BD
Mon cœur pédale, le temps d’un été

Mon cœur pédale, le temps d’un été

08 juin 2017 | PAR Laetitia Larralde

Mon cœur pédale, de Simon Boulerice et Emilie Leduc, avec son histoire sous le soleil autour d’une piscine, se déguste comme une madeleine de Proust au goût de grandes vacances de notre enfance.

Simon, 11 ans, est un petit garçon solitaire qui vit sous l’aile protectrice et bienveillante de sa mère, une femme forte qui sent l’odeur des voitures neuves qu’elle vend. Il manque de confiance en lui et essaye de trouver un sens à sa vie dans les définitions de son dictionnaire. Tout en pensant qu’il n’a pas les talents nécessaires pour qu’on l’aime, Simon essaye de mettre sa vie en scène, de la façonner pour paraître plus intéressant qu’il ne pense l’être.
Sa mère est brouillée avec sa jeune sœur Chantal, mais Simon n’en saisit pas complètement les raisons. Mais quand ses parents décident de partir un mois en vacances, Chantal réapparaît subitement chez eux pour le garder, « dans son aura flamboyante de peroxyde et de spray-net ». Elle est l’incarnation de la mode libérée et joyeuse de 1988 et attire Simon comme un aimant. Ils partagent des moments d’une complicité enjouée et légère entre piscine, films d’horreur et création d’un groupe pop. Simon prend confiance en lui dans la proximité de sa tante, comme si l’attitude cool et branchée de Chantal déteignait sur lui, que sa beauté le rendait beau.
Mais un livreur de pizza, sosie de David Hasselhof dans Alerte à Malibu, vient se mettre entre eux. Et dans l’espace qui se crée entre Chantal et Simon reviennent s’installer les doutes, le sentiment d’exclusion et l’autodépréciation.

Mon cœur pédale est un récit d’apprentissage. Le personnage principal, à cet âge flou entre l’enfance et l’adolescence, garde la naïveté des jeunes années tout en se confrontant par petites touches à la brutalité du monde réel. Sa tante lui fait apercevoir ce qu’est la trahison de plusieurs façons au cours du récit, pour terminer avec l’initiation à la déception. L’histoire nous rappelle ces moments où après s’être confronté à la dureté du monde extérieur, il était toujours possible de courir se réfugier dans la familiarité réconfortante de notre maison et venir se blottir comme un poussin sous l’aile de nos parents. Et malgré ces petites blessures, ou grâce à elles, Simon se construit pour rêver à un avenir qui le fera se sentir bien.
Le dessin pastel et vaporeux d’Emilie Leduc crée une ambiance cotonneuse, douce et enveloppante. Il est tel un souvenir d’été de notre enfance dont on garde une impression globale un peu estompée et parfois floue sur quelques détails alors que d’autres contours restent saillants dans la mémoire. Une ambiance globale tissée de sentiments, de musiques, de sensations, plutôt que la netteté d’un film qui n’oublierait rien.
Mon cœur pédale vient se placer dans la lignée des albums d’Isabelle Arsenault, tant par son style que par son approche des égratignures des âmes des jeunes adolescents. Un album un brin nostalgique qui donne envie de se replonger dans nos vieux albums photos.

Mon cœur pédale, de Simon Boulerice et Emilie Leduc
21€, 104 pages, La Pastèque
Visuels © La Pastèque

« The keepers » le nouveau documentaire de Netflix
Les vernissages de la semaine du 8 juin
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *