Arts

Fiac d’un jour, Fiac de toujours… ?

Fiac d’un jour, Fiac de toujours… ?

18 octobre 2017 | PAR Franck Jacquet

La FIAC 2017 ouvre ses portes ce jeudi après l’habituel bal du vernissage de la veille. Nombre de collectionneurs sont déjà passés et l’emballement est tout relatif. La France macronienne peut-elle se refléter dans l’une de ses foires d’art les plus prestigieuses ? A en croire les accents et les langues présentes dans les travées et entre les stands de quelque deux-cents exposants, c’est le cas. A y regarder de plus près, les œuvres présentées sont assez attendues, tendant chez nombre de galeries à la mise en avant de l’intime. On l’aura compris, dans la « sélection officielle » de cette Fiac 2017, rien que de très sage. De quoi aller voir au Petit Palais, sur le Pont Alexandre III, de quoi guetter le programme des performances et surtout de quoi s’enhardir pour Art-Elysées tout proche. Mais pourquoi ne pas jeter un œil sur le vaisseau-phare du Grand Palais cette année encore ?

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Les « Institutionnelles » 

Bien évidemment, les principales galeries sont présentes parmi la pléthore : Ropac, Templon, Natahlaie Obadia toujours plus discrète… Les visiteurs ne s’y trompent pas ; ils viennent s’y confronter à ce qui visibilement a le vent en poupe dans le très concurrentiel marché contemporain. Pour autant, on remarquera rapidement que chez les plus connus comme dans des galeries moins apprêtées à un public plus large, il n’y a pas ou si peu de clinquant. Les choix sont portés sur des artistes déjà confirmés; les séries proposées ou les oeuvres mises en avant sont finalement assez peu massives, en aucun point atteintes de gigantisme, et bien grises. L’esprit chagrin regrettera que les « pop-galeries » abandonnent l’amusement (grimé en critique de la société de la consommation ou de l’ère du vide post-moderne – il faut bien maquiller ou habiller le propos…).

En même temps, à bien y considérer ce qu’on nous donne à voir, il s’agit bien souvent de réfléchir (sur le temps et sa course folle), de réparer (les vivants et la mémoire des morts), de temporiser (et contempler), de faire des références et des révérences à des techniques un peu dépassées (on sera étonné de la place tenue chez certains par des tapis, l’emploi de céramique ou la référence à celle-ci par de la résine avec laquelle la ressemblance est frappante). Dès lors, à côté de quelque rare tableau « A la Ben » (« L’affaire est dans le sac », figurant par les codes picturaux des années 1960 une tête dans une valise entrouverte…), ou quelque animal empaillé à l’air mièvre (WTF ?), on peut, malgré l’incontournable foule, se poser et réfléchir.

Dans cette veine, plsu réflexive que démonstrative si on simplifie un peu, on remarquera particulièrement ce que nous donnent à voir Magazzino, apparemment un simple éclat ou ruine d’une construction passée, pourtant regorgeant de vie et colorée de manière que son lavis ne semble pas signifier que la décrépitude, mais plutôt un accident qui n’empêche nullement de rebondir… Comme la Fiac de l’année passée ? (voir notre critique).

Dans ce registre, on ne manquera pas Kamel Mennour, Massimo de Carlo ou encore Gio Marconi dont le stand présente des toiles de facture classique dans un écrin métallique rouge fer, rappelant assez rapidement les élans futuristes de l’art italien… et ses finitiudes. Pietro Sparta partage ses choix, mais ils apparaissent bien cette année dans cette veine principale de la foire, de même, quelque part, que Thaddaeus Ropac, aux oeuvres minérales pour le moins austères. Mentionnons encore Almine Rech dont les oeuvres ne dérogent pas à leur règle et à cette veine donc : rigueur, « roideur » parfois, mais qualité, reconnaissance assurée et introspection – contemplation.

De manière assez étonnante donc, l’ensemble paraît très cohérent pour une foire internationale d’art contemporain, lieu pourtant dédié à une très grande hétérogénéité.

Aller chercher sur les coursives, les salons et les galeries 

Où donc aller chercher un peu de « vent frais » ? A l’étage, tout particulièrement dans le Salon d’honneur. Dans ce petit secteur de l’étage, si le visiteur n’est pas étorudi par la fourmilière sous la verrière, on conseillera de s’attarder devant les oeuvres présentées par Balice Hertling ou encore chez Nadja Vilenne. Plus généralement, l’air est plus libre, les représentants des galeries plus détendus et prompts au dialogue; on se risque même à des critiques « eighties » ou « alter » du pouvoir masculiniste (Mariannes à verges attachées), de la mondialisation (cartes déchiquetées du monde) ou encore du culte des apparences (peintures non figuratives et photographies exhibant de jeunes noirs en habit de catéchumènes en plein embrigadement colonial)… Le salon n’est sans doute pas une « Fiac de la gauche de la gauche », mais elle lui en donne quelques accents, et ceci se traduit dans les formes et les couleurs, dans la scénographie des stands, moins « posés » qu’au rez-de-chaussée.

Au total, la Fiac reflète une certaine consolidation du marché et une absence de prise de risque quant aux foires concurrentes (rappelons-le, les galeries sont aussi là poiur vendre à une cientèle internationale), ainsi qu’une certaine standardisation qui peut se laisser deviner chez bon nombre de professionnels. Pour autant, la quantiité d’exposants et d’artistes est telle que ne peut être étouffée la pluralité des approches. De plus, les programmations et les lieux annexes de la Fiac – Grand Palais sont des attraits pour nourrir à profit la fin de semaine à venir (voir nos articles; consulter notre agenda). 

Visuels :

  • Visuel 1 : Affiche officielle de la Fiac.
  • Visuel 2 : Mircea Cantor, Diagonal Aleppo, 2017 – The artist and Magazzino, Rome, diameter: 23cm; trampolin: 244 x 250 cm.
  • Visuel 3 : Tomás Saraceno, Stillness in Motion – 56.6 (detail), 2017 – Photo: © Andrea Rossetti, Metal, polyester rope, mirror panels.
  • Visuel 4 : Ha Chong-Hyun, Conjunction 14-133, 2014 – Photography Rebecca Fanuele Courtesy of the Artist and Almine Rech Gallery.

 

 

Informations pratiques :

Site principal du Grand Palais – métro Champs-Elysées – Ckemenceau (l. 13 – 1);

Horaires : Jeudi 19 et vendredi 20 octobre de midi à 20h. Samedi 21 et dimanche 22 octobre de midi à 19h.

Tarifs : Billet FIAC 37 €
Tarif réduit* 20 €
Moins de 12 ans, gratuit
Forfait entrée + catalogue 60 €
Catalogue 35 €
Vestiaire 2€ par article.

 

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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