Poésie
JMG Le Clézio : Le flot de la poésie continuera de couler.

JMG Le Clézio : Le flot de la poésie continuera de couler.

28 décembre 2020 | PAR Jean-Marie Chamouard


Écrivain voyageur, prix Nobel de littérature 2008, JMG Le Clezio invite le lecteur à découvrir la poésie chinoise de l’époque Tang. Ce livre est un recueil de poésie éclairé par les explications littéraires et historiques de l’auteur. Le lecteur peut ainsi s’imprégner de cette œuvre poétique exceptionnelle.

Un homme « assis devant le mont Jingting , un lieu d’immobilité et de majesté ». Ce poème de Li Bai a fait découvrir à JMG Le Clezio la poésie chinoise de l’époque Tang. La dynastie Tang a régné sur l’empire chinois de 618 à 907. Ce fut une époque d’unité de la Chine, de prospérité et de perfection de l’art. Elle a aussi été traversée par une terrible guerre civile entre 755 et 763. L’auteur nous présente deux poètes : Li Bai l’aventurier, un homme de liberté et du voyage, un héros romantique avant l’heure. Son ami Du Fu sera influencé par le Confucianisme et par le Bouddhisme. Sa poésie est remplie de compassion pour le peuple, elle décrit l’horreur de la guerre comme dans son poème : « La troupe des recruteurs au village de la butte aux pierres ». JMG Le Clézio nous fait découvrir les poèmes de l’époque Tang à travers différents thèmes : l’errance, synonyme de liberté malgré les dangers encourus par le voyageur, puis le vin. Li Bai se décrit comme un « immortel dans le vin », l’ivresse est une source d’inspiration et de démesure, une voie vers l’immortalité. L’amour, « source des plus beaux poèmes jamais écrits » est célébré mais il s’agit souvent, loin des intrigues de la cour, de l’amour conjugal qui tempère la brutalité des mœurs. C’est une poésie du réel aussi, d’un réel souvent très difficile : la guerre, la faim, la peur, l’exil sont le quotidien du peuple et des poètes. Ils se penchent sur la souffrance et la solitude des femmes. La nature enfin tient une grande place comme dans le poème le plus célèbre de l’ère Tang : « Pluie bienfaisante par une nuit de printemps »

JMG Le Clezio nous offre un livre de toute beauté. Son amour et sa connaissance de la poésie chinoise classique remontent à plus de 20 ans. Les poèmes ont été traduits par son ami le professeur Donc Quang de l’université de Pékin. Les illustrations et calligraphies sont magnifiques. Les poèmes suscitent l’admiration du lecteur, ils sont harmonieux, apaisants, touchants car exprimant les sentiments et les émotions de leur auteurs. La poésie était alors au cœur de la civilisation chinoise. Par les poèmes, par les explications qu’il en donne, JMG Le Clezio nous faire découvrir la civilisation chinoise lors d’une époque reculée marquée par l’apogée de l’art et par la violence. La nature est au cœur de cette poésie, la nature « qui console l’homme des avanies de l’histoire ». Ce livre est une invitation à un voyage vers cette civilisation lointaine, un voyage riche d’émotions d’impressions subtiles et de beauté. Lire ce livre c’est contempler un paysage un peu lointain, mystérieux mais magique.
« Le flot de la poésie continuera de couler » est l’épitaphe inscrit sur la tombe de Li Bai. Quelque part en chine près d’une montagne.

JMG Le Clezio, Le flot de la poésie continuera de couler, Editions Philippe Rey, 207 pages, 20 Euros, sortie le 5 11 2020.

Visuel :© éditions Philippe Rey

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Jean-Marie Chamouard

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