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[Live report] Cécilia Bartoli au Théâtre des Champs-Elysées : une salle comble et comblée !

[Live report] Cécilia Bartoli au Théâtre des Champs-Elysées : une salle comble et comblée !

05 novembre 2014 | PAR Elodie Martinez

Le nom de Cecilia Bartoli est l’un des plus connus (si ce n’est le plus connu) de l’univers lyrique actuel, la campagne pour son nouvel album St Petersburg accentuant ce phénomène depuis quelque temps. Sa réputation n’est donc plus à faire et l’attente qu’elle crée est immense. Grâce aux séries de concert « Les Grandes voix » au Théâtre des Champs-Elysées, nous avons pu ce samedi soir assister au concert de la Diva. Quelle agréable surprise de constater alors que l’artiste est largement à la hauteur, si ce n’est au-dessus de cette renommée qui la précède !

Samedi 1er novembre, 16h30 devant le Théâtre des Champs-Elysées : une petite file commence déjà à se former pour le concert de ce soir qui fut rajouté face au succès de la vente fulgurante des places pour le récital du 7 novembre, complet depuis cet été. La vue de ces personnes déjà présentes presque trois heures avant le début de la représentation confirme que deux dates n’étaient pas de trop, de même que la vision de la salle pleine à 20h. Le prix des billets n’a pas freiné les spectateurs, prêts à payer jusqu’à 175 euros pour être présents ce soir-là. On peut tout de même se demander si ce prix n’est pas excessif et si un tel engouement est bien fondé… Question qui disparaît dès les premières notes.

L’orchestre baroque, qui n’est autre que l’ensemble I Barocchisti, prend place sur scène : deux clavecins sont posés l’un contre l’autre, l’un d’eux étant pour le chef d’orchestre Diego Fasolis, et l’ensemble des violons et des altos resteront debout toute la durée du concert. En plus du chef d’orchestre, ce sont donc 23 musiciens qui s’installent sous les applaudissements polis de la salle avant que ne retentisse la Marche d’Altsesta de Hermann Raupach, brève mais totalement convaincante.

Cecilia Bartoli ménage son entrée et attend que la seconde pièce ait déjà commencé avant de faire son apparition sur scène dans une superbe robe blanche légèrement étincelante en haut, rappelant la neige lorsque le soleil se lève et que nulle trace ne soit encore venue la salir de son emprunte. Une longue traîne suit également la diva italienne qui s’en débarrasse pour mieux chanter une fois la partie musicale achevée. Elle n’a alors pas à sortir la moindre note pour que le public soit déjà conquis par cette apparition quasi divine.

Pourtant, lorsqu’elle entame l’extrait « Vado a morir » de La forza dell’amore e dell’odio de Francesco Domenico Araia, le public assiste à un phénomène ô combien rare et plaisant : une osmose absolument parfaite entre voix et orchestre, le second ne dépassant jamais la première, y compris dans ses pianissimi si légers sans être fragiles pour autant. Les modulations vocales et musicales sont tout simplement époustouflantes et transportent totalement le public qui ne voit pas le temps passer. D’ailleurs, ceux et celles qui tentent de se retrouver dans le programme abandonnent assez vite car il semblerait que quelques petits changements se soient glissés sur ce qui était annoncé, mais qu’importe : c’est un véritable plaisir, quelle que soit la pièce ou l’extrait.

L’Ouverture n°6 en sol mineur, Allegro de Francesco Maria Veracini permet au public de constater que si l’orchestre brille dans sa douceur et la maîtrise d’un son aussi léger qu’un souffle, il sait devenir bourrasque et atteindre un fortissimo impressionnant, mais toujours dans un accord parfait, rendant les pièces instrumentales d’un grand intérêt et faisant même parfois oublier l’absence de Cecilia Bartoli sur scène lors de ces rares passages.

