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[Live report] 8ème de Bruckner purement Viennoise au TCE

[Live report] 8ème de Bruckner purement Viennoise au TCE

13 septembre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

[rating=4]

Ce mardi, le théâtre des Champs-Elysées accueillait l’historique et prestigieux Orchestre Philharmonique de Vienne pour la 8ème symphonie de Bruckner sous la direction de Lorin Maazel. Une prestation admirable, ancrée dans le plus pur respect des traditions et de l’esthétique musical Viennois dont on ressort subjugué par la force et néanmoins chagriné du manque de subtilité quant au traitement du discours musical.

lorin maazelLa venue d’une institution symphonique aussi prestigieuse que la formation Viennoise promet toujours une soirée unique et exceptionnelle, d’autant plus lorsqu’elle y interprète son répertoire de prédilection. Ce soir, une seule œuvre était au programme et pour cause, la 8ème symphonie de Bruckner, monument musical à l’architecture sonore audacieuse et téméraire (marquée notamment par une abondance thématique assemblée par de petites formules mélodiques) ne dure pas moins d’une heure et demie.

Rassemblant un effectif colossal aux cuivres gonflés (avec pas moins de quatre cors, quatre tubas wagnériens, un tuba-basse, trois trombones entre autres), l’œuvre impressionne autant par sa durée,  que par la force orchestrale qu’elle mobilise. Outre la longueur, l’interprétation en est délicate d’autant qu’il s’agit – du fait de la construction riche et savante ainsi que de la masse orchestrale présente sur scène –  de ne pas céder à la passion tonitruante des cuivres claironnants, de même à la pesanteur et la rigueur germanique pour au contraire, faire preuve de subtilité et de délicatesse quant au traitement de l’orchestration et des nuances, afin de mieux mettre en lumière la richesse thématique et mélodique. Un traitement idéal que n’a malheureusement pas choisi Lorin Maazel qui nous servit ce soir une interprétation « purement viennoise » : de la forme et du son avant toute chose. Une esthétique connue et reconnue certes, mais manquant cruellement de magie et d’émotion.

Pour preuve, le début du premier mouvement, feutré, censé nous nimber dans une atmosphère mystérieuse et fantastique s’avère manquer de délicatesse en étant d’entrée trop fort. Si les fortissimo qui suivent se révèlent incommensurables et marquent néanmoins les contrastes sonores, l’envoûtement initial peine à se réaliser. D’emblée l’on se sait en face d’une interprétation purement méthodiste, carrée. Du deuxième mouvement ressortira l’art du contraste, inhérent à l’œuvre de Bruckner et principalement dû à la l’heroique puissance sonore de l’orchestre viennois. Le côté Pastorale et le thème champêtre incarné par les bois ressort peu, l’ensemble manque de mouvement, d’allant. Le troisième mouvement, le plus long adagio de l’histoire de la musique est aussi un des plus durs car la tension dramatique y est exacerbée et le tempo très lent. Une tension donc difficile à entretenir durant les quinze minutes que dure cette partie. Le chef prend ici le temps de poser le tapis sonore, le tableau se dresse petit à petit en face de nous, enfin magie et céleste se dégagent. Dans cette troisième partie de la symphonie, l’orchestre fait preuve de beaucoup plus de sensibilité et laisse entrevoir tout le lyrisme de la pièce, une lueur d’émotion nait alors. Enfin, un véritable discours plus qu’une lecture simple de la partition nous est proposé, comme nous le démontreront le ménagement subtil de  l’élan passionnel et du doux apaisement qui clôt le mouvement. Le Finale en totale contradiction avec l’adagio, débutera sur les chapeaux de roues. Fort, vif, incisif, l’orchestre fait ce qu’il sait faire de mieux en se lançant à corps perdu dans un galop impérial, furieux et retentissant. Du Viennois pur souche ! In fine l’on se retrouve pris au jeu, la montée empirique et la solennité méditative qui suit nous captivent. Seul regret ici, les dernières notes de l’ultime affirmation majestueuse  nous semblèrent manquer d’appui et de tenue.

En définitive, une interprétation limitée car sagement formelle certes, surtout en comparaison avec celle du maître Karajan, mais en totale adéquation avec l’esthétique et les traditions viennoises comme nous le disions auparavant. Une prestation sans surprise mais comme promis, une soirée unique où le sublime et l’exceptionnel furent magnifiés par l’ardeur et la puissance germaniques qui caractérisent l’orchestre.

Visuel: Lorin Mazel capture d’écran http://www.theatrechampselysees.fr

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