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L’OFFICIELLE, la belle « Fiac bis » à la Cité de la Mode

L’OFFICIELLE, la belle « Fiac bis » à la Cité de la Mode

20 octobre 2015 | PAR Franck Jacquet

A partir de demain, la seconde édition de L’OFFICIELLE ouvre ses portes dans le cadre de la Fiac 2015, en parallèle du principal lieu de rendez-vous le Grand Palais. Située aux Docks, à la Cité de la Mode et du Design, elle est moquée comme une « ligue 2 » de l’événement. Autant on entend qu’il faut désormais aller à la Slick, que le Grand Palais c’est fini, autant les Docks ne vaudraient donc pas mieux. Evidemment, l’OFFICIELLE demeure une foire : elle a ses avantages et ses inconvénients. Pourtant, elle laisse place à de plus petites galeries et à de jeunes artistes aux démarches parfois moins connues, surtout dans les galeries étrangères de pays dits « neufs ». De plus, une partie des exposés sont accessibles à ceux qui souhaitent se procurer des œuvres plus abordables que celles des grands noms présents au Grand Palais. Pourquoi y faire un tour ? 

 

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Parce qu’elle est une belle « ligue 2 » de la Fiac Grand Palais

L’esprit de la Fiac y est. Chaque galerie dispose de son espace pour présenter sa sélection annuelle composée d’un ou de plusieurs artistes. Toutes les tendances de l’art contemporain semblent présentes : de l’intime à des tendances très figuratives et criardes, du « je suis plasticien parce que je transperce un sac de plomb et que je le recouvre de peinture pour figurer… je ne sais quoi… comme les grands… » à des expositions plus réfléchies et à tendance archivistique, du renouveau figuratif au rigoureusement non figuratif et métallique de quelques lignes dures et froides se résumant à de la pure géométrie abstraite… Tout y semble réunit en près de 70 galeries dont une majorité d’étrangères. On notera moins d’œuvres exposées rappelant les post-Fontana ou le renouveau du cinétique qu’on attend en force au Grand Palais.

Ajoutons que de très jeunes galeries sont représentées, comme les bruxellois de Super Dakota, dont les œuvres sont aussi réjouissantes que le nom. D’autres choix sont moins heureux… Incontestablement l’Europe de l’Ouest est très présente parmi les artistes comme les galeries. Mais on trouve aussi quelques représentants d’Amérique du Nord ou d’Extrême Orient (MadeIn). Les organisateurs ont souhaité mettre en avant la galerie tunisienne Selma Feriani dans laquelle est présentée l’œuvre de Maha Malluh. Peu convaincant : le quotidien repris comme art pour réfléchir sur l’enfermement de l’individu dans un pays comme l’Arabie saoudite, cela ne fonctionne guère. Soit. Le symbole est là, quelques jours après le prix Nobel.

Evidemment, la foule de la Fiac est présente, acheteurs et flâneurs ; cela fait partie aussi du décor… Sauf qu’ici on peut finir au Nuba après la visite des stands ! Pour autant, le lieu est plus accessible. Si on ne se risquera pas à généraliser, on doit reconnaître que plusieurs exposants cherchent réellement à discuter avec les visiteurs, à présenter leur travail, ce qui n’est pas toujours le cas dans la béance du Grand Palais… Ainsi, on a particulièrement apprécié le stand « atelier » d’Aurélie Pétrel, pour la galerie Houg, qui retravaille des photographies sur papier en y introduisant la 3D. On le vend mal ici, on en est conscient, mais réellement, c’est magnifique, une sorte de beauté réflexive de Calle appliquée aux volumes et espaces !

 

Parce qu’on a toujours quelques coups de cœur

Si la galerie Houg est donc une belle surprise, elle n’est pas la seule. On retiendra quelques choix personnels et on invite le visiteur à sélectionner ses coups de cœur. Petite wish list pour l’avenir qui sait !

–          Les broderies non figuratives et en même temps presque architecturales de Hessie par la galerie Arnaud Lefebvre.

–          Les sculptures de bronze à tête de lapin et petites jambes anthropomorphiques de Françoise Pétrovitch intitulées « Sentinelle ». Présentées à la galerie Semiose, elles semblent se situer à la frontière de la tradition de la façon du XIXe siècle (il y a presque du pompier dans ces sculptures) et d’un répertoire figuratif très contemporain.

