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FIAC 2014 : routines et bonnes habitudes

FIAC 2014 : routines et bonnes habitudes

22 octobre 2014 | PAR Franck Jacquet

La FIAC 2014 Grand Palais ouvrait ses portes ce mercredi, une journée après les autres composantes de la grande messe automnale de l’art contemporain à Paris. Entre mondanités, nécessité de présence et belles présentations, l’édition 2014 n’échappe pas aux habitudes : les chiffres sont une fois de plus étourdissants, la visite aussi. Quelques stations obligées sur le chemin de l’amateur, du visiteur et/ou du collectionneur.

Pour lire notre chronique de l'(OFF)cielle (Off officiel de la FIAC aux docks de Paris), c’est ici.

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Distinguer dans la masse
Plus de 200 galeries exposent dans l’écrin du Grand Palais, soit plusieurs centaines d’artistes. C’est autant de stands, sans compter le prix Duchamp, les carrés tenus par la Ville de Paris, le secteur Lafayette, les événements (performances, passages de tel ou tel personnage politique, déjà M. Valls ce mercredi) ou encore les animations – débats proposés par France Culture. Le tournis nous vient vite…
Que retenir rapidement pour comprendre la cuvée 2014 ? C’est une foire au sens premier du terme, donc il y a de tout, et vraiment de tout. Même le contemporain ne l’est pas toujours autant qu’on s’y attendrait… Ainsi la Galerie 1900 – 2000 donne plus dans le Ernst ou le Picabia que dans l’ultra-contemporain (ce n’est pas un mal, ça « repose » parfois). On entend déjà dire des habitués qu’on voit les mêmes choses chaque année : de grands monochromes avec quelque relief ou quelque tâche, des installations plus rares qu’à Art Fair. Peut-on reprocher à une galerie de tracer une ou quelques veines et de s’y tenir ? Certainement pas. La diversité ne vient donc effectivement pas de tournants majeurs pris par le marché ou par des Templon ou des Lisson… Il vient de la diversité des exposants, ce qui est assez logique pour une foire.
La même diversité se retrouve dans les œuvres : on voit très peu de projections ou de vidéos, mais beaucoup de collages, quelques néons (Morellet évidemment compte parmi ces derniers), quelques sculptures et donc une majorité de toiles aux matériaux et techniques variés. Les œuvres – monuments vivants sont évidemment de la partie : Orlan toujours d’attaque…
On retrouve donc assez rapidement les principaux acteurs vers lesquels se presse la foule, souvent les membres du Comité Professionnel des Galeries d’Art : Yvon Lambert, Seroussi, Thaddaeus Roppac, Massimo de Carlo, Marian Goodman, Nathalie Obadia… Ce sont une trentaine de « spots » qui retiennent le flux des visiteurs et des éventuels acheteurs (déjà venus plus tôt, à l’heure où la foule n’est pas encore autorisée à entrer). Perrotin a donné comme d’habitude dans un lassant tape-à-l’œil : JR, Vermeersch et surtout beaucoup (beaucoup…) de Murakami. Les marguerites pop acidulées sont rattrapées par Soto. Au coin d’en face, la sœurette Daniel Templon fait à peine mieux et ose une Zahia / Marie-Antoinette de Pierre et Gilles (soupirs…). La FIAC reste une affaire de ventes !
Parmi les « grands » exposants, Thaddaeus Ropac propose plusieurs magnifiques Baselitz et Antony Gormley dont la statue invite à marquer quelque peu le pas, voir à respirer dans ce grand flot. Yvon Lambert et la Collection Lambert, en deux grands espaces, sont sans doute parmi les lieux plus attractifs et les plus diversifiés.

Coups de cœur pour néophyte
L’avantage de la foire est que malgré ces concentrations, tout finit par apparaître sur un même plan. La hiérarchie tombe vite. On se détache alors et chacun peut y trouver son boire et son manger : l’habitué cherche et trouve aisément tous les grands noms de l’art contemporain qu’il peut aimer : Messager, JR, Villeglé, Tinguely, Morellet, Jacquet, Warhol, Bourgeois, Calder et on en passe des dizaines d’un acabit similaire sur les grands marchés de l’art et peuplant les grandes expositions des musées internationaux. Fontana, récemment à l’honneur au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, est ainsi présent en plusieurs lieux. Tout près, l’œuvre mixte d’Annette Messager chez Marian Goodman rappelle les classiques de ses préoccupations touchant à l’intime, avec une violence dissimulée tout aussi habituelle (l’érotisme en plus).
Le moins habitué peut se faire une idée par lui-même de noms moins connus du grand public, que ce soit des noms d’artistes ou de galeries. Les stands du premier étage semblent particulièrement appréciés, et pas simplement parce qu’ils sont un peu à l’écart de la foule d’en-deçà. On sera intrigué par les photographies par dizaines d’Isabelle Huppert chez Hauser § WIrth, réalisées par Roni Horn : anecdotiques si elles n’étaient pas liées à la comédienne, on peut tout de même méditer sur le titre « Portrait of an image ». Anne de Villepoix propose notamment Melvin Edwards, sans doute moins connu du grand public mais à noter.
On ne peut énoncer les coups de cœurs potentiels tant ils peuvent être nombreux ; c’est au visiteur de savoir ne pas trop s’arrêter au début de sa visite, ne pas se laisser gagner par la lassitude et donc de sélectionner selon ses goûts, et seulement les siens.

Parler d’art… ou pas…
Tout ceci étant dit, la FIAC reste la FIAC. On y entend plus parler des derniers événements du monde des galeries que d’art à proprement parler… Ou alors il faut venir tôt. Une foire, c’est aussi le lieu de sociabilité pour les galeristes sans doute, et pour les wanna be (expression consacrée de la fin des années 1990) un moment pour se montrer et pour voir (on retiendra cette phrase fatidique lancée lors du vernissage par une grande créature au look plus que travaillé : « c’est génial ici, il manque plus qu’une star, genre Pharrell Williams » – Mythique…). Evidemment, beaucoup ont en tête le Bal Jaune de la fin de la semaine.
Martelons-le, l’avantage est que l’esprit de foire est conservé. L’ouverture est réelle et au moins, on n’étouffe pas comme au Louvre des antiquaires. L’élan des « galeries pop » citées plus haut y est sans doute pour quelque chose et on ne se plaindra pas de l’internationalisation de celles-ci, en correspondance logique avec un marché de l’art contemporain lui-même global. On respire et même si on n’aime pas nécessairement, on voit de tout, de toutes provenances et de presque toutes les techniques…

La FIAC 2014 est un rendez-vous installé, institutionnel mais aussi incontournable. La masse est telle qu’il est difficile de dire si l’édition est meilleure ou non que les précédentes. Cependant, il est certain que l’essor des expositions OFF et concomitantes à la foire centrale du Grand Palais témoigne d’une bonne santé. Le nombre des exposants et la santé générale du marché de l’art contemporain ne peuvent que confirmer l’existence d’un contexte favorable qui explique sans aucun doute le succès annoncé de l’événement.

visuels : Franck Jacquet

Infos pratiques

Manufacture des Abbesses
Théâtre de l’Atalante
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

3 thoughts on “FIAC 2014 : routines et bonnes habitudes”

Commentaire(s)

  • Christina Szymanski

    Parler d’art… ou pas…
    A Paris,c week-end

    octobre 22, 2014 at 23 h 42 min

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