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[Live-Report] Amadeus en ciné-concert à la Philharmonie de Paris

[Live-Report] Amadeus en ciné-concert à la Philharmonie de Paris

17 décembre 2016 | PAR Alice Aigrain

La Philharmonie donnait hier soir, la première représentation d’Amadeus dans sa version en ciné-concert en France après sa présentation en création mondiale à Lucerne en Suisse il y a quelques mois. Le projet aussi charmant soit-il ne convainc cependant pas entièrement, peut-être victime de son ambition démesurée.

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Amadeus semble être toujours le même phénomène qu’à sa sortie en 1984. Le film, inspiré d’une pièce de théâtre éponyme de l’anglais Peter Shaffer, découlant elle-même de Mozart et Salieri, une courte pièce de Pouchkine datant de 1830, avait remporté un succès tant public que critique. Le film ne raflait pas moins de 8 oscars, dont celui du meilleur film et le césar du film étranger, l’année de sa sortie, quant à la fréquentation des salles, elle atteignait des sommets dans de nombreux pays. Nombre de personnes avaient alors redécouvert les compositions de Mozart par leur mise en image et en histoire. La fiction se centre sur la jalousie maladive de Salieri à l’encontre du jeune prodige Mozart. Le compositeur de la cour viennoise s’en confesse à l’aube de sa vie à un prêtre. Ce processus narratif permet surtout de réactualiser la figure de Mozart. Incarné par Tom Hulce, Wolfgang (ou Wolfie comme aime à l’appeler sa femme) apparaît à travers l’œil de Milos Forman – le réalisateur – comme un génie foutraque, un brin barré et éminemment actuel.  Au fantasque de la figure du personnage principales’ajoute une mise en image au rythme effréné.

Aujourd’hui, le phénomène cinématographique prend une dimension supplémentaire par sa reprise en ciné-concert. La musique accède alors au rôle de protagoniste, mais pour que l’effet soit total, il faut que la synchronisation entre la projection et l’orchestre soit parfaite. Si les deux sont parfaitement en cadence, alors le procédé s’efface pour ne proposer qu’une augmentation de chacun des arts. Le film prend du relief par l’ajout des ondes vibratoires de la musique live et la musique prend une consistance supérieure par son lien avec la fiction.  Le temps, le rythme sont les catalyseurs du ciné-concert, responsable de son succès ou de son échec. Soit l’harmonie est totale et les deux médias se complémentent en s’augmentant. Soit le décalage, ramène inexorablement le spectateur à l’objet artistique face auquel il se trouve. Amadeus offre pour ce genre de projet un terrain fertile, par la nature même de son sujet et l’omniprésence de la musique dans le film. À cela s’ajoute une difficulté supplémentaire que s’impose l’orchestre : il n’est pas ici question de créer comme il en est l’habitude lors de ciné-concert, une bande originale supplémentaire, mais de jouer l’intégralité des musiques du film en live. Le défi de ce synchronisme est alors immense. Porté par un chef d’orchestre qui s’est fait expert du genre, le challenge n’est pourtant pas entièrement relevé. Si la précision de la direction de Ludwig Wicki et de son ensemble composé de l’ensemble orchestral Les Siècles Pop, du pianiste Nathanaël Gouin et de l’ensemble choral Aedes est suffisante pour la plupart des scènes, les séquences les plus complexes ne trouvent pas leur accomplissement dans cette proposition. Le léger décalage qui est alors perceptible entre la musique live et les images projetées, fait sortir le spectateur de l’expérience synesthésique qu’il vivait. Le procédé est mis à jour et on ne voit plus que ce décalage si agaçant. Ambiance torrent et téléchargement pirate de mauvaise qualité. Lorsque lors des scènes d’Opéra du film, les mouvements de bouches des acteurs ne correspondent pas exactement au chant des chœurs de l’orchestre, lorsque les danses semblent être calées sur un autre tempo, l’effet est malheureusement détruit. Le ciné-concert est en cela un genre qui ne pardonne rien, pas la moindre imprécision, pas le moindre décalage. Peut-être le projet pêche-t-il d’un excès de vanité et d’ambition? Espérons plutôt que ce ne soit qu’un problème de rodage avec l’équipe parisienne qui se résoudra lors des prochaines représentations.

© photo: S-Z .Bros

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