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« Entre les barreaux, les mots », le documentaire poétique et politique de Pauline Pelsy-Johann

« Entre les barreaux, les mots », le documentaire poétique et politique de Pauline Pelsy-Johann

31 mai 2018 | PAR Aurore Garot

le documentaire Entre les barreaux les mots de Pauline Pelsy-Johann, porte un regard sur la force de la littérature dans les milieux carcéraux, et plus particulièrement dans la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Dans une mise en scène presque poétique, la réalisatrice ré-humanise les détenus privés de leur propre identité qu’ils retrouvent dans une certaine mesure grâce à des cercles de lecture. A découvrir jusqu’au 11 juin au cinéma Saint-André des Arts.

A la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, plus grand centre pénitencier d’Europe, l’association Lire c’est Vivre organise des cercles de lecture permettant aux détenus de s’évader à travers la littérature mais aussi de se (re)construire. Pauline Pelsy-Johann est parti à leur rencontre, ainsi qu’à celle des détenu.es pour comprendre l’intérêt de cette activité au sein de la prison. Le challenge : les visages ne peuvent pas être filmés, car en prison, leur image ne leur appartient plus, elle est propriété de l’Etat. Comment faire alors qu’une partie des émotions passe par le regard ?

A travers des travellings dans les longs couloirs silencieux juxtaposés aux voix des détenu.es lisant des haïkus et grâce aux jeux de lumières utilisés pendant les entretien, ne laissant apparaître que leur ombre noire au milieu d’une pièce à la lumière bleutée, la réalisatrice créé une dimension onirique. La violence de leur détention est ainsi adoucit par cette douceur lumineuse qui leur rend leur identité propre et leur humanité. Pendant les cercles, seule le bas de leur visage et leur corps sont filmés. La concentration ne se fait plus ainsi sur l’image, mais plus sur le son, leur voix, leur parole.

Le spectateur entend des extraits de l’Étranger d’Albert Camus ou de Voyager de Ken Russel, lus plus ou moins bien, dépendamment du détenu. Pendant les conversations suivant les lectures, chacun se réapproprie les textes à sa manière, se projette dans des futurs voyages, à l’extérieur de ces murs. Certains trouvent enfin les mots pour exprimer les émotions. Comment Camus arrive-t-il si bien à cerner ce que nous ressentons en prison sans qu’il n’y soit jamais allé ? Comment arrive-t-il à donner une description si juste ? La force de la littérature réside en ces auteurs qui non pas par des actes, mais par des mots, permettent de comprendre ce que nous sommes et ce que nous vivons et ainsi de nous canaliser. Ce constat, ce sont les détenus qui le font. Pauline Pelsy-Johann à travers des entretiens libèrent leur parole et leur subjectivité perdues entre les quatre murs de leur cellule. Compréhension de soi, évasion, réappropriation de son identité… La littérature est une porte d’entrée ou un échappatoire à la vie et à la réalité.

Visuels : ©Boubkar Benzabat

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