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[Live Report] Janácek et Schubert par Cathy Krier au théâtre des Bouffes du Nord

[Live Report] Janácek et Schubert par Cathy Krier au théâtre des Bouffes du Nord

10 décembre 2013 | PAR La Rédaction

Le lundi 9 décembre 2013, le Luxembourg débarquait à La Chapelle : l’ambassade du Luxembourg et la mission culturelle luxembourgeoise en France organisaient un récital de piano au théâtre des Bouffes du Nord, l’occasion d’entendre la jeune pianiste luxembourgeoise Cathy Krier dans des œuvres de Janácek et Schubert.

Le mystère et la profondeur de la musique peuvent s’incarner, si l’on ose dire, dans un lieu : le théâtre des Bouffes du Nord est cet endroit magique qui permet de s’élever. Ce lieu est d’abord celui de nos souvenirs. Souvenirs de Peter Brook, bien sûr, souvenirs du clavecin qu’on a si souvent entendu ici, souvenir particulier de Gustav Leonhardt aussi. Cathy Krier n’a pas l’âge de ces souvenirs, mais elle prend sa place dans l’histoire de ce théâtre.

La première partie était consacrée au compositeur tchèque et donnait à entendre les Quinze chants folkloriques de Moravie. Cette compilation de pastilles ethno-musicales est parfois touchante, mais assez anecdotique ; on est loin des recréations de Kurtág  ou des danses populaires roumaines de Béla Bartók. Par moment, le côté miniature rappelle l’Album Für die Jugend ou les Kinderszenen de Schumann, sans qu’on atteigne la même force.

Les deux autres œuvres de Janácek étaient bien plus intéressantes : d’abord la Sonate 1.X.1905. Composée comme son titre semble l’indiquer en 1905, elle fut inspirée par la mort d’un ouvrier tué lors d’une manifestation à Brno le 1er octobre 1905. Alors qu’elle comportait à l’origine trois mouvements, Janácek, mécontent de son travail, supprima le dernier. Les deux mouvements –  Pressentiment et La Mort – se répondent puisqu’au pressentiment douloureux, aux notes violentes, succède une forme d’apaisement mélancolique. Cathy Krier, qui semble si jeune, joue cette pièce avec un grand calme. Son toucher est à la fois décidé et doux.

Plus connue, l’œuvre Dans les brumes date de 1912. On reconnaît le Janácek de l’admirable Sur un sentier broussailleux ; Debussy n’est pas loin non plus. Cette musique impressionniste est déchirante, surtout dans le deuxième mouvement noté Molto adagio, dont les claudications transcrivent les états d’âmes d’un être déchiré.

Après l’entracte, Cathy Krier interprétait les Drei Klavierstücke (D.946) de Schubert. Composées en 1828, ces pièces sont fiévreuses et concluent judicieusement un récital assez torturé.

On ressort du plus beau théâtre de Paris heureux grâce à des œuvres mélancoliques. Cathy Krier nous a ravis.

Matthieu Orsi

Visuels : © Delphine Jouandeau

Retrouvez toute l’actualité de Cathy Krier ici.

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