutient. L’on apprécia également la force et l’énergie de l’orchestre dans le début du Scherzo, de même la frénésie étourdissante du final, mené tambour battant.

Une jolie prestation sans anicroches ni mauvaises interprétations ou non-sens. L’Orchestre Philharmonique, réceptif semble apprécier la direction de Staffens. Néanmoins si en effet, l’on sent une poigne présente et énergique, l’on aurait aimé voir l’orchestre et le chef peut-être aller plus loin dans l’expression, et développer d’autant plus les caractères et contrastes inhérents aux œuvres jouées ce soir.

L’intégralité du concert à réécouter ici.

Visuels: Karl-Heinz Steffen: © Gert Kiermeyer  / Lars Vogt : francemusique.fr

Infos pratiques

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BRION-Christine

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