La première partie du concert se poursuit, les lumières s’atténuent fortement, de légers bruits se font entendre : nous sommes véritablement plongés dans la nuit pour entendre Seleuco, « Pastor che a notte ombrosa », (Demetrio) de Francesco Domenico Araia. Quelques animaux nocturnes et un léger vent s’ajoutent à la musique et à la voix de la chanteuse qui nous transporte décidément de toutes les façons possibles ce soir, jouant son rôle à merveille dans l’interprétation, dans son duo avec le hautbois (dans lequel souffle Pier Luigi Fabretti), mais jouant surtout avec le public venu la voir. Une véritable connivence est instaurée entre la scène et la salle, rendant ce moment d’autant plus merveilleux.

Le première partie finit de façon grandiose sur Siroe, re di Persia, « O placido il mare » (Laodice), extrait dans lequel Cecilia Bartoli fait entendre une entière maîtrise de sa voix (dont on ne doutait nullement), la rendant tourbillonnante par un jeu de volume qu’elle augmente et diminue sans aucune accroche. Un seul mot pourrait qualifier ce moment : parfait.

Le programme annonce cinq pièces pour la deuxième partie du concert dont la première est la Sinfonia en la majeur : Allegro – Andante – Allegro de Domenico Dall’Oglio, permettant à l’orchestre d’atteindre son apothéose en matière de modulation.

Nous assistons également à un voluptueux second duo voix/flûte avec Jean-Marc Goujon dans Carlo Magno, « Non turbar que’ vaghi rai » de Vincenzo Manfredini, puis à un long moment durant lequel l’orchestre se réaccorde avant de poursuivre le peu de pièces qu’il reste… du moins le pense-t-on ! Car s’il est un trait de caractère que l’on ne peut pas enlever à l’artiste de ce soir, c’est sa véritable générosité : elle a préparé non pas un, ni deux, ni même trois rappels, mais bien cinq, dont le premier permet d’entendre l’ampleur des possibilités dramatiques de sa voix.

Après deux rappels, la diva demande en souriant au public : « Ca a été ? » Oui, bien sûr : on en reprendrait bien encore un peu ! Qu’à cela ne tienne : voilà un troisième rappel, puis un quatrième, et enfin un cinquième, russe cette fois-ci alors que les précédents étaient italiens, débutant par une partie instrumentale permettant à la diva de rester en coulisses pour mieux apparaître sur scène dans son manteau blanc par-dessus la robe enfilée pour la deuxième partie (bleu clair, rappelant cette fois non pas la neige mais la glace), et avec bien sûr son chapeau blanc ; autrement dit, avec les attributs de son dernier album. Son entrée est donc fracassante, de même que sa sortie qu’elle effectue avant la fin de l’air, totalement dans l’interprétation de ce personnage apparemment fâché. Elle revient cependant bien vite, souriante, face à un public entièrement comblé par cette soirée.

A n’en pas douter, Cecilia Bartoli mérite amplement la renommée qui la précède et le titre de diva dans tous les traits de sa prestation. Sa générosité est elle aussi à la hauteur de son talent et la scène semble être un véritable terrain de jeu pour elle, comme a pu le montrer son grand sourire, sa gestuelle, ou encore le passage improvisé durant l’air du premier rappel : l’un des instruments à vent jouait un air que devait reproduire l’interprète, avec, vous vous en doutez, des pièges et des difficultés rendant ce moment encore plus convivial et savoureux.

Elle s’amuse donc, ne le cache pas et donne sans compter, à tel point que lorsque l’on met les pieds hors du Théâtre des Champs-Elysées ce soir-là, il avoisine les 23h, et l’on est à la fois conquis et contaminés par la bonne humeur et la prestation de cette artiste hors du commun qui foulera à nouveau la scène du TCE vendredi 7 novembre. Bien qu’aucun billet ne reste encore en vente, n’oubliez pas la possibilité des places à 5 euros vendues à partir de 19h… et prévoyez de venir tôt pour réserver votre place dans la file. Un tel moment ne se regrette pas !

Par Elodie Martinez

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