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[Critique] « Bouboule » la poésie réaliste du cinéma belge pour suivre l’éveil initiatique d’un jeune garçon obèse

[Critique] « Bouboule » la poésie réaliste du cinéma belge pour suivre l’éveil initiatique d’un jeune garçon obèse

10 novembre 2014 | PAR Gilles Herail

Bouboule n’a rien à voir avec ce que l’on pouvait attendre. Réaliste, violent dans sa description d’un monde de marginaux tentant de trouver leur place, cette chronique de Bruno Deville prend le meilleur de l’école de la poésie réaliste étrange et de l’humour à froid du cinéma belge. Pour un résultat troublant.

[rating=3]

Synopsis officiel: Bouboule, c’est ainsi qu’on appelle Kevin, 12 ans, 100 kilos et pas vraiment un avenir. S’empiffrant de frites, de viennoiseries et de petits pots de crème, il n’attend que sa crise cardiaque. A moins qu’il ne change. Et Kevin changera…

Plus proche du cinéma de Benoit Mariage que des ersatz de L’élève Ducobu, Bouboule parle sans misérabilisme mais avec une vraie violence des troubles identitaires de ce jeune garçon obèse qui cherche la figure paternelle et désespère de pouvoir s’affirmer. Le corps obèse reste un tabou de cinéma. Il est ici transgressé, sans complaisance ni voyeurisme. Les moqueries, la mise au ban et le harcèlement quotidien sont assumés à l’image. Mais Bouboule n’est pas un mélodrame. Pur produit de l’école du cinéma social belge, utilisant la noirceur pour amener de la comédie, le film sait partir quand il le faut vers une forme de légèreté poétique, illustrée par un univers de couleurs étranges plaçant le film en dehors du réel.

La rédemption et l’acceptation passent par la rencontre avec deux personnages marginaux, loin d’être des voyous aux grands cœurs, pas aimables et qui ne le deviendront pas. On pense parfois aux Combattants dans cette fascination qu’éprouve le jeune héros pour l’univers du commando et de l’entrainement, qui lui donne une place et lui permet d’être considéré comme un homme. Conte initiatique sur le passage à l’âge adulte et le dépassement d’une enfance passée à encaisser les coups, le regard des autres et à redouter l’épée de Damoclès des problèmes cardiaques, Bouboule n’est pas destiné aux plus jeunes. La violence sourde qu’il contient, issue de l’expérience personnelle du réalisateur, n’est pas anodine, mais le film veut laisser une impression optimiste. Pour un résultat souvent dérangeant.

Gilles Hérail 

Une comédie dramatique belge de Bruno Deville avec David Thielemans et Julie Ferrier, durée 1H24 minutes, sortie le 5 novembre 2014

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Gilles Herail

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