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Alexandre Jollien, un philosophe incontesté

Alexandre Jollien, un philosophe incontesté

11 avril 2013 | PAR Marie Boëda

C’est à l’adolescence qu’Alexandre Jollien s’immerge dans l’univers de la philosophie. Aujourd’hui, auteur médiatisé, invité dans de nombreuses émissions littéraires, il a réussi à être réputé et reconnu pour son travail d’écrivain philosophe inscrit dans la réflexion antique et zen. 

 

 

 

 

 

 

 

Infirme moteur cérébral, Alexandre Jolllien est diagnostiqué lors de son internat comme incapable de poursuivre des études longues en raison d’un QI trop faible. Fort heureusement, il semble que la passivité et l’inaction ne sont pas dans les habitudes du futur philosophe. Il décide de passer outre ces conseils et entreprend une licence de philosophie, qu’il obtient. 

En 1999, il écrit son premier ouvrage dans lequel il dialogue avec Socrate : Éloge de la faiblesse, rapidement couronné par l’Académie Française. Depuis 5 autres livres ont été publiés et reçoivent un excellent retour comme le dernier Petit traité de l’abandon, sorti en 2012 dans lequel il esquisse l’art de la joie. Depuis 2010, on le voit dans de nombreuses émissions culturelles, invité parmi d’autres écrivains ; cette initiative participe à l’évolution de la représentation d’une personne en situation de handicap, considérée comme un écrivain avant tout… Même s’il avoue que devenir philosophe était une stratégie pour être aimé et respecté, aujourd’hui, conférencier sollicité, marié et père de deux enfants, il semble de plus en plus parvenir à se libérer de son handicap lors de ses interviews et se voit invité dans le même cadre que les autres écrivains.

Dans son dernier livre, il préconise de s’abandonner pour trouver le repos tout en étant actif, le contraire de l’abandon se trouve, selon lui, dans la résignation. En partant du fait qu’il lui arrive régulièrement d’avoir des moments de désespoir, il se reprend en main en aidant les autres. Invité dans les émissions culturelles reconnues (Des Mots de Minuit, la Grande Librairie , le Grand Entretien sur France Inter, France Culture mais aussi le 13h d’Elise Lucet ou La Parenthèse inattendue) on peut constater l’évolution du rapport qu’il entretient avec les journalistes. En 2010, il évoque la fascination qu’il a pour les corps masculins qu’il ne pourra jamais avoir, ainsi que la douleur qu’il ressent d’être vu comme quelqu’un de différent. Il différencie justement le handicap social du handicap physique. Le premier concerne le fait d’être jugé handicapé sous le regard d’autrui. Et c’est là que les humiliations commencent. Le regard sur la représentation du handicap a peut-être évolué aujourd’hui mais Alexandre Jollien avoue être la victime de moqueries qui l’infantilisent devant sa femme, par exemple le tutoiement qu’on utilise pour lui, le vouvoiement pour sa femme dans les transports en commun… En 2012, les sujets qu’il aborde tournent toujours autour de la joie, de la construction de soi, cependant il est clair que le philosophe semble s’assumer davantage en tant que tel et rentre directement dans le contenu  de son livre. Le petit traité de l’abandon commence d’ailleurs par une brève présentation invitant à clore le sujet au plus vite dans laquelle il explique « je suis né avec une infirmité motrice cérébrale je le dis tout de suite afin d’évacuer cette question d’emblée et de passer à autre chose. Un des grandes blessures de ma vie c’est d’être réduit; fixé à cette image qui me colle à la peau« . Finalement cette méthode lui permet de passer directement au plus important : » vivre meilleur au lieu de vivre mieux« . Il avoue dans un entretien avec François Busnel être aujourd’hui encore énervé de la façon dont les médias traitent le handicap. Encore trop de pathos selon lui, trop de « ratatinage de l’image d’handicapé ». Même s’il reconnaît avoir eu de belles surprises avec Elise Lucet par exemple. Comment être sûr qu’on l’invite seulement pour évoquer le contenu de son livre sans le réduire à une étiquette d' »écrivain en situation de handicap ?

Le philosophe Alexandre Jollien qui voulait au départ faire comme son père, chauffeur de camion, a pris le parti de se dépasser en devenant philosophe. En écrivant pour se construire, il aide les autres par les pistes qu’il développe. Malgré les moqueries qui persistent, certaines personnes lui demandent aujourd’hui des autographes dans la rue. Le succès de ses livres ainsi que la présence qu’il a dans les médias font de lui quelqu’un de célèbre qu’on perçoit comme un auteur avant tout. Il est parfois surpris par son succès en tant qu’auteur. Un jour, en achetant des chaussures de marque, la vendeuse le regardait bizarrement, croyant que son infirmité était en cause, il fût agréablement stupéfait quand elle lui demanda un autographe. Elle l’avait vu en interview et ses livres lui avaient permis d’avoir un nouveau regard sur la vie…

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