Classique

D’une messe à l’autre au Festival de Montpellier

D’une messe à l’autre au Festival de Montpellier

19 juillet 2019 | PAR Paul Fourier

Le Festival Radio-France-Occitanie-Montpellier qui fait œuvre de redécouvertes, proposait mercredi 17 juillet 2019, deux messes, seulement séparées d’une quinzaine d’années, mais pourtant bien différentes. Une riche idée qui permet de mesurer les évolutions musicales de l’époque, précise le talent de Martini, resté largement méconnu et bien sûr, de Berlioz alors tout jeune compositeur.

La politique des organisateurs de festivals apparaît souvent bien différente selon les territoires. À Montpellier, depuis longtemps, on a choisi de partir à la recherche d’œuvres peu ou pas connues, ce qui procure, on en fait l’expérience, de fort belles surprises.
Il s’agit là d’une coproduction entre le Palazzetto Bru Zane, le Concert Spirituel et le Festival Berlioz, trois institutions qui contribuent largement à l’enrichissement du patrimoine musical français.
Nous étaient ainsi proposées deux messes, l’une composée en 1811, au moment de la première Restauration, l’autre, lors de la seconde, en 1824.

Presque tout semble opposer les deux compositeurs. Martini est en fin de carrière (et de vie, il mourra en 1816) ; sa Messe lui sert, en quelque sorte, de passeport pour rentrer à l’Institut de France. On peut le qualifier d’homme de l’Ancien régime puisqu’il fut surintendant de la Musique du Roi … en 1788, donc pas vraiment au moment idéal, et qu’il réintégrera, in extremis, la fonction sous Louis XVIII. Ladite messe sera d’ailleurs interprétée lors de la translation des dépouilles de Louis XVI et Marie-Antoinette à la Basilique de Saint-Denis.

Berlioz, lui, est un tout jeune compositeur de 21 ans, enfant de la période post-révolutionnaire, pour qui une carrière prestigieuse s’annonce. Il choisira de détruire la partition de cette messe ; mais un exemplaire en sera miraculeusement retrouvé en 1992 par un organiste d’Anvers, ce qui nous vaut aujourd’hui ce concert.
Pour l’auditeur, il existe là, un intérêt à écouter ces deux œuvres sacrées, reflet de deux époques musicales, quoi qu’il en soit, bien différentes. L’intelligence du concert réside également dans la mise en parallèle de l’œuvre superbe de Martini et des talents déjà précoces de Berlioz.
Œuvre de maturité versus œuvre de jeunesse, œuvre de l’ancien monde versus le nouveau à construire, voilà matière à éveiller notre oreille bien plus sûrement que si les œuvres avaient été données séparément.

La « Messe des morts à grand orchestre dédiée aux mânes des compositeurs les plus célèbres » (qui, drôlement, hérite, également dans le programme de la soirée du titre de « Requiem pour Louis XVI et Marie-Antoinette », en raison de sa réutilisation opportuniste) séduit immédiatement par sa richesse orchestrale et sa légèreté. On a affaire à une partition brillante, variée, donnant à penser que, décidément, les œuvres sacrées représentaient un mode d’expression pour les compositeurs qui allait bien au-delà de la célébration mystique et leur permettait de faire montre de leur talent. Si l’on devait retenir un moment de toute beauté, dans cette messe en tout point délicate, on s’arrêterait sur ce Lacrymosa aérien où les voix féminines semblent prendre leur envol vers les cieux.

Après Martini, l’on sent la facture plus grandiloquente de Berlioz avec, notamment, cette utilisation des cuivres qui en est l’empreinte. Le contraste souligné plus haut n’en est que plus saisissant.
En ce cent cinquantième anniversaire de la mort du compositeur, après avoir écouté ses plus grandes œuvres, il est rafraîchissant de se saisir de sa « Messe solennelle pour solistes, chœur et orchestre », ébauche brillante de ce qui va suivre. D’ailleurs, le compositeur utilisera bien de ces pages pour la Symphonie Fantastique, Benvenuto Cellini, le Requiem, la Symphonie funèbre et triomphale et le Te Deum. Ainsi, le verset Gratias agimus Tibi du Gloria deviendra le thème de la scène aux champs de la Symphonie Fantastique. Et l’Agnus Dei du Te Deum (1849) sera une reprise de celui de cette messe, démontrant ainsi que tout le talent de Berlioz semblait avoir déjà éclos en ses jeunes années.

Musicalement, le Concert Spirituel fait des merveilles dans ce répertoire. En mettant en évidence les équilibres orchestraux et les contrastes, la formation s’accorde parfaitement avec cette musique entre deux périodes, musique de découverte, de transition et, même, de révolutions. La disposition du chœur, de part et d’autre de l’orchestre, souligne, notamment chez Martini, comment les voix masculines et féminines semblent se répondre, se passer le relais, mettant en évidence, la virilité, la féminité, la puissance et la grâce qui cohabitent dans ces messes. Nous sommes dans une exécution véritablement dynamique, presque mise en espace, de l’œuvre et ce choix permet de l’apprécier d’autant plus.
Si les trois solistes ont certes, leur importance, l’on sent que les compositeurs ont, avant tout, écrit pour la formation chorale. D’ailleurs, contrairement à d’autres œuvres sacrées, ils n’apparaissent qu’épisodiquement. Adriana Gonzalez, Sébastien Droy et Mikhail Timoshenko (le Masetto récent du Don Giovanni parisien) emplissent leur rôle efficacement, sans faire preuve de fulgurances particulières.
Après un discours exubérant et assez drôle d’Hervé Niquet, le concert se finira sur la Marseillaise, version Berlioz, afin, peut-être, en ces temps tourmentés, de rappeler au public du Corum, l’un des fondamentaux originels de la Société Française.
Ainsi, le Festival de Montpellier et les formations coproductrices ont apporté là une pierre bien séduisante à l’édifice des célébrations de l’anniversaire de Berlioz, en y ajoutant un soupçon de fraîcheur et le plaisir de la découverte.

© Marc Ginot

Le Festival Radio France Occitanie Montpellier continue jusqu’au 26 juillet

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