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[Interview] Marc Schwartz, Coordinateur du programme culture et médias auprès d’Emmanuel Macron

[Interview] Marc Schwartz, Coordinateur du programme culture et médias auprès d’Emmanuel Macron

21 avril 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Conseiller maître à la Cour des comptes, et Médiateur du livre, Marc Schwartz a effectué de nombreuses missions sur les médias et les industries culturelles (presse, audiovisuel, musique, numérique). Il s’est mis en disponibilité de la Cour des comptes pour rejoindre l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, dont il coordonne le programme culture et médias. Il a accepté de répondre à nos questions au sujet du programme culturel d’Emmanuel Macron



On a beaucoup dit que la Culture était le grand absent des débats publics à la veille de ces quatre tours d’élections. Qu’en pensez-vous?
Au moment où la France est à nouveau frappée par le terrorisme, il faut redire avec force que ce sont les fondements de notre société qui sont attaqués : nos modes de vie, notre culture, notre identité.
Face au repli sur soi, aux peurs collectives, aux tentations extrémistes, la culture, parce qu’elle définit ce que nous sommes et ce que nous partageons, doit être replacée au cœur de notre projet de société. C’est à cette condition que nous pourrons retrouver le chemin de l’unité, de la solidarité et de l’émancipation et que nous ne nous laisserons pas entraîner sur la pente des passions tristes.
L’art aide aussi à lutter contre l’intolérance et le fanatisme : voilà pourquoi il nous faut défendre inlassablement la liberté de création et la liberté d’expression. Et voilà pourquoi Emmanuel Macron a fait de la culture et de l’école, ensemble, le premier des chantiers pour le quinquennat à venir. Et il ne manque jamais une occasion de le dire aux Français, directement.
Comment améliorer la diversification des publics dans les lieux culturels ?
C’est un enjeu essentiel. Depuis 50 ans, les politiques culturelles ont remarquablement développé l’offre et les équipements. Le maillage du territoire par ses cinémas, ses théâtres, ses musées ou ses librairies est un des plus denses au monde. La vitalité de la création artistique est exceptionnelle et il faut bien sûr se féliciter de tout cela. Mais, dans le même temps, on trouve toujours la même proportion, de Français qui n’ont aucune pratique culturelle (25%) ou de manière très exceptionnelle (29%). Il faut bien reconnaître que les politiques d’accès à la culture sont restées trop longtemps les parents pauvres de l’action culturelle. On ne peut se résoudre à cette situation, et accepter ces « assignations à résidence » dont Emmanuel Macron parle si souvent.
C’est ainsi que, au fondement de sa politique culturelle il y aura la volonté de rendre accessibles à tous la culture et les pratiques culturelles. Le premier objectif, c’est que 100% des enfants aient accès à l’éducation artistique et culturelle, contre moins de la moitié aujourd’hui. Nous soutiendrons par des appels à projets, dès la rentrée 2017, les initiatives locales d’initiation aux pratiques artistiques collectives (orchestre, chorale, théâtre, danse), de rencontres avec des œuvres ou des artistes, ou de visites de lieux culturels. Le Président de la République veillera personnellement à la mise en œuvre de cet objectif par les ministres de l’éducation nationale et de la culture.
Il y aussi un objectif d’ouverture accrue des lieux et des établissements culturels vers la ville et vers tous les publics. L’élargissement des horaires d’ouverture des bibliothèques en est un exemple, pour que les familles puissent, en fin de journée et en fin de semaine, profiter de ce qui constitue bien souvent le seul équipement culturel disponible. Mais cela vaut pour tous les équipements culturels : regardez le Lieu Unique à Nantes ou le Théâtre de la Criée à Marseille : ce sont des exemples remarquables de lieux ouverts très largement, qui attirent différents publics, et permettent de franchir les barrières invisibles.
Frederic Hocquard dit de votre programme (sur Toute La Culture) : « Donner 500€ par jeune, sans filet ou ligne directive. Un jeune qui a 500€ qui va à l’opéra, il a 500€ pour aller à l’opéra. Un jeune qui a l’habitude d’acheter des jeux sur Amazon, il a donc 500€ pour acheter des jeux vidéo sur Amazon. On est dans la pure reproduction sociale « . Que répondez-vous ?
C’est une vision erronée et mal informée de notre projet. Le Pass Culture s’inscrit dans une démarche globale, qui démarre à l’école, pour donner le goût de la culture dès le plus jeune âge. Notre projet est d’abord un projet d’émancipation et d’ouverture.
