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Critique: L’odyssée de Pi, Ang Lee de retour dans un conte de Noël exotique frustrant revisitant le mythe de Robin Crusoé

Critique: L’odyssée de Pi, Ang Lee de retour dans un conte de Noël exotique frustrant revisitant le mythe de Robin Crusoé

20 décembre 2012 | PAR Gilles Herail

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Life of Pi, un des grands favoris pour les Oscars, ne tient pas ses promesses. Ang Lee est à l’aise dans le spectaculaire et des scènes d’une beauté visuelle époustouflante mais s’égare dans des considérations philosoco-mystiques au lieu de se focaliser sur cette incroyable histoire de Robinson Crusoé indien seul sur un bateau en compagnie d’un tigre. Une légère déception.

Jean Pierre Jeunet avait longtemps été associé au projet d’adaptation du livre du canadien Yann Martel. On regrettera de ne pas avoir pu voir ce que le réalisateur français aurait fait de cette histoire fantasque. Du moins dans sa première partie qui loin de tout effet spectaculaire nous raconte à la manière d’Amélie les anecdotes absurdes et surréalistes de la jeunesse de Pi, nommé après la piscine Molitor par un père globe-trotter et chercheur d’eau claire. Ang Lee n’est pas à l’aise pour raconter l’incongruité de la vie fantasmée de Pi, cherche la bonne tonalité et n’évite pas les maladresses. Pendant près de ¾ d’heures, la sauce ne prend pas et la construction répétitive en flash back, les allers -retours entre Pi adulte interviewé par un romancier canadien et la vie rêvée du jeune Pi irritent.

Le spectacle visuel et le souffle épique attendus ne pointent le bout de leur nez qu’après ce très long prologue qui aurait mérité d’être raccourci. A partir de l’incroyable scène de naufrage, quand le jeune Pi se retrouve sur un canot de sauvetage en compagnie du tigre Robert Parker, d’une hyène, d’un singe et d’un zèbre blessé, le véritable film commence. Très vite et pendant plus d’une heure, Ang Lee nous raconte brillamment cette survie seul au monde (on ne peut s’empêcher de penser au film de Zemeckis avec Tom Hanks) et la relation qui s’instaure entre Pi et le tigre. Loin d’un univers à la Disney ou le gros chat serait apprivoisé, Life of Pi nous montre un félin majestueux mais féroce, dans un affrontement psychologique permanent avec ce frêle et jeune indien. Finis les dialogues explicatifs plombants sur la spiritualité vs l’esprit rationnel qui apparaissaient lourdement dans la première partie, Pi devient ce huis clos étouffant, surprenant, drôle et émouvant entre l’homme et le tigre. Mais aussi la nature, personnage à part entière porté à l’écran avec talent. Des couleurs éclatantes. Un fourmillement d’animaux (incroyables poissons volants), d’idées visuelles, de tableaux grandioses.

Cette heure perdue en mer et sur une île maudite est passionnante. La claque de mise en scène prévue et annoncée, qui justifierait surement la nomination du film aux oscars. Et puis l’on retrouve malheureusement les défauts de la première partie, en pire, dans la dernière demi-heure. Très explicative sur un pseudo message que voudrait faire passer le film. Une croyance dans la force du récit et de la métaphore pour raconter une vie, tellement mieux illustré par Tim Burton dans Big Fish et Van Dormael dans Mr Nobody. Ce prosélytisme religieux assez peu convainquant et à côté de la plaque quant à l’histoire magnifique que l’on vient de vivre. Et l’impression désagréable que l’on s’est fait voler un grand film. Un film qui n’aurait pas quitté le bateau et le Pacifique. Qui aurait encore plus creusé les aventures débrouillardes du jeune Pi et l’étrange relation qui le relie à Robert Parker. Un film qu’on aura pu entrevoir avec émerveillement pendant plus d’une heure. Life of Pi en dure deux

Gilles Hérail

Life of Pi, un film familial d’Ang Lee avec Suraj Sharma, Irrfan Khan et Adil Hussain, durée 2h5min, sortie le 19 décembre 2012

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Gilles Herail

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