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[Live Report]: Festival Palazzetto Bru Zane, de la joie et de l’allégresse du quintette piano et vents

[Live Report]: Festival Palazzetto Bru Zane, de la joie et de l’allégresse du quintette piano et vents

19 juin 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

Depuis samedi 14 juin, le théâtre des Bouffes du Nord accueille la deuxième édition du Festival Palazzetto Bru Zane destinée à mettre en lumière la musique romantique française et proposant la découverte d’auteurs peu connus autant que la redécouverte d’incontournables. Ce mardi, le concert mettait en regard deux quintettes pour piano et vents qu’un siècle sépare, l’un allemand avec Beethoven, l’autre français avec Albéric Magnard.

Autour du pianiste Jean-Effam Bavouzet, un illustre quatuor composé d’Olivier Doise, hautbois solo du philharmonique de Radio France, Philippe Berrod, clarinette solo de l’orchestre de Paris, Hervé Joulain et Julien Hardy, respectivement corniste et bassoniste de l’orchestre national de France, puis pour l’exécution du Magnard, le flûtiste Philippe  Bernold soliste de l’orchestre de l’Opéra de Lyon. Une magnifique distribution nous garantissant d’une excellente exécution. Aussi, nous n’avions là qu’à savourer et apprécier les compositions, qu’à comparer les styles et les émotions.

Alors que le quintette de Beethoven reste marqué par le classicisme et la galanterie, celui de Magnard se fait robuste et fougueux. L’orchestration joue sur de subtiles nuances, les timbres n’ont de cesse de s’entremêler, et les relais d’instruments prédominent. Beethoven est quant à lui plus pompeux, comme en témoigne la longue et majestueuse introduction. Le piano y est maître du jeu, le cor se fait feutré, le hautbois lumineux, la clarinette claire et le basson boisé. Ainsi le quintette se veut candide, doucereux, charmant, élégant et courtois par essence. L’équilibre de l’épaisseur sonore permis particulièrement de faire ressortir ces caractères de même l’orchestration, magnifiant d’autant plus le contraste mélodique, particulièrement dans l’Andante du second mouvement. Le dernier quasiment enchaîné au second est le plus véloce, le piano y déploie des ribambelles de notes, l’esprit y est plus guilleret et bienheureux.

Une sympathique entrée en matière, néanmoins, ce qui nous attirait ce soir était sans nul doute la découverte du quintette d’Albéric Magnard compositeur français du XIXe siècle, parfois surnommé comme le Bruckner français et spécialement remarqué pour l’orchestration riche de ses symphonies. Composée de quatre mouvements, l’œuvre à l’inverse de celle de Beethoven qui conférait au piano la plus grande place, donne majoritairement la parole aux bois. On notera le changement de formation, la flûte prenant la place du cor présent dans la formation précédente.

Un accord tonitruant et nous voilà à tel point dans l’agitation, qu’il nous semble prendre l’aventure au vol. Les jeux instrumentaux sont multiples, les musiciens se passent la parole sur les mêmes notes, cherchant à épouser parfaitement la justesse autant que la teinte de celles-ci, reprennent en canon le discours de l’un ou de l’autre. La rythmique est soutenue, impétueuse, le discours est haché et caractériel. Tout virevolte dans tous les sens tel un esprit bouillonnant peinant à se fixer. Parfois la folie se pose et l’exposé musical devient énigmatique, sombre et pesant. Une page étonnante et saisissante, qui d’emblée nous plonge dans l’univers fantasque de Magnard. Le deuxième mouvement Tendre, plus lent et méditatif met en avant le piano et la clarinette. C’est par le chant suspendu et élévateur du piano qu’il débute, simple, solennel, très vite rejoint par celui de la clarinette développant une mélopée pourvue d’un étrange grain de tristesse, une litanie un brin jazzy. La clarinette moelleuse et affectueuse semble parfois nous faire la cour, ainsi se dégage un climat troublant : sous une intime fêlure, se ressentent calme et sérénité.

On notera que dans ce quintette aucun instrument n’est en reste, tous sont exploités au maximum, chacun a son heure de gloire, sa prise de parole. Ainsi au troisième mouvement, si justement nommé Léger tant il est frais, festif et guilleret, c’est le hautbois qui nous ravit d’un chant hispanisant voire oriental. Un délice d’ailleurs dont on se délectera, un parfum de voyage vivifiant, régénérant, animé par un piano piaffant et une rythmique pétillante. Sans doute le plus beau passage de l’oeuvre, il sera d’ailleurs repris en bis par les musiciens. Enfin le final, intitulé Joyeux, fait resurgir les différents motifs précédemment entendus, et se veut conquérant. Comme s’il s’agissait de gravir une montagne, de passer les obstacles, il s’élève avec entrain et vivacité. Cette fois ce sera le basson qui sera au centre de la scène, avec un chant sentimental à souhait. Le tout redeviendra drôle, ironique et se clôturera furtivement dans la joie et l’allégresse.

Une charmante découverte portée par de généreux et investis interprètes qui nous donne envie d’en entendre plus de Magnard, ce qui grâce au centre de musique romantique française Palazzetto Bru Zane sera possible à l’automne 2014.

visuel: Jean-Effam Bavouzet © paul Mitchell

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