Sur le Pass culture, je rappelle que les 18-25 ans sont les grands oubliés des politiques culturelles. La programmation des théâtres ou des musées contient souvent des offres à destination des enfants mais elle est rarement adaptée aux jeunes adultes. Et les dispositifs d’éducation artistique et culturelle s’arrêtent à la fin du lycée. Or pour les jeunes adultes, qu’ils soient étudiants, salariés, ou à la recherche d’un emploi, la question du coût d’accès de la culture est cruciale.
Surtout, un dispositif d’accompagnement spécifique sera mis en place pour faire du Pass Culture un succès : présentation des offres par les enseignants, adaptation de la programmation des établissements culturels, médiation, offres dédiées aux jeunes, etc. L’ergonomie de l’application et son fonctionnement seront adaptés pour guider au mieux son usage et éviter une trop forte concentration.
Plus généralement, l’objectif est de changer le logiciel de nos politiques d’accès à la culture en partant – une fois n’est pas coutume – de l’individu lui-même (de la demande) plutôt que de l’accroissement de l’offre ou de l’institution culturelle. Le Pass Culture propose d’essayer une autre approche. Sortons du fatalisme !
Quels sont vos grands projets pour faire du lien entre la culture et l’économie ? De façon plus concrète comment faire de la culture un levier économique ?
La culture est un investissement d’avenir. Le secteur, au sens large, contribue à près de 60 Md€ au PIB. C’est plus de 3 %, soit l’équivalent du secteur de l’agriculture et des industries alimentaires. Et les seules entreprises culturelles emploient près de 700 000 personnes. La culture est aussi un facteur d’attractivité pour nos territoires et pour notre pays : c’est, dans le monde entier, une source de rayonnement de la France et de la langue française. Ce n’est pas un hasard si la France reste la première destination touristique mondiale, et si nos grandes institutions patrimoniales comptent parmi les plus visitées du globe.
Pour faire de la culture un levier économique, il faut d’abord préserver et consolider notre modèle de soutien à la création et aux artistes. Car c’est cette création sans cesse renouvelée qui fait la vitalité de notre culture. Or la transformation numérique, si elle apporte de formidables opportunités, risque aussi, si nous n’agissons pas, d’affaiblir ce modèle en affectant la rémunération des créateurs, au profit de celle des grandes plateformes numériques, qui sont devenues les portails modernes d’accès à la culture.
Par ailleurs, si l’émergence du numérique a stimulé le développement de l’entrepreneuriat, nombre d’entreprises peinent à survivre, faute de financements adaptés. Nous projetons donc de créer un fonds d’investissement de 200 M€, qui sera géré par Bpifrance, et consacré à l’amorçage et au développement des entreprises innovantes du secteur des industries créatives et culturelles. Nous souhaitons que Bpifrance s’appuie appuie sur l’expertise de l’IFCIC pour gérer ce fonds.
Comment faire de la culture un lien social ?
La culture est par définition ce qui construit le lien social : elle est ce qui façonne une nation, à travers sa langue, son histoire, son patrimoine. C’est cette culture ouverte, foisonnante, qui fait le rayonnement de la France et de la francophonie dans le monde entier et donne de la fierté aux Français et aux Françaises. La culture n’est donc pas seulement un secteur de l’action publique : c’est l’expression même d’un projet de société.
La culture, c’est aussi ce qui transforme une société, c’est ce qui la fait bouger. Ce qui, toujours, l’emmène sur des chemins de traverse et la fait vivre. Le regard des artistes, des auteurs, des créateurs n’a jamais été aussi pertinent : nous avons besoin d’eux, de leur mobilisation, de leur talent, pour transformer la société.
Je voudrais aussi souligner que, à l’heure où le complotisme et les fausses vérités (les fameuses « fake news ») font des ravages, l’éducation aux médias et à l’information est une urgence démocratique. Nous devons soutenir les initiatives pour la développer à l’école, au collège et au lycée, mais aussi dans les médiathèques, les bibliothèques, les lieux de l’éducation populaire, partout où se construisent les citoyens de demain. Les médias de service public ont également un rôle à jouer dans ce domaine, qu’il faudra renforcer.
Le projet culturel d’Emmanuel Macron 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

Une réflexion sur « [Interview] Marc Schwartz, Coordinateur du programme culture et médias auprès d’Emmanuel Macron »

Commentaire(s)

  • Kalaora

    OK démultiplier aussi des lieux dans les quartiers populaires comme le 104 qui est un véritable succès. Le faire dans les cites à Aubervilliers, Saint Denis etc…..Former des animateurs, développer le Art Street, les créations in situ en s’adressant à tous les publics, le spam, les musiques populaires , l’art doit être un moyen de brasser les populations et effectivement c’est par l’art concret que peut se faire le vivre ensemble.

    avril 21, 2017 at 20 h 42 min

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