–          Peu connu, le jeune Tarik Kiswanson est présenté par le Fond municipal d’art contemporain de la Ville de Paris. Un « Objet ambigu » en cuivre, découpe massive en dents de scie marque, comme une tôle coupée qu’on trouverait au Mamac de Nice… Il est beau. Après, l’artiste souhaite évoquer par celui-ci son exil, les contacts entre Orient et Occident… Ce propos ne saute pas aux yeux…

–          La galerie Dittrich & Schlelchtriem est berlinoise. On pourrait le dire sans lire l’origine, simplement en regardant l’acrylique et le latex sur coton, rigoureusement géométriques et froids, comme une partie de la scène contemporaine berlinoise. Les œuvres prendraient sans aucun problème place dans le Berghain ! Elles sont dans tous les cas issues du travail de Klaus Jörres. (Sachez que l’allemand affiche le prix !).

–          Une note de sculpture expressionniste, voire de peinture philosophique à la De Chirico est portée par Guillaume Constantin avec « Fantômes du Quartz », ensemble plastique composé d’objets quotidiens aux couleurs et dispositions peu anodines autour d’une étagère. Le banal est surpassé par chaque objet imposant sa présence aux autres mais aussi par l’ensemble des objets lui-même… A méditer…

–          Des poupées « popples » asiatiques accorchées au mur comme un tableau de chasse peuplent la galerie JP Ritsch-Fisch. Elles sont réalisées par Makoto Okawa (ou Makoot), qu’on n’aimerait pas croiser dans la rue un soir…

–          Enfin, les œuvres de Curro & Moncho dénotent, et les visiteurs s’y attardent. Sculptures, peintures et photographies à tendance surréaliste ou post-expressionnistes s’y côtoient comme en d’autres points d’exposition.  On retiendra les curieux végétaux et légumes en noir et blanc, parfois anthropomorphiques, d’Alejandro Almanza Pereda (« Taking the lid off »). Et les œuvres ne sont pas qu’exposées…

La sélection est évidemment non exhaustive et toute personnelle…

 

Ajoutons enfin que le lieu propose aussi des performances, des événements et qu’il est relié par bateaux-bus à la Nef du Grand Palais, pour ceux disposant d’un billet double. On proposera simplement de contourner l’installation de David Nuur, Coin Press Machine, symbole de l’inutile dans l’art contemporain : en introduisant 1,05 euros, on obtient une pièce de quelques centimes sur laquelle est « imprimée » l’empreinte digitale de l’artiste. Etait-ce nécessaire ? (on ajoute : « ! » pour l’indignation). On conseillera plutôt d’aller à l’atelier Printsthingsandbooks dans lequel on peut trouver des affiches- sérigraphies pour une centaine d’euros dont une très ironique « Saloperie sentimentale » (à base de stigmatisation d’un ensemble floral stylisé rappelant un papier peint du XIXe siècle) d’Arnaud Labelle-Rojoux. On vous laisse faire votre choix !

 

 

Visuels :

Visuel 1 : Affiche de l’OFFICIELLE

Visuel 2 : Léa Lublin, De la nature du modèle de l’art, collage, 1983

Visuel 3 : Annabel Daou, Punch the clock, spin the bottle, rule the world, 2015 – Galerie Tanja Wgner

Visuel 4 : Vue du stand de la galerie JP Ritsch-Fisch – Travaux d’A.C.M.

Visuel 5 : Vue du stand de la galerie Dittrich & Schlechttriem – tableaux de Klaus Jörres

Visuel 6 : Françoise Pétrovitch, Sentinelle, 2015, Bronze – Galerie Semiose

 

 

Accès :

Les Docks – Cité de la Mode et du Design – 34, quai d’Austerlitz – 75013 Paris

Métro : Gare d’Austerlitz (5 minutes à pieds), Gare de Lyon – sortie rue de Bercy (10 minutes à pieds).

RER : C – Gare d’Austerlitz.

 

Horaires :

Du mercredi 21 au dimanche 25 octobre 2015 de 12h à 20h

(Nocturne le vendredi 23 octobre jusqu’à 21h)

 

Tarifs :

Plein tarif, 15 €

Billets combinés FIAC & OFFICIELLE : 40 €

Tarif réduit (moins de 26 ans), 10 €

Moins de 12 ans, gratuit

 

Agenda Classique de la semaine du 19 octobre
[Sortie dvd ] « Patate », une comédie de Robert Thomas avec Pierre Dux, Danielle Darrieux, Sylvie Vartan et Jean Marais
Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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