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[Live report] Edgar Moreau et l’ONF : leçon de synergie musicale au Théâtre des Champs-Elysées

[Live report] Edgar Moreau et l’ONF : leçon de synergie musicale au Théâtre des Champs-Elysées

24 mars 2014 | PAR Céline Duverne

Jeudi 20 mars dernier, le Théâtre des Champs-Elysées accueillait le jeune violoncelliste Edgar Moreau en compagnie de l’Orchestre National de France sous la direction de Michele Mariotti. Au programme : Rossini, Haydn, Tchaïkovski et Respighi, un itinéraire dynamique pour une expérience haute en couleur. 

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La soirée débute tambour battant avec l’ouverture de l’opéra seria Semiramide, oeuvre-phare du répertoire rossinien inspirée de la pièce éponyme de Voltaire. Une entrée en matière énergique pour l’Orchestre National de France : cuivres et cordes vibrent à l’unisson sous la baguette de Michele Mariotti. Mention spéciale pour la performance de catalyseur du maestro, dont la gestuelle ample et gracieuse exerce, sur ses troupes comme sur l’assistance, un effet roboratif appréciable.

Ainsi tenus en haleine, nous goûtons d’autant plus l’intervention du soliste Edgar Moreau. Le Concerto n°2 pour violoncelle d’Haydn offre un enjeu à la hauteur de son talent : composée en 1783 pour le virtuose tchèque Anton Kraft, l’œuvre explore toutes les facettes techniques de l’instrument et multiplie les difficultés d’exécution. Un effectif orchestral plus réduit – des cordes, deux hautbois et deux cors – sert d’écrin à une interprétation très nuancée, un travail d’orfèvre d’une extrême minutie. Le jeune prodige, qui fêtera le mois prochain son vingtième anniversaire, n’a d’ailleurs pas fini de nous étonner : sacré « Révélation soliste instrumental de l’année » des Victoires de la musique classique 2013, il fut nommé le 13 février dernier dans la catégorie « Soliste instrumental de l’année ». Nous ne déplorerons que la brièveté de son intervention, qu’il eût peut-être été plus judicieux de placer en seconde partie du concert.

Nous poursuivons notre parcours symphonique avec le Capriccio italien de Tchaïkovski. Conquis par la beauté du Carnaval de Rome, l’illustre compositeur russe livre là une œuvre d’une grande variété, où des accents mélancoliques se mêlent à des thèmes plus énergiques. Outre la virtuosité d’une interprétation brillante et ciselée, nous saluerons la cohérence chronologique et thématique de l’ensemble de cet itinéraire.

Un bond en avant vient clore cette escapade italienne : à l’inspiration romantique succèdent les résonances plus modernes des Fêtes romaines de Respighi, dernier volet d’un triptyque comprenant également Fontaines et Pins de Rome. Depuis le premier balcon, une série de cors ouvre le bal à l’écart de leurs congénères, de manière à créer un judicieux effet d’écho. La réappropriation d’un espace habituellement dévolu au seul public donne le sentiment d’une grande mobilité des interprètes, en accord avec l’esprit d’une œuvre visionnaire. Certaines sonorités évoquent même des éléments du quotidien, tel le carillon d’une horloge. L’orchestration très fournie fait la part belle aux instruments et percussions, incluant un piano joué à quatre mains ainsi qu’un orgue et une mandoline.

Point d’orgue d’une soirée placée sous le haut signe de la synergie musicale, cette œuvre injustement boudée du grand public rend à l’histoire romaine un magistral hommage : il est tentant de voir dans la mêlée des archers, tambours et cors une analogie à peine déguisée aux combats ancestraux des gladiateurs. Fort de ses quatre-vingts ans d’exercice, l’Orchestre National de France nous livre une expérience artistique sans bémol qu’il nous tarde de renouveler sur cette même scène, le 24 avril prochain, avec les Métaboles de Dutilleux et l’Œdipus Rex de Stravinsky.

© Visuels : site officiel du Théâtre des Champs-Elysées.

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