Classique

[Live Report] Alexei Volodin salle Pleyel, un récital décevant

[Live Report] Alexei Volodin salle Pleyel, un récital décevant

14 novembre 2014 | PAR La Rédaction

Mercredi 12 novembre, la Salle Pleyel recevait dans le cadre de la série Piano**** le pianiste Alexei Volodin.

Il faudra un jour pour que les interprètes prennent la peine d’expliquer, sinon de justifier, leurs programmes car il est des soirs où l’on peine à voir la moindre cohérence… La soirée proposée par Volodin laisse en effet perplexe puisqu’il faisait voisiner Scarlatti, Prokofiev, Medtner, Chopin et Schumann.

Alexei Volodin est un pianiste qui ne perd pas de temps : il entre en scène, fonce sur le piano, s’assoit et attaque. Les chars russes sont enfin entrés dans Paris. Et Scarlatti n’a qu’à bien se tenir. On se demande d’ailleurs si les trois sonates jouées ce soir ne sont pas des redécouvertes d’un disciple de Rachmaninov, tant le jeu de Volodin dans les sonates K.17, 454 et 487 semblent avoir été écrites par Scarlatinof. Qu’on comprenne bien, il ne s’agit pas de refuser aux pianistes de jouer Scarlatti. Si les versions de Scott Ross (courez acheter l’intégrale rééditée par Erato à un prix invraisemblablement bas) ou Gustav Leonhardt sont essentielles, nous ne partageons pas l’intégrisme qui consiste à n’admettre ces œuvres qu’au clavecin. On peut citer les belles versions – anciennes mais vivifiantes – de Marcelle Meyer ou Vladimir Horowitz ; plus récentes, les interprétations d’Alice Ader, d’Alexandre Tharaud ou d’Anne Queffelec sont également de bonnes tenues. Un point commun dans ces interprétations au piano : elles ne distordent pas la lettre de Scarlatti, elles ne truquent pas, ne biaisent pas en utilisant les possibilités phénoménales du piano moderne pour rendre une musique qui n’aurait plus rien du 18e siècle. Il faut à cette musique de l’intellect, de la finesse, de la douceur. Or Volodin ne propose qu’une débauche de nuances passant du pianississimo au fortississimo de manière ridicule. Son jeu est virtuose mais anachronique, rapide mais martial. Bref, oublions.

La suite s’annonçait mieux : il faut admettre que la Marche de Prokofiev extraite des dix pièces de l’opus 12 (puis le Prélude et le Scherzo) sonne comme il faut. L’âme russe, sans doute. La première partie s’achevait avec la Sonata-Reminiscenza de Medtner, une pièce sans grand intérêt mais qui convient manifestement bien à Volodin qui montre – enfin – qu’il peut jouer finement.

Après l’entracte, Volodin jouait la Polonaise-Fantaisie op. 61, retrouvant le jeu soviétique qu’on croyait disparu. On frémit. Heureusement, le Carnaval de Schumann était rendu correctement même si le Steinway a manifestement souffert aussi sous les doigts du pianiste.

Bref, une soirée décevante. Il faut noter que la Salle Pleyel était aux deux-tiers vide, l’arrière scène et le 2e balcon étant replacés au parterre, lui-même à moitié vide. Peut-être que ces récitals ont vécu ; peut-être aussi qu’il est temps de tourner la page de l’acoustique regrettable de Pleyel, inadapté au piano. Le changement, vite !

Par Mathieu Orsi

[Arras Film Festival] « Paris of the North » : un été en Islande. Acide, forcément
« La Métamorphose version androïde » par Oriza Hirata en ouverture du festival Automne en Normandie
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *