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Un petit tour des galeries de Chelsea [New-York]

Un petit tour des galeries de Chelsea [New-York]

25 novembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Alors que Thanksgiving vient de se terminer avec la grande parade devant Macy’s et que l’arbre de Noël a pris corps et lumière devant le Rockefeller Center, les new-yorkais font la queue trois heures dans le froid pour voir… l’exposition Yayoi Kusama, à la Galerie David Zwirner. L’occasion de faire le petit point sur ce qu’il faut voir dans les galeries de Chelsea, d’accès toujours libre et gratuit, en cette brillante période de fêtes.

Kusama-mania
Black Friday et l’émeute n’a pas lieu où l’on pensait la trouver : c’est autour de la 19e rue, tout à l’Ouest de la ville qu’une population habillée comme pour Fashion week se masse, armée de moufles, de uggs et de patience. Deux à quatre heures, c’est le temps d’attente qu’il faut pour voir les « miroirs » de l’artiste japonaise Yayoi Kusama dans le cadre de l’exposition « Festival of Life » que la galerie Zwirner lui dédie aux dresse des 525 et 533 West 19th Street, à Chelsea. A cela s’ajoute l’exposition Infinity Nets plus haut dans Manhattan, dans le Upper East-Side, là où Zwirner vient d’ouvrir un nouvel espace, 34 East 69th Street. On sait que Kusama est culte, et qu’elle a séduit aussi bien Lancôme que Marc Jaobs ou Vuitton mais là c’est New-York entier qu’elle aligne devant sa galerie! Forçant d’ailleurs David Zwirner à mettre en ligne un mode d’emploi. A tenter de voir avant le 16 décembre.

Les barbes de Gilbert & George chez Lehman Maupin
Les deux plasticiens anglais n’en finissent pas d’ériger leur partenariat en icône de politique et de goût, au-delà du bon ou du mauvais. Avec The Beard Pictures, ils jouent avec les poils comme avec des masques d’Opéra chinois en grands formats de mosaïques colorées pour exprimer leur union par l’entremêlement des signes ostentatoires de virilité. Et aussi pour mettre en cause la liberté, un peu partout dans le monde à grands renforts de références à des barbelés, au triomphe du capitalisme et aux commodités du sexe et de la pornographie. Flamboyant, à vif, mais par fois un peu répétitif. Jusqu’au 22 décembre, Lehmann Maupin, 536 west 22nd street.

La peinture hard-core de Elizabeth Murray
Arrivée à Manhattan en 1967, en plein boom du minimalisme, Elizabeth Murray a voulu rester peintre avant tout. Quitte à tordre les toiles pour en faire des sculptures de peinture. Plus d’une trentaine de ces immenses œuvres -quelques part entre Stella et Oldenburg – revisitent les années 1980 par la couleur. Une découverte monumentale à faire avant le 13 janvier 2018. Pace Gallery, 510 west 25th st.

Deux rétrospectives monumentales chez Hauser & Wirth
Il n’y a pas que les musée qui rendent justice aux œuvres d’une vie. Cet hiver, Hauser & Wirth met en avant deux grandes figures du 20e siècle dans son incroyable espace de 548 west 22nd street. Au rez-de-chaussée, l’on découvre ou redécouvre en plus d’une centaines de toiles, dessins et surtout de sculptures, l’art des origines de David Smith (1906-1965), soudeur de l’Ohio que la rencontre avec l’art de Gorki, De Kooning et Gonzales transmue en sculpteur, soutenu par la Solomon R. Guggenheim Foundation. Une oeuvre brute, puissante dont on voit bien qu’elle a tansformé le rapport à l’équilibre, à l’espace.

A l’étage, en rage contre les codes, notamment dans la Roumanie de Ceaucescu, l’art joueur et frondeur de Geta Bratescu fait feu de tous les formats pour remettre en cause la notion d’autorité sous l’égide du fabuliste Esope. Petits personnages ricanants en papier mâché, films-performances, séries de photos où la vieille dame indigne (91 ans aujourd’hui) nous grimace au nez, installations où le corps des danseuses de l’opéra de Paris semble reposer sur un château de pots de yaourt et tableaux surréalistes presque « classiques » sont autant de flèches dans le carquois de cette diane narquoise et passionnante. Une figure majeure de l’art européen du 20e siècle à découvrir d’urgence avant le 23 décembre.

Hauser & Wirth New York, 548 west 22nd Street.

Pop-Art et Bunnies très sexy
Alerte aux petits lapins, la sympathique et très pop galerie Tagliatella met en avant le travail acidulé et schématique de Burton Morris. Avec l’aval de la maison mère, lorsque Morris travaille sur Playboy, il révèle non seulement un passé et un actif de collaborations d’artistes, mais également comment les symboles associés au célèbre magazine de charme opèrent encore dans nos esprits. Une exposition d’autant plus surprenante qu’elle s’accompagne d’un voyage dans le temps, lorsque l’on passe à l’étage par un couloir love très psychédélique et que l’on se retrouve dans une tanière de Keith Haring et Andy Warhol bluffants. Jusqu’au 8 décembre, Tagliatella Gallery, 229 tenth avenue.

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]m

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